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Soutenir la responsabilité sociale au Moyen-Orient et en Afrique du Nord

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Leçons des précédentes transitions économiques et politiques

Les bouleversements historiques qui touchent la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) depuis janvier 2011 reflètent le désir des populations de mettre fin à l’exclusion politique et économique, de se faire entendre de leurs gouvernements et de profiter de manière plus équitable du développement économique et social de leurs pays. Des obstacles jadis considérés comme infranchissables ont été mis à bas et les citoyens de la région ont mis de côté les considérations idéologiques, démographiques, religieuses ou ethniques pour s’unir, à la poursuite d’un nouveau contrat social avec leurs dirigeants.

Le président du Groupe de la Banque mondiale, Robert Zoellick, évoquait ce contrat social dans son discours d’avril 2011, Moyen-Orient et Afrique du Nord : un nouveau contrat social pour le développement,en rappelant l’importance d’un environnement propice à l’exercice de la responsabilité sociale.

Les meilleures pratiques actuelles montrent que la responsabilité sociale peut véritablement transformer la prestation des services publics dans la région. Qu’il s’agisse des mécanismes mis en place en Tunisie pour permettre aux citoyens d’évaluer leurs services de santé,  des systèmes offerts aux populations de Cisjordanie et de Gaza pour qu’elles s’impliquent et hiérarchisent elles-mêmes leurs besoins, ou encore des efforts de diffusion d’informations et de services dans le secteur de l’eau au Yémen, on voit que la région MENA a commencé à s’engager sur la voie d’une plus grande responsabilité sociale.

D’autres régions du monde ont traversé ce type de transitions politiques et économiques. Au-delà de différences dans les trajectoires et les contextes, des analogies ressortent, riches en leçons pour les pays de la région MENA tandis qu’ils s’emploient à définir leur propre voie pour parvenir à un avenir meilleur. Les transitions démocratiques aux Philippines, en Indonésie et en Turquie, qui connaissaient une situation assez proche de celle des pays MENA, sont particulièrement éclairantes.

Qu’est-ce, finalement, que la responsabilité sociale ? C’est un moyen de renforcer le dialogue et les partenariats entre la société civile, les autorités et d’autres acteurs non étatiques, en s’appuyant sur des approches transparentes et participatives. En voici les principaux aspects :

  • la participation active des citoyens aux affaires publiques est déterminée par l’environnement législatif : l’adoption d’une législation adaptée défendant la liberté d’expression, des élections libres et indépendantes et la liberté d’association constitue des garanties importantes pour les citoyens et doit faire partie des priorités de tout processus de transition ;
     
  • la confiance dépend des efforts de rapprochement des pouvoirs publics avec la société civile : après une révolution, quand les espoirs ont été portés si haut, les nouvelles autorités ont une certaine latitude pour inciter les citoyens et les parties prenantes de tous horizons à participer aux décisions, à tous les niveaux : organisations de la société civile, communautés locales, représentants des populations pauvres et vulnérables, groupes religieux et groupes de défense des droits de la femme, etc. Cette participation doit absolument reposer sur un dialogue digne de ce nom ;
     
  • l’amélioration de la prestation de services passe par des partenariats avec la société civile et les usagers : la participation citoyenne sous l’égide des organisations de la société civile (OSC) peut entraîner une évolution radicale de la prestation de services. Comme le montre notamment l’exemple philippin, les OSC peuvent devenir de précieux alliés des autorités pour provoquer le changement, cela s’appliquant le plus souvent au domaine des services publics ;
     
  • les processus ascendants — décentralisation,  développement conduit par les communautés — favorisent la participation citoyenne et l’amélioration des services : les transitions prenant du temps, les nouveaux gouvernements peuvent privilégier la mise en place de programmes aux effets concrets rapides, à l’instar de la stratégie de développement participatif communautaire déployée en Indonésie. Qui plus est, les approches ascendantes introduites pendant la transition indonésienne ont aidé les citoyens à exprimer leurs besoins, les institutions locales à renforcer leur influence et la population à reprendre confiance en son gouvernement. Le programme de développement Kecamatan a par exemple été conçu par des citoyens profondément impliqués ; dès le départ, plusieurs dispositifs anti-corruption ont été prévus, dont un suivi indépendant par des journalistes et des OSC et un système de prise en charge des réclamations.
     

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