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Une enquête à la fois : constituer une base de données pour éclairer le dialogue sur les politiques publiques à Djibouti

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Street in the center of Djibouti - Shutterstock l  Truba7113
En 2015, Djibouti était considéré comme l'un des cinq pays privés de données dans la région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord (MENA). La dernière enquête sur les dépenses des ménages avait été réalisée en 2013 et aucun projet concret n'était en préparation pour en mener une nouvelle. De plus, la capacité statistique de Djibouti à mener des enquêtes et des recensements se situait au bas de la région et son score des capacités statistiques (46,7) était inférieur à celui de la région MENA (64,4) et des autres pays à faible revenu[1] (63,4). Ainsi, le système statistique de Djibouti risquait de ne pas être en mesure de fournir des informations opportunes et d’aider au dialogue sur les politiques.

Pour résoudre ce problème, la Direction des statistiques et des études démographiques de Djibouti (DISED) s’est associée à la Banque mondiale pour mettre à jour et améliorer les systèmes de suivi de la pauvreté et de bien-être dans le pays. L’objectif principal était de produire des preuves récentes et fiables sur le pays. Dans le cadre de cet engagement, l’enquête sur les dépenses des ménages intitulée Enquête djiboutienne auprès des ménages (ci-après dénommée EDAM 2017) a été conçue et mise en œuvre. Le travail sur le terrain s’est achevé en décembre 2017. EDAM 2017 est une enquête multi-thèmes et a collecté des informations sur les dépenses et les habitudes de consommation des ménages et des individus.

La mise en œuvre réussie de l'EDAM 2017 a été suivie d'un délai record pour la production des estimations du bien-être et de la pauvreté. DISED a lancé les résultats préliminaires en mars 2018, puis a publié une note sur ces résultats en juin 2018.

La publication de la note et, par conséquent, les données de l'enquête peuvent aider Djibouti à informer sa stratégie de développement et à atteindre ses objectifs énoncés dans la Vision 2035. La stratégie vise essentiellement à accroître les revenus par habitant et à améliorer les indicateurs de développement humain dans le pays.

Les résultats de l'EDAM 2017 fournissent des preuves sur ces deux objectifs. Les résultats montrent que si le Djiboutien moyen dépense un peu plus de 200 000 Francs de Djibouti (DF), soit environ 1 124 dollars par an, la consommation varie énormément à travers la population : les 10% les plus pauvres dépensent en moyenne environ 40 500 DF par an alors que les individus du dixième décile, c'est-à-dire les 10% les plus riches, consomment environ 672 000 DF, soit environ 3 775 USD (Graphique 1). Il est donc crucial que les objectifs du gouvernement d’accroître les revenus par habitant ne perdent pas de vue les gains qui pourraient être réalisés grâce à une croissance économique inclusive.
 

L’objectif de la Vision 2035 d’améliorer les indicateurs de développement humain est confronté à de sérieux défis, mais tout indique que le pays a fait du bon travail pour améliorer les résultats scolaires. Les résultats d'EDAM 2017 montrent que le taux d'alphabétisation reste à 53% avec des disparités géographiques et de genre considérables (Graphique 2a). Cependant, il y a aussi des résultats prometteurs selon lesquels le groupe des 15-24 ans est beaucoup plus performant que la cohorte des individus âgés de 25 ans et plus sur une foule de résultats scolaires (Graphique 2b). Les résultats montrent également un rattrapage marqué entre les hommes et les femmes au fil du temps. En partie, cela peut être attribué à un meilleur accès à la scolarité, signalé par une augmentation du nombre d’écoles : le nombre d’écoles primaires publiques étant passé de 84 en 2004-05 à 136 en 2016-2017 (Annuaire Statistiques, DISED, 2012, 2017). D'autre part, la transformation de l'éducation est moins évidente dans d'autres régions où 41% des 15-24 ans n'ont reçu aucune éducation, contre 16% à Djibouti ville. Ces résultats suggèrent qu’à l’avenir, les améliorations devront peut-être se concentrer sur les femmes et les régions situées en dehors de la capitale, Djibouti, où se trouvent les plus grands écarts de scolarisation.
 

Pour un pays qui a été identifié comme étant privé de données, la diffusion rapide de l'EDAM 2017 constitue un pas significatif dans la bonne direction. Des efforts encore plus importants sont attendus dans un avenir proche. L’agence statistique du pays s’est engagée à mettre à jour son système de diffusion et à publier la documentation et les micro-données pour toutes les enquêtes précédemment collectées. Cela aidera certainement Djibouti à échapper à son statut de pays privé de données mais, plus important encore, il appuiera le système statistique national pour promouvoir la discussion sur l'élaboration de politiques fondées sur des données probantes.
 
 
[1] Selon l’Association International de Développement (IDA) de la Banque mondiale.

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