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Développement de la petite enfance au Moyen-Orient et en Afrique du Nord : un impératif évident

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Ce billet a fait l’objet d’une première publication dans Future Development.

Le développement de la petite enfance est un investissement qui rapporte gros et durablement. Et, pour une fois, les arguments économiques et scientifiques convergent dans le même sens. James Heckman (a) et d’autres spécialistes ont mesuré avec rigueur les effets produits par ces investissements sur le plan économique. Ces évaluations d’impact indiquent que les enfants à qui on lit des livres, qui fréquentent des établissements préscolaires et qui sont, plus généralement, stimulés depuis la naissance jusqu’à l’âge de cinq ans ont plus de chances d’être scolarisés, d’être en meilleure santé et d’être plus productifs à l’âge adulte. Quant au corpus scientifique, bâti sous la direction de Jack Shonkoff, il montre que l’enfant, lors de son développement, est particulièrement réceptif au contact humain (par opposition à un contact avec des objets inanimés ou à l’inexistence de contact) lors des cinq premières années parce que c’est la période où les connexions cérébrales se forment.

Et pourtant, en dépit de ces données irréfutables, le degré d’investissement dans le développement du jeune enfant au Moyen-Orient et en Afrique du Nord demeure parmi les plus faibles au monde, comme le montre un récent ouvrage de Safaa El-Kogali et Caroline Krafft. En 2011, le taux brut de scolarisation au niveau pré-primaire s’élevait à 27 %, soit deux fois moins que le taux à l’échelle mondiale (seule l’Afrique subsaharienne se situe au-dessous de ce niveau). Cette situation est remarquable à deux titres. Premièrement, parce que la région a lourdement investi dans l’éducation des enfants de six ans et plus, obtenant de bons résultats sur le plan des taux d’inscription et d’achèvement scolaire. Cependant, sur le plan des apprentissages, les performances sont décevantes. De fait, l’une des causes du taux de chômage élevé dans la région est l’inadéquation entre les compétences cognitives et non cognitives des jeunes et les exigences du monde professionnel. Deuxièmement, les pays de la région dotés d’abondantes ressources naturelles s’efforcent de diversifier leur économie, afin de mieux préparer l’après-pétrole. Comme il est difficile de prévoir quels secteurs seront rentables dans 20 ou 30 ans, il est capital de pouvoir s’appuyer sur une population suffisamment qualifiée pour tirer parti des opportunités qui se présenteront dans le futur. L’investissement dans le développement de la petite enfance, l’un des leviers les plus efficaces pour constituer le capital humain de la prochaine génération, entre ainsi dans la stratégie de diversification de ces pays.

La région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) traverse une période difficile de son histoire, émaillée de guerres civiles, de violences extrémistes ou de troubles politiques dans la plupart des pays. Si certains peuvent être d’avis que, en ces temps agités, l’investissement dans le développement de la petite enfance ne constitue pas une priorité, une récente chronique de Nicholas Kristof (a) me fait penser le contraire. Dans le contexte des « guerres de l’école » qui divisent les États-Unis en matière d’enseignement primaire et secondaire (établissements sous contrat, cursus de base commun…), M. Kristof indique que la formation des jeunes enfants est précisément un domaine qui peut faire consensus. Comme dans la région MENA, en proie à des conflits, notamment religieux, où une mobilisation pour le développement de la petite enfance pourrait fédérer les diverses factions — qui veulent toutes le meilleur pour leurs enfants — et faire progresser la question.

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