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L’appui aux PME du Golfe requiert une approche spécifique

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Students trying their business inside Dubai MallLes petites et moyennes entreprises (PME) des pays du Conseil de coopération du Golfe (GCC) diffèrent des PME dans le monde en cela qu’elles emploient avant tout des travailleurs expatriés et très peu de leurs ressortissants.

C’est ce que montrent les statistiques sur la population active : la part des expatriés dans le secteur privé est de 80 % à 98 % dans les six pays du CCG (Bahreïn, Koweït, Oman, Qatar, Arabie saoudite et Émirats arabes unis [EAU]). Le taux le plus bas est constaté à Oman et au Bahreïn et le plus élevé au Qatar et aux EAU.

Pour les microentreprises qui requièrent de faibles qualifications, il est avéré que la main-d’œuvre n’est quasiment formée que d’expatriés. En témoignent les milliers de petites épiceries, laveries, barbiers et autres commerces de détail qui bordent les ruelles des grands centres urbains du Golfe.

Cette structure économique s’explique par des politiques favorables à l’accueil d’une main-d’œuvre étrangère et des traitements généreux dans le secteur public. Les employeurs du secteur privé ont ainsi accès à un large éventail de main-d’œuvre bon marché, venue d’Asie du Sud et du Sud-Est : pour 10 emplois créés dans le secteur privé, huit au moins sont pourvus par des expatriés. Les ressortissants sont quant à eux attirés par le secteur public du fait de salaires plus élevés et de meilleures conditions de travail.

Autre singularité qui brouille le paysage : il arrive parfois que le véritable propriétaire d’une PME (c’est-à-dire la personne qui avance les fonds et dirige de fait l’entreprise) soit lui-même un expatrié, tandis qu’un ressortissant agit comme prête-nom, à des fins légales. Ce type d’arrangement est connu sous le nom de tasattur (que l’on peut traduire en gros par « déguisement » ou « incognito »).

Cette singularité peut expliquer en partie pourquoi les banques commerciales du CCG prêtent rarement aux PME : en effet, si la part moyenne des prêts bancaires octroyés aux PME sur le montant total des financements accordés s’élève à plus de 26 % dans les pays de l’OCDE à haut revenu, cette part n’est que de 2 % dans les pays du CCG (voir ici). En matière de prêt aux PME, les banques dans les pays du CCG se trouvent donc confrontées à une difficulté supplémentaire : outre les entraves que l’on rencontre ailleurs (absence de garantie, comptes informels ou inexistants et indigence des plans d’entreprise présentés par les demandeurs), elles peuvent aussi douter de la propriété réelle des projets pour lesquels ces prêts sont demandés.

Compte tenu de ces spécificités, comment bien accompagner les PME des pays du Golfe ?

En premier lieu, plutôt que de chercher à créer davantage d’emplois pour les ressortissants (une tâche presque impossible au regard de la réglementation du marché du travail dans le CCG), il faudrait promouvoir l’entreprenariat local. Pour cela, il faudrait prêter davantage attention au potentiel du projet présenté par le demandeur et moins sur ses besoins financiers. Ce dispositif d’accompagnement devrait inclure une formation obligatoire et des prestations de conseil sur le lieu de travail, ce qui permettrait également d’éliminer les demandeurs tasattur.

Il conviendrait en second lieu de restreindre l’accès au financement à des activités à forte valeur ajoutée (technologies de l’information, ingénierie et énergies renouvelables). Si celles-ci génèrent moins d’emplois que des secteurs à faible productivité, elles devraient vraisemblablement plus séduire les ressortissants qualifiés.

Au regard de ces différents aspects, si l’on veut aider les PME du Golfe, il vaudrait mieux se reposer sur des fonds communs de placement plutôt que sur les banques. Les États pourraient soutenir de tels fonds par des financements et par l’offre de formations et de structures d’incubateurs pour les entrepreneurs potentiels.

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