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Tunisie : la décentralisation introduira-t-elle les jeunes dans la sphère politique conventionnelle ?

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Young people in the streets of Tunis - Kekyalyaynen l  Shutterstock.comLes jeunes ont joué un rôle essentiel durant la révolution tunisienne de 2011 et font entendre leur voix depuis lors. Ils continuent toutefois d’exercer leur engagement en dehors de la scène politique conventionnelle, comme l’illustre la faible participation des jeunes aux élections législatives et présidentielle de 2014.

Le processus de décentralisation, qui devrait franchir une étape majeure à la faveur des élections locales prévues pour la fin de l’année, pourrait changer cette situation.

À l’heure actuelle, la jeunesse concentre son action sur l’organisation de grandes mobilisations publiques au sujet de questions sensibles telles que la corruption et la redevabilité.

Citons l’exemple de la campagne « Je ne pardonne pas » — مانيش مسامح — à laquelle participe un grand nombre d’internautes, de militants de la société civile et d’organisations non gouvernementales influentes. Le mouvement est parvenu à mobiliser le soutien de nombreuses personnalités et à exercer suffisamment de pressions politiques pour obtenir le retrait temporaire de l’important et controversé projet de loi sur la réconciliation économique.

Le même groupe a salué les mesures prises par le premier ministre tunisien pour lutter contre la corruption, notamment une série d’arrestations très médiatisées de personnalités naguère considérées comme étant au-dessus des lois. La société civile et les associations de jeunes ont démontré qu’elles étaient de précieux alliés en cas de décisions difficiles. De surcroît, la vigueur avec laquelle elles ont exprimé leur soutien a contribué à accroître la popularité du premier ministre, comme en témoignent de récents sondages d’opinion.

Certes, les jeunes sont encore loin de demander un siège au sein des organes décisionnels, mais on reconnaît généralement à quel point il est important qu’ils se fassent entendre au sujet des grands enjeux de l’action publique.

Malheureusement, rien ne remplace l’engagement politique. Pour la jeunesse, la question est de savoir comment trouver sa place à la fois à l’intérieur et à l’extérieur du paysage politique conventionnel afin d’accroître son influence et d’être sûre d’avoir son mot à dire sur l’orientation future du pays.

Une occasion sans précédent se présente aujourd’hui aux jeunes Tunisiens qui aspirent à devenir de futurs dirigeants, car les élections municipales prévues pour décembre 2017 marquent un tournant décisif sur la scène politique du pays. La nouvelle constitution stipule en effet que les municipalités disposeront d’une autonomie beaucoup plus grande et devront davantage rendre compte de leur action à leurs administrés.

Le pays franchira alors une étape importante sur la voie de la décentralisation, qui donnera aux jeunes décideurs potentiels la possibilité de s’exprimer sur les affaires publiques locales. Cet engagement à l’échelle locale contribuera à la formation d’une nouvelle génération de dirigeants politiques locaux susceptibles de donner un nouveau souffle à la scène politique tunisienne.

Jeune diplômée en marketing de l’Institut supérieur de gestion de Tunis, Ichrak Laayouni (23 ans) a décidé de se présenter aux prochaines élections municipales dans la localité de Sidi Bousaid située dans le gouvernorat de Tunis. « Je crois beaucoup à la gouvernance locale et, en tant que jeune femme, je voudrais saisir cette occasion pour me faire la porte-parole de mes pairs », m’a-t-elle expliqué. « Les jeunes et les femmes sont sous représentés dans les instances de décision. Je veux seulement prouver que nous avons un rôle à jouer et j’espère que les élections municipales ne seront qu’un début »

Dans le système décisionnel très centralisé du régime précédent, les municipalités exerçaient peu de responsabilités et jouaient un rôle relativement mineur dans le développement local, mais la situation change progressivement.
En 2014, la Banque mondiale a lancé un programme pour promouvoir ce changement. Le Programme de développement urbain et de gouvernance locale d’un montant de 300 millions de dollars contribue à renforcer les capacités des autorités locales et à accroître la participation des citoyens aux prises de décisions à l’échelon local. Le programme prépare les municipalités à assumer l’entière responsabilité de la planification et du financement de leurs investissements municipaux et à élaborer de nouveaux contrats sociaux avec leurs administrés.

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