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Le retour de la stabilité politique résoudra-t-il les difficultés économiques de la région MENA ?

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Le retour de la stabilité politique résoudra-t-il les difficultés économiques de la région MENA ?Depuis le réveil des populations arabes fin 2010, la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) voit les conflits et l’instabilité politique augmenter sur fond de détérioration de sa situation économique. Difficultés économiques et conflit s’entretenant mutuellement, on peut s’interroger sur l’impact du retour de la stabilité politique pour la prospérité régionale.

Le dernier rapport sur l’évolution et les perspectives économiques de la région MENA, Investir en période de turbulences, s’intéresse au recul des investissements directs étrangers (IDE), facteur clé de ce déclin économique, et à son lien avec le risque politique que présente la région. Les troubles politiques ont donné, c’est évident, un sérieux coup de frein à l’activité économique de la région MENA en 2013 (les prévisions tablent sur une croissance de 2,8 %) — une situation qui fragilise considérablement les perspectives régionales pour 2014. Après avoir évolué à « deux vitesses », la région connaît désormais un marasme économique qui touche tous les pays, les principaux exportateurs de pétrole (notamment la Libye, l’Iran et la Syrie) traversant une passe difficile qui a ramené leur taux de croissance au niveau de celui des pays importateurs.

Ce passage à vide a aggravé les déficits commerciaux et budgétaires, surtout dans les pays importateurs de pétrole. La marge de manœuvre budgétaire s’est réduite comme peau de chagrin avec l’effondrement des recettes fiscales, l’augmentation des dépenses publiques, le renchérissement d’importations lourdement subventionnées et, dans certains cas, l’explosion des charges d’intérêts. Plombés par le repli des exportations, au niveau notamment des recettes du tourisme, les déséquilibres extérieurs ont perduré. L’investissement public a lui aussi marqué le pas, même si l’investissement privé intérieur n’a guère été pénalisé. Avec l’augmentation des primes de risques et l’effondrement des IDE, de nombreux pays ont du mal à combler le déficit de la balance courante.

Le rapport observe l’impact négatif probant de l’instabilité politique sur les apports cumulés d’IDE à la région. Le choc politique a interrompu la reprise des flux d’IDE amorcée après la crise économique et financière mondiale de 2008. Mais à y regarder de plus près, l’augmentation des IDE dans les années 2000 par rapport à la décennie précédente (toujours inférieure à son niveau potentiel cependant) a été dominée par des investissements dans le secteur des services commerciaux, des ressources naturelles et des biens non marchands. Alors que les pays importateurs de pétrole captaient 60 % des IDE dans les années 1990, les apports se sont réorientés dans les années 2000 vers les pays exportateurs, qui en ont absorbé 70 %. Les IDE dans les secteurs manufacturiers non pétroliers — ceux qui ont des retombées pour l’emploi et de transfert de connaissances — sont restés marginaux. Et ils sont bien plus sensibles à l’instabilité politique que les IDE dans les secteurs extractifs ou non marchands. Les troubles politiques actuels vont donc accentuer le phénomène de réorientation des IDE.

Si de multiples raisons expliquent l’absence d’IDE créateurs d’emplois dans la région, la médiocrité de l’environnement des affaires, qui continue de faire la part belle aux privilèges au détriment de la concurrence, joue un rôle évident. Ainsi en Tunisie, la protection des monopoles dans le secteur des télécommunications et des transports renchérit le coût de ces services pour les industries exportatrices offshore et fragilise leur position concurrentielle sur les marchés internationaux.

Comment les pays de la région MENA peuvent-ils sortir de ce cercle vicieux des violences et des difficultés économiques ? En dopant la création d’emplois, grâce à l’amélioration d’un environnement des affaires qui, selon la dernière édition du rapport Doing Business 2014, paru aujourd’hui, ne cesse de se dégrader. En réformant les réglementations qui favorisent les privilèges et non la concurrence et en renforçant les incitations à l’innovation. Et en s’attelant aux subventions régressives et coûteuses ainsi qu’au fonctionnement du secteur public, pour le rendre plus efficace. C’est en progressant sur tous ces fronts, et en faisant le pari d’une transparence accrue, que les dirigeants parviendront à rétablir la confiance avec leurs citoyens et les investisseurs. Une confiance propice à de nouvelles réformes qui, elles, permettront d’enclencher le cercle vertueux de la paix et de la prospérité.

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