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Femmes, travail et égalité : réforme de l’assurance sociale en Jordanie

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Imaginez que vous soyez une jeune femme en Jordanie, essayant de trouver un équilibre entre votre carrière et votre vie de famille, en tenant compte des priorités actuelles mais aussi de votre avenir à plus long terme. Vous apprenez que le gouvernement vient d’instaurer une nouvelle loi pour répondre à diverses questions  liées à l’emploi. Une amie vous en a parlé, mais vous avez besoin de plus d’informations pour déterminer comment vous et votre famille pourriez en bénéficier.
 
En 2010, le gouvernement Jordanien a introduit une loi afin de rendre l’assurance sociale financièrement viable, d’améliorer la justice sociale et l’égalité des sexes, et d’étendre la protection sociale. Cette nouvelle loi incluait des changements de politique visant, entre autres, à améliorer les chances pour les femmes de trouver un emploi. L’assurance maternité a par exemple été mise en place pour lever les obstacles à l’emploi des femmes.

Une récente étude de la Banque mondiale, auprès d’une centaine de Jordaniens (hommes et femmes) – employés, employeurs et leaders d’opinion – s’est intéressée à leur niveau de sensibilisation, de connaissance ainsi qu’à leurs perceptions concernant la nouvelle loi et ses dispositions. L’étude, conduite par le biais d’entretiens individuels et de groupes de discussion, a révélé que les personnes les plus concernées par cette nouvelle loi demeuraient très mal informées à son sujet. Ceux qui étaient au fait de son existence, en avaient entendu parler par le biais des vastes campagnes médiatiques lancées par le gouvernement. Cependant leur compréhension de cette loi était souvent inexacte ou incomplète car elle reposait sur le bouche à oreille. « On a entendu parler [de la nouvelle loi], a dit une femme, mais on n’a pas vraiment compris de quoi il s’agissait. » Ce manque d’une solide compréhension de la nouvelle loi d’assurance sociale en Jordanie pourrait devenir un handicap à sa mise en œuvre.

Imaginez que vous soyez un employeur. Vous avez entendu parler de la loi, mais pas dans les détails, si bien qu’elle reste assez confuse pour vous. Vous voulez faire ce qui est juste pour les femmes jordaniennes mais vous êtes inquiet de savoir si vous serez en mesure d’appliquer cette loi.

Les perceptions des employeurs concernant l’utilité de la loi étaient mitigées — peut-être en raison du fait que peu d’entre eux avaient été consultés lors de l’élaboration du texte.

Bien que nombre d’employeurs soient assez positifs sur l’impact potentiel de cette loi pour la Jordanie, ils ont exprimé des doutes concernant leur habilité à la mettre en œuvre, même parmi ceux qui comprenaient ses dispositions. Beaucoup s’inquiétaient aussi du surcoût (pour les employeurs) associé aux 0,75% d’impôt sur la masse salariale afin de garantir la viabilité de l’assurance maternité, qui pourrait avoir un impact négatif sur la création d’emploi à court terme.

Les employeurs favorables à la loi indiquaient qu’elle aurait plusieurs avantages. Un dirigeant d’une grande entreprise a déclaré, qu’à son avis, elle encouragerait le développement de l’emploi des femmes étant donné que, grâce à la nouvelle loi, la Sécurité Sociale paierait pour le congé maternité, ne laissant à l’employeur qu’à assumer la charge salariale de la personne remplaçant (temporairement) son employée.

Que vous soyez employeur ou employé en Jordanie, imaginez que vous vouliez contribuer à améliorer l’égalité des sexes sur le marché du travail en Jordanie. Vous avez entendu que certains facteurs peuvent aider la loi ou, au contraire, l’affaiblir. Vous ne disposez pas d’influence directe sur certains de ces facteurs mais vous pensez qu’ils méritent d’être discutés publiquement et d’être pris en compte par les décideurs.

Parmi les jordaniens au fait des détails de la loi, la plupart la trouvait positive et pensait que dans un contexte favorable – notamment concernant la nature du travail et l’évolution de la mentalité des employeurs et des membres de la famille – la loi pourrait contribuer à augmenter le nombre de postes ouverts aux femmes en Jordanie.

La plupart des personnes interrogées (seules ou en groupes) pensait que les changements concernant le mode de paiement des prestations de maternité constitueraient une étape vers l’établissement  de l’égalité des femmes dans la population active. Cependant elles pensaient aussi que la loi n’atteindrait probablement pas tout son potentiel en l’absence de politiques et de programmes mis en place pour lever les obstacles prévisibles. On peut citer par exemple le manque de structures de garde d’enfants en Jordanie, les préjugés socio-culturels concernant l’emploi des femmes, ou le manque de transports en commun.

D’après les personnes interrogées, la Jordanie a connu des changements importants qui favoriseront l’entrée des femmes dans la population active. Il s’agit notamment de l’amélioration des transports, des télécommunications, et d’un sentiment de sécurité personnelle plus fort dû, en partie, à l’amélioration de la sécurité publique et au renforcement de l’environnement juridique. Plus encore, les Jordaniens ont témoigné de l’évolution des normes sociales, rendant les femmes plus à même de participer pleinement à la société. Ils faisaient notamment référence à la baisse du nombre de mariages précoces et au plus grand respect pour les femmes actives.

Selon notre étude, les Jordaniens sont attachés au concept d’assurance sociale, incluant les retraites, les prestations de maternité et les allocations chômage. L’assurance maternité publique « réduit les risques qu’un employeur ne recrute pas une femme pour éviter d’avoir à payer les prestations de maternité, » a déclaré un des participants à l’enquête. Pour les familles il s’agit aussi d’une garantie « 100% essentielle » car elle permettrait aux femmes actives de ne pas perdre leur emploi en cas de grossesse.

Bien que la nouvelle Loi de Sécurité sociale ait fait une différence, sa mise en œuvre efficace nécessitera d’autres avancées afin d’assurer des opportunités professionnelles égales pour les femmes en Jordanie. Les personnes interrogées pensent que le gouvernement et la société civile devraient encourager les initiatives favorisant la diversité des genres au travail, et que des campagnes médiatiques fondées sur des éléments concrets sont nécessaires pour changer la perception du public par rapport au rôle des femmes sur le marché du travail. Cela contribuera à lever les obstacles à l’égalité des femmes au travail. 

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