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Les femmes yéménites peuvent désormais participer à la vie politique. Et après ?

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Au Yémen, les meetings féminins se tiennent généralement à la maison. Des femmes de tous horizons s’y côtoient : femmes politiques, fonctionnaires, anciennes ministres ou ministres en exercice, parlementaires, mais aussi avocates et représentantes de la société civile. J’ai eu la chance de participer à l’une de ces rencontres, aux côtés d’autres femmes issues de la communauté internationale, ambassadrices ou représentantes d’organismes donateurs.
 
Lors de la Conférence de dialogue national, ces femmes se sont largement mobilisées pour faire en sorte qu’un nombre conséquent de sessions de discussions soient l’occasion de débattre de la condition féminine au Yémen, tant sur le plan politique et juridique qu’au niveau économique et social. La participation active d’un nombre considérable de femmes et leur présence à différents événements de la conférence — à hauteur de 27 % sur l’ensemble des participants — ont sans aucun doute envoyé un signal fort aux hommes du pays : les femmes sont bien là et elles occupent une place de premier plan, sachant notamment qu’elles représentent 51 % de la population... Elles l’ont affirmé haut et fort : « Nous sommes capables de prendre en charge la reconstruction de notre patrie. »
 
Ces débats m’ont permis de faire la connaissance de beaucoup de militantes, autant de personnalités qu’autrement je n’aurais guère pu rencontrer en même temps. Les points de vue politiques et partisans échangés à cette occasion ont joué un rôle certain dans l’élaboration d’un consensus entre les différentes parties au dialogue national. Ces échanges ont été tout à fait cruciaux pour l’issue de la conférence. Parfois, les esprits s’échauffaient, les divergences affleuraient et le politique l’emportait, ce qui sapait les débats. Je me disais alors que les femmes devaient privilégier l’économie et son corollaire, la création d’emplois. Car il s’agit d’une exigence primordiale au regard des épreuves traversées par le pays, du nombre croissant des diplômés des instituts techniques et universitaires qui ne trouvent aucun débouché et du recul de la demande sur le marché de l’emploi (dans les secteurs public et privé). Ces questions sont essentielles et le pays pourrait s’y atteler dans un esprit de neutralité absolu.
 
La Conférence de dialogue national a été le théâtre d’une mobilisation féminine sans précédent. Pour la première fois, les femmes ont prouvé qu’elles pouvaient obtenir gain de cause sur des droits pour lesquels elles militaient de longue date, dont notamment l’intégration dans la Constitution de leur droit de participation dans les affaires publiques. Les participants ont convenu dans leur majorité de la nécessité de définir un pourcentage de représentation des femmes dans les instances législatives, exécutives et judiciaires, outre les conseils élus au plan local. C’est ainsi que l’article six du code électoral a vu le jour, stipulant que « les partis politiques devront organiser leur liste électorale de manière à garantir un taux de représentation des femmes de 30 % au moins au sein des conseils élus. La constitution de la liste devra se conformer au modèle suivant : au moins une femme pour trois candidats. Les listes des partis politiques qui contreviendront à ce principe seront invalidées. »
 
Le regard porté sur la femme au Yémen, en particulier de la part des hommes politiques, réduit souvent celle-ci à un rôle domestique. Cette conception prévaut encore aujourd’hui en dépit du fait que les femmes yéménites sont quasiment sur un pied d’égalité avec les hommes sur le plan du niveau d’études. Elles sont aujourd’hui en mesure d’occuper des postes à haute responsabilité, pourvu qu’on leur en donne la possibilité. Cependant, ainsi que l’a observé l’une d’entre elles : « Les partis politiques et les grandes institutions ne sont pas convaincus de ce seuil de 30 % dans les instances supérieures de l’État. Ils auront recours à des expédients afin de ne pas appliquer ce principe. La désignation des membres de la commission régionale, où les femmes comptent pour moins de 7 %, en est un exemple flagrant ! ».
 
La désignation de candidats pour siéger à la commission de rédaction de la Constitution devrait s’effectuer prochainement. Si elles n’ont pas grand espoir d’y être directement représentées, les femmes tentent cependant de trouver des soutiens chez les hommes afin que leur voix soit entendue. Peut-être trouveront-elles un interlocuteur à l’oreille attentive qui réservera un accueil favorable à leurs propositions.
 
J’ai eu cette chance de rencontrer les femmes, jeunes ou chevronnées, qui se sont battues pour faire entendre leur voix dans les salles et les couloirs de la conférence. Certaines émettent des doutes quant à la sincérité de la démarche politique qui a conduit à accorder aux femmes la place qui leur revient et à la possibilité de parvenir à un vrai changement pour le bien de tous les Yéménites. Comme en témoigne le commentaire de l’une des intéressées : « Vu la mentalité politique, les hommes ne verront aucun inconvénient à accroître ce seuil de 30 %, à partir du moment où les femmes ne pèsent pas sur le débat et votent sans regimber ! ».
 
En fin de compte, comme le prouvent d’autres exemples dans le monde, les femmes ne parviendraient à aucun progrès sans un combat incessant et une mobilisation de tous les instants, à tous les niveaux. Les femmes du Yémen ont témoigné de leur enthousiasme à préserver des acquis qu’elles ont gagnés de haute lutte, en manifestant et en participant massivement à la Conférence de dialogue national. La réussite de cette initiative est un motif de fierté et un exemple à suivre dans toute la péninsule arabe et à l’échelle du monde entier.
                                                                                                                                       
Voilà pourquoi nous disons à toutes ces femmes : « Haut les cœurs ! »

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