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De jeunes marocains à la conquête du marché de l’emploi touristique en Allemagne

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Young man on the phone - pathdoc l shuterstock.com

Mobilité des actifs : un pari gagnant-gagnant
 
Pour beaucoup d’entre nous, la mobilité à travers les frontières est une évidence. Nous avons quitté notre pays d’origine, attirés par la promesse de meilleures études ou des emplois mieux rémunérés. Au-delà de nos parcours personnels, nous sommes convaincus à la Banque mondiale des atouts que représente une plus grande mobilité et de la nécessité de donner corps à cette idée. Améliorer l’allocation des ressources, faire correspondre l’offre et la demande ou encore faire face aux dynamiques économiques et démographiques, sont autant d’arguments d’experts pour démontrer que la mobilité peut être un puissant vecteur de prospérité, de réduction du chômage et d’investissement dans le renforcement du capital humain.

Mais, malgré ce positionnement « pro-mobilité », celle-ci demeure l’apanage d’une élite, une chimère pour le plus grand nombre, et une entreprise risquée voire mortellement dangereuse pour certains. La nécessité d’une coopération bilatérale pour créer des trajectoires de mobilité bénéfiques à tous, encadrées et légales n’a jamais été aussi grande.

La Banque mondiale facilite l’accès au marché de l’emploi à l’international

En 2015, l’Allemagne, le Maroc, la Banque mondiale et le Centre de Marseille pour l’intégration en Méditerranée (CMI) ont fait un pari fou qui s’est vite concrétisé, à la faveur de la rencontre de l’offre et de la demande…

L’initiative est née de la volonté de la Banque mondiale et du CMI de faciliter l’instauration d’un dispositif bilatéral entre le Maroc et l’Allemagne. Le projet visait à assister l’Agence marocaine de promotion de l’emploi et des compétences (ANAPEC) dans une démarche d’intermédiation consistant à sélectionner et former de jeunes marocains dont le profil pouvait intéresser le marché du travail allemand. De l’autre côté de la Méditerranée, des échanges étaient noués avec l’Agence fédérale pour l’emploi et l’Agence allemande de coopération internationale pour le développement (GIZ), afin qu’elles identifient les professions confrontées à des pénuries de main-d’œuvre. Ces travaux ont mis en évidence le potentiel du secteur du tourisme comme gisement d’emplois. À partir de là, le jeu de l’offre et de la demande a parfaitement fonctionné.

L’ANAPEC a constitué un vivier de cent jeunes marocains désireux de travailler dans le tourisme et aptes à trouver un emploi à l’étranger. L’accord prévoyait de leur offrir une formation de base (en langues, notamment), avant leur départ et le début de leur apprentissage en Allemagne dans un lieu adapté, où ils se professionnaliseraient.

L’objectif de cette expérimentation était de tirer des enseignements utiles, de part et d’autre de la Méditerranée, indépendamment de la réussite ou de l’échec du projet. On peut noter avec satisfaction que les réticences réciproques autour de la faisabilité de l’opération ont vite cédé face à l’engouement de participer à une aventure novatrice et de trouver une solution à des besoins connexes.
 

Voici des bénéficiaires du programme avant leur départ en Allemagne pour entamer une nouvelle étape de leur carrière. Loin des conventions qui prévalent au Maroc, les deux jeunes hommes ambitionnent de devenir cuisiniers et la jeune femme gérante d’hôtel.

Après un an d’expérimentation, je suis ravie d’annoncer que l’opération est concluante. Les 100 candidats marocains ont réussi leur transition : ils poursuivent leur apprentissage et sont des recrues estimées dans les 48 établissements qui les emploient. Depuis que cette initiative modeste a gagné en visibilité, d’autres employeurs, villes et États allemands ont manifesté leur intérêt dans la création de partenariats avec le Maroc qui font coïncider formation, emploi et mobilité internationale. Ce galop d’essai a entraîné de profonds changements chez les acteurs du projet : l’ANAPEC cerne désormais mieux les conditions d’accès à un marché du travail international pour les demandeurs d’emploi qu’elle représente. Elle a pris les devants dans l’intermédiation et dans la formation afin de préparer les candidats aux secteurs en plein essor à l’étranger, comme le tourisme, l’informatique ou la santé.

De leur côté, les représentants allemands ont désormais mieux compris la nécessité de simplifier certaines démarches administratives et réglementaires afin de faciliter les recrutements au Maroc et d’intégrer intelligemment les nouveaux arrivants au marché du travail allemand et, plus généralement, de faciliter leur insertion sociale.

De part et d’autre, la confiance grandit, et c’est un point essentiel. Les employeurs commencent à être convaincus que les organismes marocains s’emploient à doter les actifs des compétences sociales et techniques requises pour occuper un emploi stable à l’étranger. Surtout, les jeunes travailleurs marocains ont pris confiance en eux. Leur parcours et leur expérience leur ont donné l’assurance que leurs compétences sont reconnues dans un environnement professionnel international. Ils ont réussi le test ultime de l’employabilité dans un secteur compétitif, aux côtés d’une main-d’œuvre issue des quatre coins du monde : ils constituent désormais un personnel apprécié et recherché.

Nous voulons aujourd’hui donner plus d’ampleur à cette initiative, l’étendre à d’autres secteurs et pays, et en exposer plus largement les avantages, en impliquant encore davantage les prestataires de formation, les communautés d’expatriés et autres parties prenantes.

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