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À la recherche d’un triple dividende pour les agriculteurs, et pour nous tous

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Imaginez que vous vivez dans un village en Afrique… au Niger, par exemple. Depuis des générations, votre famille cultive la même parcelle de terre. Certes, la vie n’a jamais été facile. Mais vous avez remarqué que, ces derniers temps, c’est encore plus dur qu’avant. Le temps est devenu plus variable, les pluies sont imprévisibles, les récoltes de plus en plus incertaines et les prix toujours plus volatils.

 

Projetez-vous à présent dans une, deux, trois ou cinq décennies. Que sera devenu votre village ?

 

Il se peut que les conditions aient empiré : les sécheresses sont plus fréquentes, les inondations plus dévastatrices, les rendements et les revenus en chute libre. Peut-être même que votre village n’a pas réussi à survivre à ces changements.

 

Mais il se pourrait aussi que la situation se soit améliorée : les sols sont devenus plus riches, les rendements meilleurs, les récoltes plus faciles à prévoir, les cultures plus variées et nutritives, et chaque année vous recevez même une prime pour fixer plus de carbone sur vos terres.

 

Ce sont nos choix qui vont déterminer laquelle de ces prévisions se réalisera. Et, plus précisément, cela dépendra de deux éléments : la communauté internationale sera-t-elle parvenue ou pas à s’entendre sur une réduction des émissions de carbone d'au moins 50 % d’ici 2050 ? Et qu’aurons-nous fait pour aider cet agriculteur et le système agricole partout dans le monde ?

 

À l’heure où j'écris ces lignes, un millier de personnes, venues d’une centaine de pays, sont réunies à La Haye, aux Pays-Bas, pour discuter de cette deuxième question. À quatre semaines seulement du sommet de Cancun, le gouvernement néerlandais et la Banque mondiale ont organisé la conférence Down2Earth afin de relancer un sujet souvent négligé dans les négociations climatiques. C’est sur les agriculteurs que pèsent les plus lourdes menaces liées aux changements climatiques, mais ce sont également eux qui pourraient jouer un rôle majeur dans la réponse qui y sera apportée. L’agriculture représente près de 15 % du total des émissions mondiales de carbone, à égalité avec la déforestation et la dégradation des forêts.

 

Or, plutôt que d’émettre du carbone comme c’est le cas aujourd’hui, l’agriculture a la capacité de « fixer » (en d'autres termes d’absorber) le carbone dans les sols. Vous me direz que la productivité et les rendements en prendront un coup ? Aussi surprenant que cela puisse paraître,  la réponse est non.

 

Encore plus fort : est-il possible d’obtenir de meilleurs rendements, d’augmenter la quantité de carbone dans les sols et de renforcer la résistance aux sécheresses et à la chaleur ? Encore une fois, la réponse peut surprendre : c’est oui !

 

Nous pourrions donc gagner sur trois fronts : en augmentant les rendements (= réduction de la pauvreté et sécurité alimentaire), en rendant les cultures plus résistantes aux conditions extrêmes (= adaptation) et en faisant de l’agriculture non plus une partie du problème climatique mais l’une de ses solutions (= atténuation).

 

Mais, bien sûr, ce triple dividende ne sera pas simple à obtenir, et il ne faut pas croire ceux qui prétendent le contraire. Il existe un grand nombre d’aspects que nous ne comprenons pas encore, et il faudra  mettre en œuvre tout une série d’interventions adaptées aux spécificités nationales et locales. Mais un bon nombre de pays montrent déjà qu’il n’y a là rien d’impossible. La Chine a été un leader dans ce mouvement, avec des programmes aujourd’hui célèbres dans le monde entier, comme celui du plateau de Loess. Le Brésil a également investi dans une recherche de qualité et des services de vulgarisation qui portent aujourd’hui leurs fruits. Au Kenya, des projets pilotes versent des paiements en espèces à des petits fermiers pour qu’ils expérimentent de nouvelles techniques agricoles capables de fixer plus de carbone dans les sols tout en augmentant leur fertilité.

 

Les participants à la conférence de La Haye vont étudier en détail ces projets, comme de nombreux autres, et préparer un plan d’action qui sera discuté au plus haut niveau, en présence d’une soixantaine de ministres, plus tard dans la semaine.

 

Il faut féliciter Juergen Voegele et son équipe du département Agriculture de la Banque mondiale, notamment Marjory-Anne Bromhead et Patrick Verkooijen, pour leur créativité et leur volonté de faire avancer ces questions importantes. J’ai eu le plaisir de prendre part à la session inaugurale de la conférence, et j’y ai appris tellement de choses que je serai là de nouveau pour la session ministérielle de jeudi !