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VIH/SIDA en Thaïlande: sera-t-il un jour aussi simple de distribuer des aiguilles stériles que des préservatifs?

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Disponible en: English, ภาษาไทย

Quand je pense au SIDA, deux images me viennent à l’esprit : le fameux ruban rouge et le préservatif gratuit. D’ailleurs, ils résument assez bien les efforts réussis de la Thaïlande pour contrer l’épidémie : des campagnes massives d’information et le programme « 100 % Préservatifs » qui a permis de réduire la contamination chez les professionnels du sexe. 

Mais la prégnance de ces symboles s’est éteinte après que j’ai rencontré, dans un vieux quartier misérable de Bangkok, ceux qui sont aujourd’hui les plus exposés à l’infection : les usagers de drogues injectables.

L’utilisation d’une même aiguille par plusieurs usagers contribue à propager le virus du SIDA et les autres maladies transmissibles par le sang. D’autant que, sous l’emprise de la drogue, les toxicomanes risquent davantage d’avoir des rapports sexuels non protégés. Il existe des programmes dits « de réduction des risques » (ou des « méfaits ») qui consistent à fournir aux usagers de drogues des aiguilles stériles, des seringues et des préservatifs afin d’éviter la contamination. Si la distribution de préservatifs ne pose plus guère de problèmes, il n’en est pas de même pour les aiguilles et les seringues.

Il n’est pas rare que les travailleurs sociaux distribuant des seringues stériles soient molestés par la police ; de fait, la possession d’aiguilles et de seringues est illégale en Thaïlande. Ces programmes « du moindre mal » sont globalement mal perçus dans la société en raison du regard qu’elle porte sur les usagers de drogues. Le résultat est dramatique, puisque cette situation oblige les toxicomanes à se cacher encore davantage, les privant ainsi de l’aide dont ils ont besoin.

Parler du VIH/SIDA, c’est aussi écouter ce qu’en disent les plus vulnérables. J’ai interrogé trois personnes qui sont au cœur des questions de réduction des risques, de consommation de drogues et de pandémie.

 

Karyn Kaplan

Karyn est la co-fondatrice d’un centre social spécialisé dans les programmes de réduction des risques.

 

"Les usagers de drogues font ce qui est bon pour leur santé si on les aide. Les gens nous demandent si le fait de distribuer des aiguilles ne revient pas à favoriser la consommation de drogue ou si les préservatifs gratuits n’incitent pas les gens à avoir des relations sexuelles. Eh bien, la réponse est non. Nous prenons juste acte de la réalité et tentons de trouver la meilleure solution pour stopper la transmission. Nous offrons un espace où chacun est libre de venir réclamer une aiguille stérile et, pourquoi pas, se faire dépister. Notre credo, c’est de prendre les gens comme et là où ils en sont. S’ils veulent une aiguille, nous leur donnons une aiguille. S’ils veulent suivre une cure de désintoxication, nous les aidons. Nous voulons qu’ils aient suffisamment confiance en nous pour nous demander une seringue ou un traitement antirétroviral. C’est ainsi que nous parviendrons à rendre la société plus saine. Nous en sommes convaincus. Beaucoup de gens sont venus consulter ici et sont restés pour y travailler. Très souvent, une personne séropositive vient chercher un service et demande ensuite à suivre une formation pour devenir éducateur dans sa communauté".

 

Aek (*pseudonyme)

Aek, âgé de 46 ans, est un ancien toxicomane qui vit à Bangkok.

 

"Le fait de participer au programme de réduction des risques a changé ma vie. Cela m’a permis de réduire les risques d’infection et d’assurer ma survie. Aujourd’hui, je peux accéder plus facilement à des services et ces services sont de meilleure qualité. Le programme de réduction des risques m’a aussi permis de reprendre confiance en moi".

 

Zashnain Zainal

Zashnain travaille depuis 1996 avec des usagers de drogues injectables et d’autres groupes présentant de forts risques d’infection par le VIH.

 

"La réduction des risques fait autant partie des soins que n’importe quel traitement. Les gens sont habitués à considérer les drogués comme le fléau de nos sociétés, alors que ce sont des malades. Personne en fait n’aime être victime d’addiction. J’ai travaillé avec beaucoup de toxicomanes avant et tous voulaient être des membres productifs de leur communauté. Si vous pensez que l’addiction est un problème, pourquoi ne pas donner aux gens les moyens de s’en sortir et de se prémunir des infections (comme l’hépatite et le SIDA, transmises par le sang) ?"

 

J’aimerais savoir ce que vous pensez des programmes de réduction des risques dans la lutte contre la propagation du sida. Croyez-vous qu’un jour, il sera aussi facile de distribuer des aiguilles stériles que des préservatifs ? Il y a juste 20 ans, la distribution de préservatifs était taboue en Thaïlande. Comment faire pour que la société soit plus réceptive aux programmes de réduction des risques ?

 

 

Slideshow: HIV Prevention Among Injection Drug Users in Thailand