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Les trois ingrédients essentiels au succès d’une réforme de l’éducation

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“For learning to happen and for values to be nurtured in classrooms, teachers and  principals need to have a mindset of excellence,” says Jaime Saavedra.
Afin que les étudiants reçoivent une éducation de qualité, il faut que les enseignants et principals se fixent des objectifs d'excellence, selon Jaime Saavedra, directeur général du Pôle d'expertise “Éducation” à la Banque Mondiale. (Photo: World Bank)


Les investissements pour l’éducation réalisés ces dix dernières années dans les pays en développement ont permis d’assurer une couverture éducative sans précédent. Les taux de scolarisation sont plus élevés que jamais mais, en dépit de ces investissements record, des enfants passent leur journée assis dans des salles de classe sans acquérir de connaissances. Dans des pays aussi différents que le Vietnam, le Pérou ou le Mali, des millions d’enfants quittent l’école, parfois après l’avoir fréquentée plusieurs années, sans savoir lire un paragraphe ou faire une simple soustraction de nombres à deux chiffres.

Il faut que les systèmes éducatifs s’organisent de sorte que chacun des millions d’enfants scolarisés n’ait pas seulement un accès quotidien à l’école mais aussi à une éducation de qualité. Certes, ce n’est pas une tâche facile, d’autant qu’elle doit être menée dans des millions d’écoles, dans des cultures et des contextes différents, dans des structures publiques ou privées. Toutefois, difficile n’est pas synonyme d’impossible et collectivement nous avons le pouvoir de mener une réforme qui assurera une éducation de qualité à tous les enfants. D’ailleurs, plusieurs pays l’ont déjà fait : certains pays de l’OCDE ont travaillé pendant plusieurs décennies à l’amélioration de leur système scolaire tandis que d’autres, à l’instar de la Corée, l’ont fait en moins de vingt ans. En 1953, la Corée était un pays pauvre, dévasté par la guerre et 80% de ses habitants étaient analphabètes. À la fin des années 60, le pays était déjà doté d’un bon système avec un taux d’analphabétisme inférieur à 15%. Aujourd’hui, la Corée s’en sort exceptionnellement bien.

Trois ingrédients sont essentiels à la réussite d’une réforme de l’éducation

D’abord, la réforme doit comprendre des politiques ou des programmes raisonnablement bien conçus. Je dis « raisonnablement » parce qu’aucune politique n’est parfaitement conçue. Un décideur pourra concevoir une nouvelle méthode pédagogique ou un mécanisme incitatif visant à améliorer l’efficacité des enseignants mais c’est seulement au niveau des pays que des ajustements essentiels pourront être apportés au moment de la mise en œuvre. Une bonne conception nécessite donc une période d’ajustement pendant laquelle les spécialistes de l’éducation et les autres parties engagées dans la réforme pourront évaluer le programme, cerner les effets et améliorer la conception en continu. Cette période d’ajustement est indispensable : les programmes à grande échelle sont sensibles aux réalités politiques et économiques et doivent pouvoir s’adapter aux capacités des organismes d’exécution sur le terrain.  

Ensuite, les institutions – et les personnes qui y travaillent – doivent être formées pour une mise en œuvre efficace de la réforme. La capacité d’un pays à mettre des changements en œuvre est tributaire de la qualité de sa fonction publique, de ses mesures d’incitation et de la structure organisationnelle des ministères. Les pays ont donc besoin de cadres ayant la formation technique et administrative nécessaire pour mettre les programmes en œuvre, ainsi que d’un personnel qualifié, motivé et conscient de l’importance de sa mission.

Des fonctionnaires compétents et motivés, j’en rencontrais quotidiennement lorsque j’étais ministre de l’Éducation du Pérou. Je me souviens en particulier qu’un samedi soir du mois de mars dernier, l’un de mes conseillers est passé au ministère vers 23 heures pour récupérer du matériel dont il avait besoin pour le début de l’année scolaire. Il m’a téléphoné complètement sidéré : il avait trouvé une vingtaine de jeunes au travail, le week-end, à près de minuit, aussi normalement que si c’était un lundi matin, en train de mettre la touche finale à divers programmes. Depuis ma salle de séjour, j’ai demandé à leur parler et après un bref échange je les ai remerciés pour leur engagement et leur dévouement au service de l’éducation. Une jeune femme, Jessica, m’a interrompu en disant : « Non, Monsieur le ministre, pas la peine de nous remercier. Ici, on change la vie ».

Elle avait raison. Comme beaucoup de jeunes gens que j’ai rencontrés pendant mon mandat ministériel, Jessica comprenait l’importance de sa mission.

Certes, les fonctionnaires n’ont pas tous les mêmes capacités de mise en œuvre, et ces capacités varient aussi selon le pays et le contexte, mais un effort concerté et collectif est nécessaire pour appuyer les autorités nationales et locales qui, au bout du compte, sont en première ligne pour mener les réformes éducatives.

Enfin, il faut un alignement politique à l’appui de la réforme de l’éducation pour que priorité soit donnée à l’apprentissage des élèves et non au bénéfice personnel. Il faut que tous, l’exécutif, la population, les syndicats, les médias, les enseignants, le secteur des affaires, les autorités locales et les parents forment un front uni au service de l’objectif commun de la réforme de l’éducation. C’est un sujet qui sera traité en détail dans le prochain Rapport sur le développement dans le monde 2018 de la Banque mondiale, intitulé Accomplir la promesse d’une éducation au service du développement.
 
Il arrive trop souvent, qu’en raison d’intérêts concurrents, l’attention se concentre sur des sujets autres que l’apprentissage : les responsables politiques veulent procurer des avantages à certains groupes et les syndicats asseoir leur influence politique. Le personnel administratif cherche à protéger son pouvoir et les enseignants sont préoccupés par la sécurité de l’emploi. Il arrive que des prestataires de services veuillent privilégier leurs bénéfices et, pour ce faire, appuient des solutions qui ne favorisent pas l’intérêt général. C’est une tâche complexe que de coordonner tous ces acteurs pour faire de l’apprentissage la priorité ; dans les pays en développement l’alignement politique est l’exception plutôt que la règle. C’est néanmoins une tâche envisageable et réalisable. De fait, lorsque ces trois facteurs sont réunis – conception adaptée, capacités de mise en œuvre et alignement politique – on constate une amélioration spectaculaire de l’apprentissage des élèves.

La recette n’est pas facile à réussir, mais l’assemblage et le bon mélange de ces trois ingrédients sont essentiels à l’avenir d’un pays.  
 
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