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Les enseignants et la confiance : clé de voûte du système éducatif finlandais

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Les enseignants des écoles publiques du Brésil, de l’Indonésie ou du Pérou ont des emplois stables, bénéficient d’une bonne protection juridique et font partie de syndicats d’enseignants qui les protègent sur le plan politique. En Finlande, les enseignants du public ont également des emplois stables et sont rarement licenciés. Ils sont représentés par un syndicat puissant et très influent parmi les autres acteurs participant au débat politique. Mais pourquoi donc les résultats d’apprentissage des élèves varient-ils tant entre ces pays ?

1. Prestige, sélection et formation des enseignants

En Finlande, on valorise beaucoup les enseignants. La carrière d’enseignant est prestigieuse, exigeante et réservée aux plus talentueux et aux plus travailleurs. Un cinquième seulement des candidats aux programmes de formation des enseignants du primaire dans les universités finlandaises sont admis. L’admission dépend non seulement du bon parcours académique, mais également de l’intérêt et de la passion que démontrent les candidats. Ce qui est très différent de ce que l’on observe dans la plupart des pays à revenu intermédiaire (et dans certains pays à revenu élevé, y compris les États-Unis), où l’admission dans les facultés d’éducation est facile, voire garantie dans certains cas.

Les Finlandais investissent lourdement dans la formation initiale des futurs enseignants admis dans les facultés d’éducation. Comme il faut être titulaire d’une maîtrise en éducation pour exercer cette profession, il faut environ cinq années d’études universitaires pour devenir un enseignant qualifié (en savoir plus). Les enseignants du primaire supervisent la plupart des matières de leur classe. Par conséquent, ceux qui deviennent enseignants pour ce groupe d’âge ont pour discipline principale les sciences de l’éducation et choisissent deux ou trois options qui peuvent être des matières scolaires (mathématiques, histoire, musique, littérature, théâtre, anglais, finnois, etc.), mais il est aussi possible de choisir des matières telles que la philosophie ou la sociologie. Leur formation couvre des études théoriques des sciences de l’éducation et de la pédagogie, associées à des études pratiques de toutes les matières scolaires. En outre, ils participent, dès le premier semestre, à divers stages pratiques à la fois dans des écoles universitaires de formation d’enseignants et dans des écoles ordinaires.

Les enseignants du secondaire supervisent des matières précises pour chaque classe. Pour devenir des experts des matières qu’ils enseignent ainsi que des professionnels de la pédagogie, ils étudient leur matière pendant cinq à six ans et doivent suivre une formation pratique d’une année combinée à l’étude de la pédagogie et des sciences de l’éducation. Pour les enseignants du primaire et du secondaire, chaque stage pratique porte sur un thème précis et les futurs enseignants travaillent quotidiennement avec un enseignant mentor (qui supervise la le stage pratique et tient une classe ou enseigne une matière dans une école ordinaire) et un formateur d’enseignants d’université (qui est un enseignant tuteur). 

On ne peut devenir un enseignant qualifié en Finlande, et être reconnu capable de superviser une classe de façon autonome, qu'après plusieurs années d’études et de nombreuses heures de pratique en salle de classe. Dans de nombreux pays à revenu intermédiaire, un jeune diplômé peut être parachuté dans une salle de classe sans véritable expérience.

2. La confiance

Une fois que les enseignants finlandais sont embauchés et envoyés en salle de classe, ils se voient attribuer beaucoup de responsabilités. Avec un capital humain de qualité, la gestion de l’école peut se faire différemment. En Finlande il n’existe pas d’inspecteurs ni de superviseurs de classes. Les directeurs d’école font plutôt office de chefs pédagogiques et accordent leur confiance aux enseignants et les orientent, au lieu de les contrôler. Les enseignants sont encouragés à travailler en étroite collaboration avec leurs pairs, jouant constamment le rôle de mentor et de tuteur les uns pour les autres. Cette démarche constante a pour objectif d’apporter le soutien nécessaire pour s’assurer que les meilleures pratiques pédagogiques sont appliquées dans toutes les classes.

Bien que les enseignants finlandais soient tenus de suivre le programme scolaire de base national (qui centré sur l’élève et définit le cadre général et les objectifs d’apprentissage), ils exercent une certaine autonomie dans sa mise en œuvre. Les élèves finlandais étudient diverses matières à travers des cours structurés, mais en plus, les enseignants coordonnent leurs projets de manière à ce qu’une même matière soit abordée à travers des disciplines différentes. Ils n’ont pas beaucoup de devoirs à faire et passent moins de temps à l’école que leurs pairs d’autres pays de l’OCDE. Pour autant, leur temps est utilisé efficacement, avec des pauses régulières toutes les 45 ou 90 minutes durant lesquelles ils sortent généralement des salles de classe.

Avec des enseignants hautement compétents et un immense capital de confiance, chaque élève (y compris ceux ayant des besoins éducatifs divers) peut recevoir une éducation de qualité dans l’école la plus proche, dans tout le pays. Même si les parents ont la latitude de choisir l’école de leur enfant, la plupart choisissent celle qui se trouve à proximité de chez eux. Les enseignants sont respectés. Leur autonomie s’accompagne d’une grande responsabilité. Ils savent – et la société aussi – que l’avenir des enfants repose entre leurs mains.

Ce degré d’autonomie est-il possible ou souhaitable dans tous les contextes ? Non. Il n’est efficace et ne permet d’obtenir de très bons résultats que dans certaines conditions :  lorsque la sélection des enseignants est rigoureuse et fondée sur le mérite (pas lorsque la politique interfère dans la sélection ou les affectations d’enseignants), lorsqu’il faut travailler dur pour devenir enseignant (pas lorsque l’enseignement n’est pas un métier attrayant pour les étudiants à fort potentiel) et lorsque l’évolution de carrière dépend du développement et des accomplissements professionnels (pas seulement du nombre d’années de travail).  Dans de nombreux pays, les réformes concernant les enseignants nécessitent que ces conditions soient réunies.