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On naît enseignant(e) ou on le devient ?

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Vous souvenez-vous d’avoir eu, élève, un(e) enseignant(e) préféré(e) ? Sauriez-vous dire pourquoi cette personne vous a marqué(e) plutôt qu’une autre ?  Parmi toutes les ressources dont dispose l'élève pour avancer dans son apprentissage, l'enseignant est sans nul doute la plus déterminante. Or, on constate malheureusement que beaucoup d’élèves à travers le monde n’ont pas la chance d’accéder à une éducation de qualité.

Le rôle de l'enseignant a considérablement évolué. Au-delà de la simple  transmission d’un savoir aujourd’hui, son rôle est d’aider l’élève à développer ses propres capacités  à trouver, analyser et exploiter de l'information. L'enseignant doit permettre à ses élèves de devenir des citoyens éclairés, dotésd'esprit critique, capables de résoudre des problèmes et de travailler en équipe, autant de compétences indispensables pour mener une vie productive dans une économie mondialisée.

La qualité de l'enseignant est un sujet qui me tient à cœur. Jusqu'à il y a environ trois mois, j'étais responsable du système scolaire de la ville de Rio de Janeiro, le plus grand système scolaire municipal du Brésil, comprenant 660 000 élèves et 45 000 enseignants.  J'ai connu, au sein de ce système, énormément d'excellents enseignants et chefs d'établissement, tous aussi passionnés les uns que les autres par la possibilité qu'ils avaient d'améliorer la vie de leurs élèves.

Au Groupe de la Banque mondiale, où je dirige maintenant le groupement Éducation, nous savons que les pays obtenant de meilleurs résultats dans les enquêtes internationales sur les acquis scolaires sont aussi ceux dont l'économie est caractérisée par une croissance forte. En d’autres termes, le dynamisme économique d’un pays est étroitement lié à  la qualité de l’apprentissage dispensé dans ses écoles.  L'enseignant se situe au cœur de cette corrélation fondamentale, car la qualité de son enseignement constitue, parmi tous les facteurs liés à l'environnement scolaire, celui qui explique le mieux les résultats scolaires de ses élèves.

Aujourd'hui même, lors d'un séjour à Lima (Pérou), j'ai eu l’occasion d'assister à la publication officielle des résultats du plus récent projet de recherche mené par la Banque mondiale dans ce domaine. L'étude, intitulée « Great Teachers: How to Raise Student Learning in Latin America and the Caribbean », offre un résumé des analyses et expériences les plus récentes en matière de politiques relatives aux enseignants dans la région de l'Amérique latine et des Caraïbes et ailleurs.

Des  données récentes, provenant essentiellement des États-Unis, soulignent l'importance que revêt la qualité de l'enseignant. Au point que les élèves ayant un enseignant jugé « faible » n'apprennent au cours de l'année que la moitié (voire moins) du programme scolaire, tandis que ceux ayant un enseignant jugé « bon » acquièrent en moyenne le contenu complet du programme, et que ceux ayant un enseignant jugé « très bon » acquièrent le contenu d'une année et demie (voire plus) de scolarité.  Par ailleurs, ces données montrent aussi que l'accès à un très bon enseignement pendant plusieurs années consécutives peut compenser le déficit d'apprentissage d'élèves issus de milieux défavorisés.

Les données qui nous proviennent de plusieurs pays nous montrent également que le recrutement, la préparation et la motivation des enseignants sont essentiels à la création d'un corps enseignant hautement performant :

  • les systèmes d'enseignement les plus performants, comme celui de Singapour, de la Corée du Sud ou de la Finlande, utilisent une procédure de sélection extrêmement compétitive ; ainsi, seuls les meilleurs candidats sont retenus pour devenir ensuite enseignants ;
  • le Japon et la Corée du Sud ont de bons systèmes d'évaluation de l'avancement et du rendement des enseignants ; Singapour et la province canadienne de l'Ontario pilotent de manière active la sélection et la formation des chefs d'établissements, et prêtent une attention particulière à la façon dont ceux-ci évaluent et développent la qualité de leurs enseignants ; ces systèmes portent surtout sur la préparation professionnelle ;
  • parmi les nuances que révèlent toutes ces données, il y a celle relative aux mesures d'encouragement ; selon une des études, le fait de lier la rémunération à l'assiduité peut certes réduire l'absentéisme d'enseignants, mais cela doit se faire de la bonne manière ; la prime d'assiduité est moins efficace lorsque c'est le chef d'établissement qui l'attribue et le plus efficace lorsqu'elle est accompagnée de mesures telles qu'une amélioration du dispositif de suivi des présences ; autrement dit, il est important de trouver les méthodes les plus appropriées pour motiver les enseignants.
 
Je vous propose, ci-après, de découvrir un exemple d'application des résultats et recommandations de cette publication. Puisque je travaillais à la ville de Rio de Janeiro au moment où la Banque mondiale conduisait cette étude, j'ai pu constater la rigueur scientifique avec laquelle les recherches ont été conduites.  Par la suite, grâce aux résultats, mes collaborateurs et moi avons apporté quelques changements importants à la formation des enseignants.
  • Nous avons tout d'abord créé une plateforme mettant du contenu pédagogique numérique à la disposition des enseignants afin defaciliter les interactions et l’ apprentissage en classe ;
  • Nous avons ensuite intégré à la procédure de sélection des candidats à l'enseignement,  une nouvelle phase d’observation de la gestion de classe. Puis nous avons formé des enseignants  certainsfraîchement diplômés, d’autres plus expérimentés – aux techniques de gestion de classe ;
  • Nous avons enfin mis en place un dispositif d‘évaluation permettant de jauger la qualité de l'enseignement au niveau de l'établissement scolaire. Ce dispositif s’appuie sur un indice basé à la fois sur les résultats de l'évaluation nationale des acquis scolaires et le taux d'avancement des élèves (qui, lui, prend en compte les taux d'abandon et de redoublement).


Je cite l'expérience de la ville de Rio de Janeiro non seulement parce qu’elle m’est familièremais aussi parce qu'elle met en évidence la manière dont les résultats d'une étude scientifique peuvent contribuer à la mise en œuvre de solutions efficaces.  Il est possible d’instaurer rapidement des changements concrets s'il existe une volonté politique qui soit à la fois tenace et assise sur une base technique solide.
 
Finalement, le fait d’être un bon enseignant n’est pas un don inné ni une simple somme de travail. Les bons enseignants sont une combinaison de ces deux choses, soutenues par des structures, des formations et des motivations adaptées. Afin de poursuivre cette réflexion, je vous invite à lire l'étude et à me dire ce que vous en pensez !


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Report: Great Teachers: How to Raise Student Learning in Latin America and the Caribbean [pdf]