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Cette femme qui cherche des réponses aux problèmes de l’Afrique dans les sciences et les technologies

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Sylvia utilise un séquenceur MinION nanopore, une technologie de séquençage de nouvelle
génération, dans le laboratoire de virologie de l'Université d'Agriculture de Sokoine.

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L’avenir de l’Afrique dépendra de deux dynamiques. Premièrement, de la capacité des pays de cette région à se préparer à la croissance démographique la plus rapide du monde et, deuxièmement, de leur capacité à créer des débouchés pour les jeunes. Selon les estimations, l’Afrique abritera près de 1,7 milliard de personnes d’ici 2030, et plus de la moitié de cette population aura moins de 15 ans. Même si le défi est gigantesque, il représente une opportunité immense pour la région.

Aujourd’hui, la révolution des technologies de l’information et de la communication touche la plupart des économies de la planète. L’intelligence artificielle et l’apprentissage automatique, notamment, améliorent considérablement l’efficacité et la productivité, ainsi que les services dans tous les secteurs. L’Afrique subsaharienne (ASS) parvient-elle à suivre le rythme de la révolution numérique et à mettre ces outils au service de son développement ? Oui, mais ses efforts sont malheureusement insuffisants.
 
Dans cette région, l’enseignement supérieur doit gagner en qualité et en pertinence afin d’encourager la créativité, l’innovation, la pensée critique et la résolution de problèmes, en particulier dans les domaines des sciences appliquées, de l’ingénierie et des technologies. L’enjeu est colossal et appelle un effort collectif piloté par les dirigeants africains.
 
Le Fonds régional pour les bourses d’études et l’innovation (RSIF), qui est mis en œuvre dans le cadre du Partenariat pour le développement des compétences dans les Sciences Appliquées, l’Ingénierie et les Technologies (PASET), est un exemple de ce type d’initiatives. Lancé par des pays africains, il attribuera des bourses de doctorat compétitives aux plus brillants jeunes chercheurs africains pour les aider à mener des projets de recherche appliquée dans diverses disciplines. Le RSIF sera mis en place dans un certain nombre d’universités africaines, et offrira aussi aux jeunes doctorants la possibilité de poursuivre leur recherche dans un établissement à l’étranger. Ainsi, ces chercheurs acquerront de nouvelles connaissances qui leur permettront d’exploiter l’innovation et la technologie pour mettre au point des produits et des processus innovants, susceptibles de résoudre les défis majeurs de développement, tout en acquérant des compétences de leadership.

Cet été, ce programme accueillera une première cohorte d’universitaires : 16 chercheurs venus de huit pays d’Afrique subsaharienne, dont quatre femmes.
 
L’une d’elles, Sylvia Wairimu, originaire du Kenya, espère tirer parti de cette expérience pour mettre la biotechnologie peut aider à améliorer la sécurité alimentaire et nutritionnelle en Afrique. Elle est inscrite à l’Université d’agriculture Sokoine, en Tanzanie, où ses travaux porteront sur la sécurité alimentaire. Je l’ai rencontrée afin d’en savoir davantage sur ses objectifs.

Ekua : Sylvia, quels sont vos principaux domaines d’étude et comment espérez-vous, une fois diplômée, en faire profiter l’Afrique subsaharienne grâce à la science, à la technologie et à l’innovation ?

Sylvia : J’étudie la biotechnologie, appliquée à la santé des animaux. Je pense que des approches innovantes permettront de résoudre des problèmes anciens, et j’envisage d’axer mes recherches sur les moyens d’améliorer la sécurité alimentaire et nutritionnelle sur le continent africain. J’espère collaborer avec d’autres scientifiques, et aider les agriculteurs, les autorités agricoles et les pouvoirs publics en leur communiquant les résultats de mes recherches pour qu’ils les utilisent.

Ekua : En quoi votre projet de recherche peut-il améliorer la sécurité alimentaire en Afrique ? Comment espérez-vous mettre à profit les connaissances que vous aurez acquises grâce à votre formation doctorale ? 

Sylvia : J’espère renforcer mes compétences et approfondir mes connaissances en "interférence de l'acide ribonucléique" (ARNi) et Répétitions palindromiques courtes régulièrement groupées et intercalées (CRISPR-Cas) comme mécanismes naturel de défense contre les virus animaux. J’utiliserai RNAi et CRISPR-Cas pour réguler les expressions de certains gènes viraux spécifiques aux ruminants.

Je crois que l'utilisation de l'édition et de l'extinction des gènes deviendra une solution à long terme dans la gestion et l'élimination des maladies infectieuses courantes, qui ont des effets très dévastateurs sur la sécurité alimentaire dans les pays d'Afrique subsaharienne. L'édition de gènes en Afrique va fournir une solution alternative à l'augmentation de la production alimentaire en déjouant ces pathogènes.

Ekua : Quelle est la particularité du programme RSIF qui vous a incitée à postuler ? En quoi ce programme est lié à vos objectifs à long terme pour relier la science, la technologie et l’innovation à votre domaine de recherche pour relever les défis urgents de développement en Afrique subsaharienne ?

Sylvia : Ce programme est unique en son genre car il est axé sur la promotion de la recherche en Afrique. Les universités participantes sont des établissements très réputés qui proposent des formations de haut niveau dans un environnement de recherche de qualité. Et les attentes en termes d’encadrement sont approfondies. Je considère cette initiative comme un catalyseur. D’une part, elle sert à former une main-d’œuvre très qualifiée et, d’autre part, elle crée un environnement attractif permettant aux scientifiques africains, dont je fais partie, de s’épanouir et de poursuivre leurs travaux. Puisque, à terme, nous voulons contribuer à développer l’éventail des compétences et des connaissances scientifiques et technologiques qui sont nécessaires pour transformer le continent et rendre nos pays compétitifs sur la scène internationale.
 
Comme Sylvia, les diplômés du programme PASET RSIF devront retourner dans leurs universités d’origine pour devenir maîtres d’enseignement et de recherche, ils préfèreront peut-être poursuivre une carrière de chercheur dans des laboratoires publics ou travailler dans diverses industries, ou décideront de créer leur propre entreprise. Alors que les gouvernements africains soulignent de plus en plus le besoin de renforcer la main-d’œuvre locale dans les domaines des sciences et de la technologie, afin de tirer parti de leur dynamisme démographique, les initiatives panafricaines telles que le RSIF ont un rôle déterminant à jouer. Aider les gouvernements à améliorer la qualité, le nombre et la répartition des enseignants formés par l’ASET peut marquer un tournant dans les résultats de la recherche appliquée, et des programmes ASET de premier et de troisième cycles. Cela fournira aux jeunes diplômés africains des connaissances et une expertise reconnus mondialement. Et ce n’est qu’un début !

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