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Les questions que doivent se poser les décideurs cherchant à créer ou à restructurer une agence nationale de technologie éducative

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avant d’estampiller « approuvé », voici quelques autres considérations à prendre en compte
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voici quelques autres considérations à prendre en compte

Cette semaine, la Corée du Sud accueille décideurs et autres professionnels venus de par le monde au XIe édition annuelle du Colloque international des TIC éducatives, qui a pour objectif de stimuler un débat sur les enjeux communs concernant la bonne (et mauvaise) application de nouvelles technologies éducatives. Comme lors des éditions précédentes, c’est le Bureau coréen d’information et de recherche en éducation (KERIS) qui organise cet événement.

Les participants représentent en grande partie des organismes chargés de la mise en œuvre des innovations en matière de technologie éducative dans leur propre pays, ou sont fonctionnaires responsables de l’élaboration des politiques publiques qui encadrent lesdits organismes.

Building and Sustaining National Educational Technology Agencies: Lessons, Models and Case Studies from Around the World, rapport récemment publié par la Banque mondiale, fait la présentation et l’analyse d’un ensemble de modèles et expériences de divers pays relatifs à des initiatives nationales en matière d’application de technologies éducatives dans des établissements scolaires. Ces initiatives seront pertinentes pour bon nombre de participants au Colloque de cette année.

Sur la base des entretiens que nous avons eus avec des décideurs de plusieurs pays au cours de la préparation de ce rapport, Gavin Dykes, mon co-auteur, et moi avons élaboré une liste de dix questions thématiques, très simples, en vue de faciliter la concertation pendant les premières étapes de planification d’une agence nationale de technologie éducative. Ces questions visent à faire ressortir d’emblée les enjeux critiques (pouvant parfois porter à confusion) que nous avons retrouvés dans l’expérience d’une vingtaine d’agences établies un peu partout. Nous espérons que ces questions, en provoquant un débat, susciteront une interrogation profonde quant aux liens entre les expériences vécues ailleurs et les priorités spécifiques au système éducatif de votre propre pays.

Si brillantes ou visionnaires que soient les politiques et plans nationaux (présentés dans un rapport ou par un exposé PowerPoint), c’est la traduction de ces politiques et plans en activités concrètes « sur le terrain » qui comptent. Et tout ce travail en amont importe peu si vous n’avez pas en aval les capacités institutionnelles suffisantes pour le mettre réellement en œuvre. 

Dans l’espoir qu’elles pourront être utiles aux autorités nationales qui cherchent à constituer et à maintenir ces capacités dans leur pays en vue de créer ou de restructurer une agence nationale technologie éducative, voilà les dix questions:

 

1. Objectifs: Pourquoi voulez-vous établir une telle agence? Quel en sera le mandat? Pourquoi ne pas confier ce mandat à un organisme, structure ou dispositif existant?

2.    Besoins: La création d’une agence correspond-elle à un besoin à court terme … ou à une vision à long terme?

3.    Réforme: La création d’une agence servira-t-elle à asseoir ou à étendre des pratiques éducatives actuelles, ou plutôt à les modifier et à les réformer ? Cette volonté correspond-elle aux visions, stratégies et politiques déjà en place?

4.    Partenaires: Qui sont les acteurs dont le soutien serait critique à la réussite de l’agence ? Cherchez-vous à imposer une autorité centralisée ou à fédérer les différents acteurs pour qu’ils agissent à leur propre compte en faveur du mandat?

5. Modèles: Voulez-vous que l’agence soit créée à l’intérieur ou à l’extérieur de l’appareil gouvernemental? Voulez-vous adopter un modèle organisationnel basé sur un organisme déjà existant?

6. Précédents: Y a-t-il déjà eu une expérience similaire dans votre pays? Si oui, quels sont les enseignements que vous avez pu en tirer?

7. Evaluation: Quels sont les résultats escomptés dans cinq ans ou dans dix ans ? Comment jugerez-vous si l’expérience aura été un succès?

8. Finances: Par quels moyens comptez-vous financer l’agence?

9. Cadre juridique: Quel cadre juridique et quelles mesures légales faudra-t-il?

10. Potentialités: Quelles potentialités risquent de se présenter dans le domaine des technologies éducatives au cours des années à venir? Comment comptez-vous les anticiper? Dans quelle mesure l’agence sera-t-elle prête à les mettre à profit?


Il n’est pas de « bonne réponse » à ce type de question. Les réponses vont être différentes selon le pays, son contexte et son histoire. Il se peut que ce qui a bien fonctionné hier, et ce qui fonctionne toujours aujourd’hui, ne fonctionne plus demain. Par contre, les « mauvaises réponses » d’hier l’étaient peut-être tout simplement parce qu’elles étaient en avance sur leur époque, et en conséquence, on pourrait bien les revoir au vu du contexte nouveau.  (Il faut quand même reconnaître qu’il y a des approches qui ne seront probablement jamais utiles, peu importe le lieu ou le temps. En effet, il est triste d’avoir à constater que, dans ce domaine, on est trop nombreux à être trop souvent enclin à appuyer et à financer ce qui ne marche pas !)

Il est évident que ces questions ne sont pas les seules qu’on doive se poser. Elles ne sont même pas forcément les plus pertinentes pour les décideurs d’un pays donné. Ceci dit, nous espérons qu’en engageant les conversations provoquées par ces questions, vous allez bénéficier des informations, expériences et perspectives partagées avec vos collègues dans d’autres pays.

Maintenant que le Colloque international des TIC éducation passe le cap de ses dix ans, les conversations ont évolué. On parlait auparavant du potentiel de l’application de ces technologies nouvelles à l’enseignement et à l’apprentissage ; on partage aujourd’hui ses expériences pratiques sur sa mise en œuvre à grande échelle et sur son maintien dans la durée. Dans ce domaine, les expérimentations situées autrefois « en périphérie » se sont déplacées de plus en plus vers le centre des systèmes éducatifs.  Au vu des financements sans cesse plus importants accordés aux technologies et de leur positionnement au cœur des stratégies de réforme dans plusieurs pays, les ministères de l’éducation nationale ne peuvent plus se permettre de se tromper.  

Comme partout, bien sûr, « le diable est dans les détails ». Il sera donc essentiel dans les années à venir que tous les responsables aient accès aux informations appropriées et aux réseaux d’expertise internationaux dans lesquels il puissent puiser de bons conseils et d’encouragements.

Veuillez lire aussi les autres bulletins de la série de blogs EduTech:

 
Note: La photographie de l’estampille qui se trouve en haut de ce bulletin (avant d’estampiller « approuvé », voici quelques autres considérations à prendre en compte) est du domaine public (CC0 1.0), et ce, grâce à PixaBay.

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