Comment le soutien de bénévoles peut aider à repartir du bon pied

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Erma Bombeck, la célèbre journaliste américaine, a déclaré un jour que « les bénévoles sont les seuls à incarner dans la nation les valeurs de compassion, de désintéressement, de patience et de pur amour pour autrui. » Je peux en témoigner, je l’ai vécu. C’était à Beyrouth, dans le quartier résidentiel très animé d’Ashrafieh, après l’attentat à la voiture piégée du 19 octobre 2012. L’explosion a tué trois personnes, dont le chef des services secrets Wissam al-Hassan, et blessé 136 autres. J’ai eu de la chance de m’en sortir indemne. J’habite à moins de 200 mètres du lieu de l’attentat mais ma maison n’a pas été touchée. Cinquante-sept familles — 135 personnes exactement — habitent cette rue et je peux à peine imaginer ce qu’elles ont dû ressentir, elles dont la vie a basculé en quelques secondes. Mais, au-delà des circonstances dramatiques, cet attentat aura au moins fourni à la jeunesse l’occasion de venir en aide à ces familles innocentes et de prouver à quel point l’esprit du bénévolat est vivace au Liban.

Il y a d’abord eu l’initiative formidable d’une ONG locale, OffreJoie, qui a dirigé les efforts entrepris pour réinstaller les habitants chez eux. Le jour où je me suis portée volontaire était aussi le premier où nous avons eu le droit de pénétrer dans la zone, pour débarrasser les gravats et les éclats de verre. L’odeur, mélange de voitures brûlées, de sang séché, d’ordures et d’exhalaisons montant des décombres, était insupportable. La situation était bien pire que les images à la télé ne le laissaient penser. Les habitants ont pratiquement tout perdu : ils ont vu, impuissants, les flammes dévorer leur foyer et tout leur passé. Sans parler des êtres chers — mères, pères, filles, fils et amis — gravement blessés, baignant inconscients dans leur sang au milieu des ambulanciers venus évacuer les victimes. Les gens du quartier, sous le choc, n’arrivaient pas à réaliser qu’un incident aussi grave ait pu se produire ici, en pleine journée.

Oubliée l’appartenance politique, religieuse ou ethnique, ils sont venus, jeunes et moins jeunes, des quatre coins du pays, du nord, du sud et de la Bekaa, porter secours aux sinistrés. Agissant dans le désintéressement le plus total, ces 1 650 volontaires étaient là par pur altruisme. Ensemble, nous avons dégagé les gravats et les vitres soufflées, vidé les réfrigérateurs de leurs aliments périmés, poncé et repeint les murs, posé de nouvelles fenêtres et nettoyé la rue et les immeubles.

Ces photos ont été prises quelques jours après l'explosion (à gauche) et à la fin de la réhabilitation (à droite).

Quatre jeunes gens ont constitué un groupe, baptisé Ashrafieh4All, pour rassembler de la nourriture, des objets de toilette, des fournitures scolaires, des vêtements, des oreillers, des draps et des médicaments à distribuer aux familles touchées par la catastrophe. Les gens se sont montrés si généreux qu’en trois semaines le groupe a réussi à récolter suffisamment de vivres pour permettre à chaque famille de tenir jusqu’à deux mois.

J’ai pu constater à quel point les jeunes Libanais étaient heureux de pouvoir se rendre utiles, loin des facteurs, politiques ou religieux qui divisent aujourd’hui leur société. Les bénévoles à l’origine de ces initiatives ou ceux qui y ont participé ont donné une nouvelle image de la jeunesse, une jeunesse parfaitement sensible à la notion d’engagement civique et de citoyenneté. J’espère que ces valeurs et la satisfaction éprouvée à aider ceux qui en ont besoin, au-delà des clivages politiques ou religieux, animeront aussi le Programme national de service volontaire, un projet financé par la Banque mondiale et le ministère des Affaires sociales. L’un des principes à la base de ce programme consiste d’ailleurs à se porter volontaire en dehors de son propre cercle communautaire, ce qui devrait contribuer à renforcer la cohésion sociale parmi les différentes communautés du pays et entre ses régions.

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