Une vie meilleure pour les jeunes réfugiés en Iraq : collaborons en faveur de l’éducation de la nouvelle génération

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L'Iraq, et la région du Kurdistan en particulier, accueillent un grand nombre de réfugiés. Au total, 252 983 réfugiés syriens, 44 486 réfugiés venus d'autres pays et 47 515 réfugiés apatrides vivent actuellement dans ces territoires. Ces populations reçoivent l’appui du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés et d'autres organisations, dont la volonté est de pourvoir à leurs besoins essentiels, dans un contexte de pénurie où alimentation, logement, prise en charge médicale et éducation sont autant de ressources qui leur manquent.

Beaucoup de ces réfugiés sont des enfants en âge d’être scolarisés qui sont privés de services essentiels : instruction, soins psychologiques, protection de l'enfance... Nombre d’entre eux ont tragiquement souffert de la disparition d'un ou de leurs deux parents, de leur maison et de leur école. Leur survie, aujourd'hui et demain, dépend d’une aide qu'il faut considérablement renforcer. Il est extrêmement préoccupant de voir qu’ils demeurent privés de toute éducation de base. L’histoire nous montre que l’éducation est l’un des principaux facteurs de résilience face à l’adversité et qu’elle ouvre des perspectives prometteuses. Privés d’éducation, ces enfants resteront illettrés et sans emploi, une situation qui aura de graves répercussions pour eux, leur famille et, de manière plus globale, pour la société et l'économie.


Aide offerte par l'université d'Ishik à des enfants vivant dans des camps.
Photo : Aide offerte par l'université d'Ishik à des enfants vivant dans des camps.

Il existe toutefois un programme qui, depuis six ans, apporte un soutien aux enfants des camps de réfugiés du Kurdistan. Il a été lancé à l'initiative de l'université privée d’Ishik, située à Erbil. Élaboré par la faculté d’Éducation, le programme est le fruit d’une collaboration avec des tuteurs et des étudiants de premier cycle intéressés par un travail humanitaire bénévole. Son fondateur, Suleyman Celik, doyen de la faculté d'Éducation de l'université d'Ishik, nous en a détaillé le fonctionnement lors d'un entretien :

« Tout est parti de notre enthousiasme pour l’aide humanitaire. Ces six dernières années, nous avons réussi à envoyer nos meilleurs étudiants de premier cycle au camp de réfugiés pour qu’ils y donnent des cours et enseignent diverses matières à un rythme hebdomadaire. Les élèves sont pris en charge de la première année de primaire à la troisième année du cycle secondaire et reçoivent un certificat du ministère de l'Education et du Directoire général d'Erbil, au terme de chaque année. Nous avons par ailleurs organisé des collectes de fonds pour répondre aux besoins fondamentaux des enfants, mais cette aide est loin d'être suffisante. Ces enfants manquent cruellement d’aide pour satisfaire leurs besoins de nourriture, d'éducation et de suivi psychologique. Nous sommes très heureux de collaborer avec des ONG, des universités iraquiennes et étrangères, ainsi que des spécialistes de la santé mentale. Ces enfants doivent être aidés et accompagnés par des spécialistes qui les aideront à surmonter un quotidien éprouvant. »

Les étudiants de l'université d'Ishik ont souligné que l’une des principales difficultés rencontrées dans le cadre de leur enseignement était l’absence de concentration des enfants, tant la faim les tiraillait. Et ces étudiants leur apportaient de quoi manger pour les aider à se concentrer.

L’insuffisance des ressources est chronique, alors même que les besoins humanitaires sont criants, au-delà de l’alimentation et du logement. Cette situation exige que les universités, les autorités, les ONG et d'autres institutions se coordonnent afin de concevoir un programme global et des solutions plus innovantes, susceptibles d’ouvrir des perspectives à ces enfants et à leurs familles. Pourquoi ne pas imaginer, par exemple, un enseignement mobile à distance si des tuteurs ou éducateurs expérimentés n'étaient pas en mesure de se rendre dans un camp pour y enseigner ?

Étant donné le lien entre humanitaire et développement, une collaboration plus étroite est nécessaire pour assurer l'éducation de ces jeunes réfugiés à court terme. Il est donc essentiel de comprendre leurs besoins : aménagement du programme scolaire (ce que la technologie pourrait offrir) ; accompagnement personnalisé qui déboucherait sur des qualifications adaptées ; et mise en place de relations suivies avec les enfants. Pour donner à ces réfugiés une formation universitaire et des compétences en adéquation avec le marché du travail, une planification et une collaboration à long terme s’imposent. Face aux avancées et aux innovations effectués partout dans le monde en matière de pédagogie, des solutions nouvelles et novatrices devraient être trouvées afin de dispenser à ces enfants une formation continue et inclusive. La situation complexe de ces réfugiés exige des approches qui marient développement et aide humanitaire, ainsi qu’une mise en œuvre, une supervision et un suivi des progrès collaboratifs.

En offrant à ces réfugiés un enseignement primaire, secondaire et universitaire de haute qualité dans un environnement propice à l'apprentissage, nous éviterons l'anéantissement de toute une génération. À l’avenir, nous devrons œuvrer ensemble à la création d’un environnement d'apprentissage bénéfique aux enfants réfugiés, qui témoignera de notre volonté de bâtir un avenir meilleur, dans l’optique de réduire la pauvreté et la vulnérabilité des réfugiés.

Note de l’éditeur : En réponse aux déplacements forcés de larges populations qui se prolongent en Iraq, en Jordanie et au Liban, la Banque mondiale a accentué son soutien aux pays d’accueil en multipliant les initiatives en faveur des populations concernées. Elle élabore actuellement un « cadre d'intervention face aux déplacements dans le Machreq » (MDRF) qui traitera des vulnérabilités spécifiques à ces situations, en s’attachant à limiter leurs répercussions sur les pays d’accueil et à favoriser le développement humain, les opportunités économiques et les partenariats afin de fournir une réponse coordonnée en matière de développement.

Pour en savoir plus sur les initiatives de la Banque mondiale et le lancement officiel du MDRF, suivez-nous ici https://www.worldbank.org/en/country/iraq.

Auteurs

Nisreen Ameen

Maître de conférences en marketing au Royal Holloway College de l'université de Londres

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