Faiblesse des cours du pétrole : une raison pour les pays du Golfe de s’intéresser aux énergies propres et à la productivité

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 Shutterstock l  Marynchenko OleksandrLa chute des cours du pétrole pourrait donner aux pays du Golfe une raison d’axer leurs stratégies sur l’économie « verte » et de maximiser leur productivité énergétique de façon globale. Compte tenu de leurs énormes réserves d’hydrocarbures, les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) sont concernés au premier chef par la transition vers une énergie durable qui s’opère à travers le monde. Utilisées comme facteur d’augmentation de la productivité, les énergies propres pourraient stimuler la croissance dans ces pays et leur offrir les moyens de s’engager véritablement dans des programmes de recherche et développement (R&D) à grande échelle. Cela est important aussi bien pour le marché de l’emploi que pour la diversification de l’activité industrielle, car ces pays auraient alors la possibilité de se doter du type d’industries « locales » que leurs responsables ne cessent de promettre à leur population jeune et de plus en plus éduquée.
 
S’il est un temps pour les pays du CCG — Arabie saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis (EAU), Koweït, Oman et Qatar — de mettre la productivité énergétique au centre de leurs priorités et politiques, c’est bien aujourd’hui. La productivité énergétique mesure la production économique qui peut être générée à partir d’une unité d’énergie consommée. Une stratégie axée sur la productivité énergétique permettrait aux pays du CCG de créer plus de richesses par unité d’énergie consommée, et de voir au-delà du rendement énergétique pour tendre vers l’optimisation de l’utilisation de l’énergie. Une productivité énergétique accrue offrirait à ces pays des moyens de maximiser la croissance et de stimuler la compétitivité de leurs économies.

Alors que l’on a assisté entre 1980 et 2014 à la recherche d’une plus grande productivité énergétique aussi bien dans les pays en développement que dans les pays développés, les membres du CCG sont restés relativement à la traîne de cette dynamique. Tous les autres pays se sont employés à porter au maximum la valeur économique générée par unité d’énergie consommée, l’Allemagne, le Japon, le Brésil et le Mexique affichant les niveaux de productivité les plus élevés. À la fin 2014, ces pays, de même que les États-Unis, la Chine et la Norvège, avaient davantage augmenté leur productivité énergétique, en valeur absolue, que les membres du CCG.
 
Évolution de la productivité énergétique dans les pays du CCG et dans une sélection d’autres pays (1980-2020)

Associée aux nouvelles technologies énergétiques mises au point à travers le monde, la faiblesse persistante des prix du pétrole offre aux pays du CCG une occasion idoine de réorienter leurs politiques et d’élargir leur gamme de produits énergétiques en faisant principalement appel aux énergies propres pour renforcer la compétitivité de leurs industries et, à terme, accroître leur productivité énergétique.

Ces dix dernières années, les pays du CCG ont accompli des progrès impressionnants en lien avec les énergies propres : adoption de technologies de substitution, exécution de divers programmes de R&D, solutions d’efficacité énergétique induite par la demande, bâtiments plus respectueux de l’environnement, émergence de systèmes de transport public avancés et foisonnement de stratégies de croissance verte. Tous ces progrès sont aujourd’hui monnaie courante dans les pays du CCG.
 
Il s’agit désormais pour eux de recentrer leurs politiques sur une autre priorité. Au sein du CCG, les investissements visent principalement à faire face à la croissance rapide de la demande intérieure dans des secteurs comme l’électricité, l’eau, les transports et le bâtiment. Cependant, cette démarche ne prend pas en compte d’autres secteurs. Par exemple, la demande croissante de combustibles fossiles dans les marchés locaux menace la compétitivité des économies du CCG.
 
À présent que les responsables politiques ont fixé des objectifs en matière d’énergies renouvelables, les pouvoirs publics — surtout d’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, du Koweït et du Qatar — commencent à manifester leur volonté de soutenir la R&D en faisant une plus grande place aux technologies utilisant ce type d’énergie. Quelques projets solaires ont été exécutés ou sont en préparation. Cependant, il reste encore à constituer une véritable réserve de projets dans le domaine des énergies renouvelables, et à parvenir à la maîtrise de l’énergie pour des investissements d’envergure. Dans le même ordre d’idées, la mise à l’échelle des projets de maîtrise de l’énergie laisse encore à désirer.
 
Un des problèmes les plus épineux que rencontrent les pays du CCG consiste à garantir l’approvisionnement en énergie à des prix abordables et raisonnables de façon à développer leurs économies et contribuer au bien-être de leurs populations.
 
L’objectif d’amélioration de la productivité énergétique constitue pour ces pays un argument impérieux, voire impératif, pour satisfaire leurs besoins en énergie, créer des emplois dans le secteur privé et renforcer la compétitivité de leurs industries manufacturières. Il s’agit là d’une initiative de premier plan qui nécessite d’élaborer une vision commune et de formuler des politiques courageuses, modulables et prospectives qui s’appuient sur les synergies existant dans les différents secteurs de l’économie pour améliorer la productivité énergétique.
 
Une initiative de promotion de la productivité énergétique peut offrir aux pays du CCG les moyens de réaliser une croissance durable et de montrer leur ferme engagement à rendre cette croissance écologiquement rationnelle. Des projets ambitieux ont déjà été entrepris au sein du CCG  : ce qu’il faut maintenant, c’est d’adopter des politiques permettant de mettre en place un cadre de productivité énergétique viable de façon à créer plus de valeur pour l’économie et de réduire la demande énergétique pour chaque dollar de production.
 
Les pays du CCG possèdent les ingrédients qu’il faut pour participer plus activement au marché mondial des énergies propres et à la mise au point de nouvelles technologies respectueuses de l’environnement. L’enjeu pour eux est de devenir des acteurs de l’innovation dans le domaine des technologies énergétiques, de diversifier leur paysage énergétique et de renforcer la compétitivité globale du secteur de l’énergie.

Auteurs

Prenez part au débat

mohamed mahmoud ould sidiba
09 decembre 2015

Les pays du Golfe étant dans l'ensemble plutôt désertiques, ils possèdent un immense potentiel en énergies renouvelables, notamment solaire et éolienne.Certains,comme les Emirats Arabes Unis, ont fait de grands efforts dans ce sens.Mais, par ailleurs,leurs immenses réserves en énergies fossiles(pétrole et gaz notamment),semblent les maintenir dans la croyance béate qu'il s'agit d'énergies renouvelables inépuisables.C'est pourquoi, ils sont à contre-courant avec la tendance mondiale à chercher à trouver des substituts en énergies renouvelables, vu la menace qui s'est concrétisée sur la dégradation du climat, à l'échelle mondiale et ses nombreuses conséquences néfastes sur l'humanité et l'environnement qui lui sert de cadre de vie.La baisse délibérée des cours du pétrole par le fait d'une offre abondante, a pour conséquence, le maintien et parfois l'augmentation, de la demande sur ces énergies destructrices de l'écosystème global.Il aurait été plus rationnel probablement, qu'ils aient été plus prévoyants- ou le deviennent- à l'instar de la Norvège, en tenant compte des générations futures et en s'inscrivant dans la dynamique mondiale, au lieu de constituer un facteur aggravant de la situation déjà alarmante du changement climatique.

Waleed
16 decembre 2015

Merci Mohamed. Vous avez soulevé des points importants. Je pense que nous avons assisté dans les pays du CCG à plusieurs changements de mentalité et d’attitude concernant la façon d’aborder un avenir axé sur une énergie propre. La publication des contributions nationales (INDC), évidemment de haut niveau, en est une bonne preuve et montre les engagements nécessaires.

mohamed mahmoud ouls sidiba
10 decembre 2015

L'idée est défendable dans un sens:comme ils occupent une part prédominante et parfois exclusive dans les recettes d'exportation de ces pays et donc de leurs revenus; et que cette part à tendance à rétrécir, avec en plus à l'horizon un tarissement à plus ou moins long terme,cela pourrait les amener à se tourner rapidement vers d'autres substituts énergétiques(notamment les renouvelables) et utiliser cette rente encore abondante à assurer l'avenir par une diversification de leurs économies.Mais l'effet immédiat est qu'étant les principaux fournisseurs mondiaux des énergies fossiles, cette baisse retarde la transition énergétique dans le monde.Une hausse aurait davantage stimulé la recherche de substituts et encouragé l'innovation allant dans le sens de l'intérêt global de l'humanité(voitures et autres moyens électriques),investissements dans des industries moins "carbonées". Les scènes ces derniers jours d'un Pékin suffoquant sous la pollution sont un signal suffisamment éloquent et alarmant.