Mesurer les avancées après le Printemps arabe

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À quels indicateurs recourir pour évaluer si nos pays sont sur la voie d’une croissance "inclusive" et "durable" à l’heure où ils tournent le dos aux régimes du passé et à leurs politiques caractérisées par le népotisme et souvent marquées par les gaspillages ? C’est une question récurrente, à la fois au sein de la Banque et à l’extérieur. Eh bien, ces indicateurs sont justement en cours d’élaboration et vont permettre de mesurer un certain nombre d’aspects liés à la transition dans la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord). Pour paraphraser Jeffrey Sachs, le développement durable consiste à parvenir à une croissance économique largement partagée et protégeant les ressources vitales de la planète. Or, notre économie mondiale actuelle n’est pas durable : plus d’un milliard de personnes sont exclues du progrès économique et l’environnement planétaire souffre de très graves dommages causés par l’activité humaine. En ce qui concerne la croissance inclusive, le billet "Construire pour la croissance, pas pour une élite",publié sur le blog de Caroline Freund, en donne un bon aperçu dans le contexte du Printemps arabe, et celui d’Elena Ianchovichina, "La croissance inclusive vue par les citoyens du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord",montre l’intérêt pour ce thème dans toute la région.

Venons-en maintenant à la question de la mesure et des indicateurs inclus dans le nouveau rapport Pour l’avenir des hommes et de la planète : choisir la résilience, présenté le 31 janvier 2012 par le Groupe de haut niveau du Secrétaire général des Nations Unies sur la viabilité mondiale. Ce rapport définit un cadre pour le développement durable en vue de la conférence des Nations Unies (Rio+20) qui se tiendra du 20 au 22 juin prochain au Brésil.

Le Secrétaire général, Ban Ki-moon, affirme que "le développement durable constitue une grande priorité, pour des raisons évidentes. Tant la science que l’économie nous indiquent que notre trajectoire actuelle n’est pas tenable. Les écosystèmes souffrent. Les économies vacillent. L’avidité humaine pour les ressources naturelles est toujours plus grande. Nous devons définir pour l’avenir une orientation nouvelle, plus durable, une orientation qui renforcera l’égalité et la croissance économique tout en protégeant notre planète. Le développement durable nous offre la meilleure chance de changer de cap."

En résumé, le Rapport sur la viabilité mondiale appelle les dirigeants du monde à adopter des objectifs de développement durable (ODD) et à instaurer un cadre propice à des politiques mondiales après 2015, la date butoir pour la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). Cependant, contrairement aux OMD qui ciblent principalement l’extrême pauvreté, les ODD seront axés sur les trois piliers du développement durable : éradication de l’extrême pauvreté, partage des bienfaits du développement économique entre tous les pans de la société, notamment au profit des enfants, des femmes et des minorités, et protection de l’environnement.

Bref, les ODD visent à regrouper de façon méthodique des problématiques qui se trouvent au cœur des révolutions arabes (croissance économique, équité et inclusion) et des politiques qui mettront un terme à l’utilisation non pérenne des ressources naturelles (notamment en ce qui concerne l’eau pour la région MENA, les subventions à l’énergie, ainsi que d’autres politiques qui aboutissent à une mauvaise allocation des ressources).

Les ODD sont encore en chantier, mais le Rapport sur la viabilité mondiale avance que, pour les soutenir, il faut :

  • Un cadre universel, prenant en compte les problèmes de tous les pays et non pas uniquement ceux des pays en développement ;
  • Un cadre reflétant une stratégie mondiale, acceptée par tous, pour le développement durable ;
  • Un cadre englobant divers domaines essentiels qui ne sont pas pleinement inclus dans les OMD, tels que la sécurité alimentaire, l’eau, l’énergie, les emplois verts, le travail décent et l’inclusion sociale, la consommation et la production durables, les villes durables, le changement climatique, la biodiversité et les océans, ainsi que la lutte contre les risques de catastrophes et la résilience face à ces risques ;
  • Un cadre global, reflétant à parts égales les dimensions économiques, sociales et environnementales du développement durable et leurs interactions ;
  • Un cadre intégrant des jalons à court terme tout en s’inscrivant dans un horizon de long terme, avec comme échéance 2030 par exemple ;
  • Un cadre associant à la mise en œuvre et à la mobilisation des moyens tous les acteurs, dont les populations locales, la société civile et le secteur privé, aux côtés de l’État ;
  • Un cadre incorporant des indicateurs qui mesureront les avancées par rapport à des cibles absolues, afin de permettre une action publique qui obtiendra des résultats sur le plan du développement et de refléter la diversité des priorités du développement et des conditions dans les pays et les régions ; et
  • Un cadre permettant d’examiner ces objectifs à la lumière des évolutions des données scientifiques.
     

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Auteurs

Omer Karasapan

Coordonnateur régional Connaissances et apprentissage

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