Conséquences des tensions boursières sur les pays du Conseil de coopération du Golfe

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 Fedor Selivanov l Shutterstock.comLes corrections boursières continues en Chine et sur les autres marchés émergents traduisent des perspectives de croissance ralentie. À l’exception des économies d’Europe de l’Est, qui bénéficient du lent rétablissement de l’Union européenne, et de l’Inde, les marchés émergents à revenu intermédiaire revoient à la baisse leurs prévisions de croissance. Dans ce contexte, les places boursières ne font que rattraper les fondamentaux, notamment en Chine où le cours des actions avait fortement progressé aux trimestres précédents.

Par conséquent, les marchés émergents vivent un retournement des flux de capitaux (graphique 1), même si le phénomène est moins intense qu’en 2013, avec les remous provoqués par la fin envisagée de la politique ultra-accommodante de la Fed (le fameux « Taper Tantrum »), ou qu’en 2008, pendant la crise financière mondiale.

Le ralentissement en Chine et la fragilité de la reprise en Europe et aux États-Unis ont également rejailli sur les marchés des matières premières. Les cours du pétrole ont cependant résisté jusqu’à la décision de l’Arabie saoudite, mi-2014, de défendre sa part de marché plutôt que les prix. Depuis, ils dévissent.

Le baril de pétrole est passé sous la barre des 50 dollars, le Brent ayant atteint son plus bas niveau hier, à 42 dollars. Les marchés financiers des pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) ont eux aussi cédé du terrain. Mais c’est en Arabie saoudite (graphique 4) que l’indice boursier a connu la correction la plus forte le mois dernier, suivant la trajectoire des stocks de pétrole américains.

 Cette situation a au moins deux conséquences fondamentales pour les économies du CCG : premièrement, la pérennité budgétaire des programmes actuels de dépenses publiques (subventions comprises) dépendra de manière cruciale de la durée de cette baisse des cours de l’or noir. À l’exception du Koweït, toutes ont déjà atteint des prix de vente au seuil de rentabilité à la fois pour les soldes budgétaires et les balances courantes, ce qui signifie que les gouvernements puisent dans leurs réserves et leurs fonds souverains pour soutenir les dépenses publiques, ou bien qu’ils s’endettent. Dans l’hypothèse d’un maintien des cours du pétrole à leur faible niveau actuel, Bahreïn, Oman et même l’Arabie saoudite risquent d’épuiser leurs fonds en à peine quelques années, à moins de faire machine arrière sur le plan des dépenses publiques.

Le second canal de transmission est lié à la valorisation des fonds souverains et des réserves dans les pays du CCG, impossible sans une ventilation détaillée de la composition des actifs. Pour autant, il est possible d’avancer quelques généralisations puisque, lors des épisodes de fortes contractions des prix, les corrélations entre actifs et classes d’actifs se renforcent, c’est-à-dire que les prix — cours des actions des pays émergents et à revenu élevé, et d’une catégorie d’actifs à l’autre — tendent à fluctuer en parallèle. Pour l’instant, les titres à revenu fixe résistent mieux que les actions, mais l’éventualité d’un relèvement des taux directeurs par la Fed, qui semble avoir été reporté, pèse sur les valorisations. Si l’on se base sur ces généralisations, les fonds souverains et les réserves devraient être en train de connaître une chute brutale de leurs valorisations, qui vient s’ajouter aux prélèvements effectués pour financer les dépenses publiques.

Autrement dit, les économies du CCG ont tout intérêt à accélérer les programmes de rationalisation des dépenses publiques, ou à en mettre en place, et à tabler davantage sur les recettes non pétrolières.

Auteurs

Jaime de Piniés Bianchi

Spécialiste en Macroéconomie et finances publiques

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