Tunisie : La promesse d’un printemps perpétuel grâce aux nouvelles technologies

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Les changements historiques que connaît la Tunisie depuis la révolution du Printemps arabe dernier ont considérablement élargi le champ des possibles, en particulier du côté de la revitalisation du secteur privé et de la possibilité d’en faire un espace dynamique et novateur.

Alors que les nouvelles technologies et les médias sociaux ont joué un rôle important dans l’avènement de la révolution, on peut s’attendre en toute logique à ce que les technologies de l’information et de la communication (TIC) continuent d’occuper une place importante dans le développement de la Tunisie postrévolutionnaire. Mais, afin de cerner les contours précis du rôle des TIC, infoDev (un programme mondial de partenariats créé au sein de la Banque mondiale) a récemment commandité une étude d’envergure sur l’usage qu’en font les Tunisiens au service d’un avenir à construire.

L'appli « qui tue »

Supposons que vous êtes jeune, fraîchement sorti de l’université à Tunis, féru de nouvelles technologies et que vous avez une idée de start-up. Le marché tunisien est certes réduit mais comme vous parlez le français et l’arabe et que vous avez des liens avec vos compatriotes émigrés, vous disposez d’une tête de pont à la fois en Europe et dans les pays arabes. En outre, les changements historiques traversant l’Afrique du Nord créent de nouvelles opportunités dans une région qui interagit de plus en plus en réseau. Dans ce contexte, qu’est-ce qui vous empêche de développer la prochaine appli « qui tue »?

Selon l’équipe de chercheurs du cabinet Reboot avec laquelle infoDev a travaillé pour mener à bien son étude, il existe en Tunisie de nombreuses petites zones de friction qui tendent à accroître les difficultés des entrepreneurs, et tout particulièrement dans le cas des petites entreprises. Celles-ci vont des lourdeurs bureaucratiques héritées de l’ancien régime au manque d’infrastructures de qualité concernant les systèmes de paiement du consommateur.

Les succès futurs de la Tunisie passent nécessairement par la réduction de ces obstacles : en effet, la révolution est née en partie de l’absence de débouchés économiques, en particulier dans les régions intérieures du pays où de nombreux habitants éprouvent un sentiment d’abandon par rapport au littoral.

Des solutions bien réelles existent cependant

Ainsi, alors qu’il apparaît indispensable d’améliorer l’infrastructure numérique — surtout en faveur de l’hinterland —, la Banque mondiale a récemment annoncé la création d’une nouvelle initiative régionale destinée à améliorer l’accès au haut débit dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. Par ailleurs, le secteur public peut contribuer à atténuer les points de friction en créant un environnement propice et réactif, tandis que les multinationales et les bailleurs de fonds peuvent apporter leur appui à des programmes du type pépinières d’entreprises qui permettent de relier les entrepreneurs aux capitaux, aux dispositifs de mentorat et aux débouchés. De surcroît, en faisant naître une culture du changement favorable au développement des activités et à l’intégration régionale, on peut espérer attirer de nouveaux investisseurs et autres acteurs de l’innovation.

La place des TIC dans la reconstruction post-conflit

Le nouveau rapport, en plus d’étudier le marché du point de vue des petites et moyennes entreprises (PME), se penche aussi sur d’autres aspects et, dans la lignée de la nouvelle stratégie intérimaire pour la Tunisie récemment adoptée par la Banque mondiale, il souligne l’importance des points suivants : la bonne gouvernance et la participation citoyenne, l’insertion socio-économique et les facteurs d’une croissance durable. L’étude s’attarde par exemple sur l’utilisation des TIC dans la surveillance des élections.

Bien que la Tunisie ne rentre pas dans la catégorie des pays « post-conflit », sa trajectoire depuis la révolution peut inspirer les pays qui sortent d’un conflit. C’est la raison pour laquelle le rapport, financé par UKaid, est le premier d’une série d’études de cas consacrée au potentiel des TIC à l’issue d’un conflit et portant sur le Libéria, le Rwanda, l’Afghanistan, le Sri Lanka et Timor-Leste.

Les TIC peuvent en effet être au cœur de la reconstruction post-conflit

Il arrive fréquemment que le secteur des télécommunications figure parmi les activités qui repartent en premier après la fin des hostilités, apportant ainsi au pays les investissements, les emplois et les devises dont il a alors grandement besoin. De plus, le gouvernement du pays et ses bailleurs de fonds peuvent utiliser les TIC pour étendre la portée de leur action et fournir ainsi des services et des informations essentiels.

Quantité de travaux démontrent le rôle joué par le secteur prive dans de telles situations mais, comme le montre la Tunisie, les perspectives qu’ouvrent les transformations générationnelles ne sont pas sans apporter leur lot de difficultés. Aussi faut-il mettre en œuvre des politiques et des programmes intelligents pour réaliser toute la promesse des TIC.

Auteurs

Tim Kelly

Spécialiste senior des politiques des technologies de l’information et de la communication

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Mezhoud
22 janvier 2013

Sous l'ère Ben ali aussi, on faisait des TIC l'alpha et l'omega du développement de la Tunisie, cela n'a pas empêché les écarts économiques entre les régions de croître et la montée ininterrompu du chômage.
Evidemment ces outils qui devaient servir à la propagande ont servi à faire tomber le régime qui en usait mais aujourd'hui vous avez raison de souligner que seules les initiatives citoyennes et privées peuvent aider la Tunisie à sortir de sa situation incertaine pour enfin redémarrer. Si les réseaux sociaux peuvent l'y aider tant mieux mais ils restent de simples outils qui ne sont rien sans la volonté des individus.