Des paniers et ceintures en perles pour aider les femmes de Djibouti à gagner leur vie

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Heimo Liendl l Creative CommonsLes murs du bureau de Zahra Youssouf Kayad, secrétaire d’État à la solidarité sociale à Djibouti, sont ornés d’objets artisanaux locaux très colorés. Une photographie montre une femme en train de fabriquer des balais en paille. « Quand je me rends dans d’autres régions du pays, je demande à voir l’artisanat local », explique Mme Kayad, qui supervise la politique nationale de lutte contre la pauvreté.

Rappelons brièvement le contexte : sous l’égide de Mme Kayad, et avec l’appui de la Banque mondiale, le gouvernement djiboutien a lancé un programme de travail contre rémunération en espèces. Ce programme consiste notamment en des interventions axées sur la nutrition, qui ciblent les femmes enceintes et les enfants en bas âge. Les chercheurs de la Banque mondiale sont en passe d’achever une évaluation de ce dispositif de protection sociale (a) afin de déterminer son efficacité à lutter contre la malnutrition. Ils ont ainsi découvert une source d’opportunité qui pourrait être mise à profit.

Dans le cadre des activités de ce dispositif, des femmes fabriquent de magnifiques objets artisanaux : paniers ou ceintures en perles et matières végétales. Ces activités ont inspiré la mise en place d’un nouveau programme pour la promotion de l’artisanat : il s’agit de mettre ces femmes, qui ne disposent généralement pas de solution pour commercialiser leur production, en contact avec des acheteurs potentiels, dans tout le pays mais aussi à l’étranger.

En mai 2015, la Banque mondiale a ainsi approuvé un don de 2,73 millions de dollars du gouvernement japonais pour financer un nouveau programme d’emploi destiné aux jeunes et aux femmes à Djibouti.

De quoi s’agit-il et pourquoi est-ce important ? Mme Kayad répond ici à nos questions.
 
Zahra Youssouf Kayad, secrétaire
d’État à la solidarité sociale
à Djibouti

On ne connaît pas encore les résultats de l’évaluation d’impact du programme, mais pouvez-vous nous dire ce que vous avez pu constater jusqu’ici ?

Il est stupéfiant de voir à quel point ce programme a contribué à l’autonomisation des femmes en leur permettant de gagner un revenu qui aide leur famille. Beaucoup de ces femmes peuvent, pour la première fois de leur vie, devenir financièrement indépendantes. Cette indépendance financière donne aux femmes un droit de regard sur les dépenses du ménage .


Pourquoi l’indépendance financière est-elle si importante pour les femmes à Djibouti ?

Les femmes qui bénéficient du programme de travail contre rémunération réinvestissent le fruit de leur labeur dans leur foyer. Par exemple, avec cet argent, elles achètent des produits alimentaires plus nutritifs, ce qui améliore la santé et le bien-être de toute la famille. L’indépendance financière élargit les opportunités et ouvre de nouveaux horizons.

Quelles sont les opportunités nouvelles qui s’offrent aujourd’hui à ces femmes ?

Les femmes comprennent que, si elles sont capables d’acquérir de nouvelles compétences, que ce soit pour faire de l’artisanat ou pour assurer le balayage des rues, elles peuvent aussi se former à une autre activité. Cela les encourage à prendre des initiatives, par exemple à créer une petite entreprise pour fabriquer et vendre des brosses.

Quel est le type d’artisanat le plus pratiqué par les femmes ?

Depuis des générations, depuis l’époque où la population du pays était essentiellement nomade, les femmes de Djibouti utilisent des végétaux et des perles pour réaliser de beaux objets artisanau x, par exemple des paniers ou des bijoux. Elles fabriquent également des objets décoratifs et des brosses à cheveux traditionnelles en bois.

Quels obstacles rencontrent-elles lorsqu’elles veulent vendre leur production ?

Tout d’abord, elles n’ont pas accès à un marché suffisamment vaste. Nombre de ces femmes vivent en zone rurale et doivent se rendre dans la capitale pour vendre leurs produits, ce qui peut prendre une journée, mais, même dans la capitale, il n’y a pas ni foires ni expositions régulièrement organisées et qui attirent suffisamment de clients. Autre problème : bien souvent, le produit n’est pas de qualité suffisante. Ses qualités esthétiques laissent à désirer ou il n’a pas beaucoup d’utilité, par exemple s’il est trop petit.

Dans le cadre du programme mis en place, des créateurs professionnels vont travailler avec ces femmes.

Vous nourrissez manifestement une passion pour l’artisanat. Est-ce que vous réalisez vous-même des objets pendant vos loisirs, même si, a priori, vous n’avez pas beaucoup de temps libre ?

Je ne réalise pas d’objets, mais je me souviens que je regardais ma grand-mère maternelle fabriquer des poupées traditionnelles. Je devais avoir environ cinq ans. Ma grand-mère paternelle réalisait, elle aussi, des objets artisanaux. Avec d’autres femmes, elle avait créé une association, à Dikhil, pour enseigner ces techniques aux femmes.

Nous attendons de voir les résultats de notre programme de promotion de l’artisanat. Si ces résultats sont bons, ce dispositif pourrait être étendu à d’autres régions du pays. J’espère ainsi perpétuer l’héritage de mes deux grands-mères.

Cliquez ici (a) pour obtenir des informations supplémentaires sur les actions que mène la Banque mondiale dans le domaine de la protection sociale et de l’emploi.
 

Auteurs

Roger Fillion

Freelance writer and editor

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