Les effectifs scolaires au Libéria sont aujourd’hui plus importants qu’avant l’épidémie d’Ebola

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Le redressement du pays dans le sillage de l’épidémie d’Ebola s’est accompagné d’un net redressement des effectifs scolaires, qui ont renoué avec leur niveau de 2011–12 (Photo courtoisie de Katie Meyler / More Than Me)


En mars 2014, le Libéria faisait part de deux cas suspects de fièvre Ebola dans les comtés de Lofa et de Nimba. Six mois plus tard, l’épidémie touchait 14 des 15 comtés du pays et l’état d’urgence était déclaré. En mai 2015, lorsque l’Organisation mondiale de la santé (OMS) déclarait officiellement la fin de l’épidémie au Libéria, plus de 10 000 habitants avaient contracté le virus et l’économie de ce pays en situation d’après-conflit connaissait une forte récession.

Outre l’impact immédiat sur le PIB du pays (a), estimé à 300 millions de dollars, la communauté éducative redoutait que l’épidémie n’affecte durablement le développement du capital humain.

Les écoles avaient dû fermer leurs portes durant la majeure partie de l’année scolaire 2014–2015, suscitant la crainte de ne plus revoir des élèves déscolarisés aussi longtemps. Selon une enquête de la Banque mondiale (a) menée en avril 2015, seuls trois quarts des répondants ayant des enfants en âge d’être scolarisés au primaire indiquaient les avoir réinscrits à l’école.

À la suite de la reprise des cours sur toute l’année scolaire 2015–16, le ministère de l’Éducation, épaulé par la Banque mondiale, a voulu déterminer l’impact d’Ebola sur l’évolution des effectifs. Un exercice loin d’être évident, étant donné que la prochaine enquête auprès des ménages libériens est prévue dans deux ans seulement et qu’elle n’est pas exhaustive.

Contrairement aux tendances mondiales, il semble que les chiffres de la scolarisation avaient baissé au Libéria dans les années précédant la survenue de l’épidémie. Les inscriptions avaient ainsi reculé de 6,43 % entre les années scolaires 2011–12 et 2012–13 (une année entière avant les premiers cas d’Ebola). Les données recueillies auprès des communautés et issues d’enquêtes locales semblent indiquer que les établissements publics avaient augmenté leurs frais lors de l’année scolaire 2013–14 pour les activités sportives et les réunions des associations parents-enseignants, un renchérissement susceptible d’expliquer la baisse de la scolarisation.

Les inscriptions ont à nouveau régressé de 14,01 % entre 2013–14 et 2014–15. Lors de ces deux années, le recensement scolaire a été effectué au mois de mai : les données pour 2014–15 ont ainsi été collectées après les premiers cas de fièvre Ebola rendus publics au Libéria. Devant le risque d’infection possible, on peut très bien imaginer que certaines familles hésitaient déjà à envoyer leurs enfants à l’école. L’équipe chargée de la collecte des données se souvient distinctement avoir vu des enseignants et des élèves porter des gants, notamment dans les régions où le virus s’était d’abord déclaré.

Cependant, le redressement du pays dans le sillage de l’épidémie d’Ebola s’est accompagné d’un net redressement des effectifs scolaires, qui ont renoué avec leur niveau de 2011–12. Cette reprise est plus facile à observer dans le graphique ci-dessous : la ligne brisée en forme de V traduit deux périodes de baisse du nombre d’enfants scolarisés, suivies d’un envol des inscriptions après l’épisode Ebola.



Pour l’année scolaire 2014–15, il n’existe aucune donnée, les écoles n’ayant fonctionné que deux mois à peine, avant de fermer.

Cette évolution n’est pas le résultat de données anormales ; de manière générale, elle est conforme aux tendances relevées dans diverses régions et à la dynamique d’une majorité de comtés. En limitant notre analyse aux trois dernières périodes, nous avons pu élargir la taille de l’échantillon à plus de la moitié des établissements scolaires du pays. En outre, cette diminution rapide des effectifs suivie d’une période de redressement s’observe dans tous les types d’établissements : public, privé, communautaire ou confessionnel.



Pourquoi cette hausse des effectifs ? Et pourquoi sont-ils plus importants qu’avant la crise Ebola ?

L’épidémie d’Ebola a eu pour effet de braquer à nouveau les projecteurs sur l’état de l’éducation et d’accroître les financements en faveur de ce secteur. Le ministère de l’Éducation a organisé une campagne radio active pour encourager les enfants à reprendre le chemin de l’école. Et le ministre de l’Éducation d’alors, George Werner, s’est lui-même déplacé dans les comtés les plus touchés du pays dans le cadre de sa campagne « Back to school ». Les écoles publiques ont été incitées à ne plus faire payer les activités sportives ou la participation aux associations parents-enseignants.
    
Grâce à des financements du Partenariat mondial pour l’éducation (GPE) et d’un fonds fiduciaire créé pour soutenir la reprise et la reconstruction du secteur éducatif après la crise Ebola, la Banque mondiale a pu apporter un soutien financier aux établissements scolaires, en compensant leur manque à gagner par le versement de subventions. Par ailleurs, les fonds du GPE ont servi en 2015 à l’achat et à la distribution de plus d’un million de manuels scolaires, afin d’améliorer l’apprentissage et l’enseignement lors de la rentrée suivante. C’était la première fois en plus de dix ans que des manuels étaient livrés à des établissements publics au Libéria.

D’autres partenaires ont également joué un rôle actif. L’UNICEF, en particulier, a permis la distribution de kits d’hygiène dans les écoles. La coordination chez les acteurs du développement a été remarquable, à l’instar de ce partenaire qui s’est chargé de la distribution des vermifuges qu’une autre agence de développement avait achetés.

L’épidémie d’Ebola au Libéria met en lumière des difficultés chroniques fréquemment observés dans les pays fragiles : si la demande d’éducation est forte même dans les pays les plus pauvres, elle y est instable, les guerres civiles, les catastrophes naturelles ou les épidémies pouvant provoquer des périodes cycliques de net recul des effectifs suivies par un brusque afflux d’élèves.

Cette demande incertaine complique un peu plus la tâche des écoles et des autorités. Il est néanmoins plus que nécessaire de donner la priorité à l’éducation dans les pays fragiles parce qu’elle permet de développer à long terme leur résilience.

Même si les effectifs semblent à nouveau s’étoffer au Libéria, il est indispensable de veiller à ce que les enfants scolarisés apprennent à lire, écrire et compter afin d’être en mesure de poursuivre leur scolarité et de réussir dans la vie. La Banque mondiale continuera d’apporter son concours au Libéria afin que ce pays puisse renforcer son secteur éducatif et offrir à tous ses enfants une éducation de qualité.

Suivez les activités du Groupe de la Banque mondiale dans le secteur de l’éducation sur Twitter (a) et Flipboard (a).

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