Ebola, un coup de semonce pour les systèmes de santé dans le monde

|

Cette page en:

© UNICEF/NYHQ2015-0139/Naftalin

Nous connaissons tous les statistiques terribles de l’épidémie d’Ebola en Guinée, au Libéria et en Sierra Leone. Alors que la crise n’est pas terminée, une conférence organisée aujourd’hui à Bruxelles s’efforce d’entretenir l’élan international pour parvenir à zéro nouveau cas d’Ebola et aider les pays touchés à s’en sortir. En participant à la lutte contre l’épidémie sur le terrain (a), Save the Children s’est retrouvé en première ligne dans les trois pays concernés. À présent, nous poursuivons cette action tout en nous efforçant de tirer les nombreux enseignements de cette expérience qui pourraient être utiles pour le reste du monde. Si les raisons de la propagation d’Ebola sont complexes, le rapport que nous publions aujourd’hui, intitulé A Wake-Up Call, met en évidence l’inadéquation des services de santé dans ces trois pays — une situation qui a interdit de contenir rapidement l’épidémie et, partant, de l’endiguer ou de l’atténuer. Les équipes soignantes, en sous-effectifs permanents, manquent dangereusement de moyens financiers et matériels, et les services sanitaires, fragmentés, se sont retrouvés très vite submergés, contraignant la communauté internationale à intervenir massivement pour assurer la riposte. Les bailleurs de fonds, en particulier le Royaume-Uni en Sierra Leone, les États-Unis au Libéria et la France en Guinée, ont joué un rôle essentiel.

Mais l’état de délabrement de ces systèmes de santé était de notoriété publique, tout comme la faiblesse des moyens publics alloués au secteur. Malgré des progrès récents et importants, le gouvernement sierra-léonais ne dépensait encore pour la santé en 2012 que 16 dollars par habitant (contre les 86 dollars recommandés) tandis  que le Libéria ne comptait que 51 médecins pour tout le territoire. Le rapport de Save the Children s’appuie sur un indicateur d’accès à la santé, construit à cette occasion, qui révèle que cette faiblesse intrinsèque des systèmes de santé n’est pas l’apanage de ces trois pays. L’indicateur, qui compare les niveaux de mortalité infantile (qui sert de clé au classement) aux dépenses de santé, au nombre de personnel de santé, à la couverture des services essentiels et aux taux de mortalité, montre en effet que bon nombre de pays ont des services de santé au moins aussi mauvais (et parfois pires) que la Guinée, le Libéria et la Sierra Leone. D’ailleurs dans le classement, 28 pays arrivent derrière le Libéria.

La crise Ebola doit à cet égard servir de coup de semonce et inciter toutes les parties prenantes à prendre des mesures concrètes et viables pour la transformation des services de santé des pays en développement. Faute de quoi, nous serons responsables de décès et de souffrances évitables mais nous risquons aussi, dans ce monde interconnecté, de favoriser l’explosion de pandémies infectieuses. Des chercheurs de l’université de Washington ont calculé qu’une nouvelle épidémie de grippe (a) de l’ampleur de la grippe espagnole de 1918 (a) pourrait tuer jusqu’à 81 millions de personnes.

En mettant l’accent sur la couverture sanitaire universelle, l’année 2015 pourrait être l’occasion d’enrayer cette fatalité. À rebours de certaines analyses, qui dénoncent le coût exorbitant d’une telle mesure, nos données tracent des perspectives différentes. Parallèlement aux indispensables réformes des services de santé visant à endiguer la corruption et remédier à la gabegie, une grande partie des 101 milliards de dollars de dépenses annuelles de santé nécessaires pourrait provenir d’une meilleure mobilisation des ressources intérieures (grâce à l’optimisation des services fiscaux), une allocation accrue des fonds disponibles à la santé ainsi que la réduction des flux illicites de capitaux et l’évasion fiscale. La communauté internationale, et notamment le FMI, doit aider les autorités à accroître leurs dépenses mais aussi contribuer à combler ce besoin de financement dans le but de bâtir une offre de santé complète.

Une analyse des besoins financiers confirme l’adage selon lequel mieux vaut prévenir que guérir : pour les trois pays touchés par Ebola, le besoin financier était estimé à 1,58 milliard de dollars en 2012,  soit un tiers seulement des engagements internationaux pris à ce jour en faveur de la lutte contre Ebola et qui s’élèvent à 4,3 milliards de dollars.

En plus d’empêcher la prévention de maladies infectieuses, le manque d’accès à des services de santé essentiels entretient la morbidité et la mortalité, qui se traduisent notamment par des taux élevés de mortalité maternelle, néonatale et infantile (a).  Alors que nous étions parvenus à réduire de moitié les décès des enfants de moins de 5 ans depuis 1990, l’avenir paraît incertain. Les taux de mortalité néonatale ne chutent pas suffisamment vite et le recul de la mortalité infantile est loin d’être le même partout, les ménages et les régions les plus démunis se retrouvant à la traîne. Seuls 16 des 75 pays prioritaires (a) ont obtenu des progrès avérés suffisants au sein de leurs populations les plus pauvres et les plus marginalisées.

La crise Ebola démontre de manière tragique que nous ne pouvons pas laisser les pays les plus pauvres du monde aux prises avec des systèmes de santé inadaptés. Les prochains objectifs de développement durable peuvent être l’occasion d’un engagement historique à mettre fin aux décès évitables d’enfants, réduire les inégalités et garantir une couverture sanitaire universelle pour les plus démunis.

Thèmes

Prenez part au débat