Les Amazones du manioc

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Les Amazones du manioc


Le développement économique d’un pays ne se mesure pas uniquement à la taille d’une nouvelle route, ou au nombre d’usines, de centrales électriques et de ports construits. C’est aussi la somme d'histoires individuelles. Cette série de blogs publiée par le Groupe de la Banque mondiale, en partenariat avec Fraternité Matin et la bloggeuse Edith Brou, raconte l’histoire de ces héros ordinaires qui contribuent chaque jour au développement de leur communauté et dont la vie a changé grâce à un projet de l’institution.

Au marché central de Bouaké, dans le centre de la Côte d’Ivoire, vous ne pouvez pas rater les Amazones du manioc. Elles occupent un espace facilement repérable à l’aide d’une pancarte sur laquelle est inscrit le nom de leur coopérative : Coopérative des femmes du vivrier de Gbêkê (COFEMVIB). À leur tête, Viviane Assoi Kouadio Tano, qui préside aussi aux destinées de la Plateforme d’innovation de manioc du Gbêkê.

35 femmes, parmi lesquelles des veuves et des jeunes filles mères, composent ce groupe d’Amazones. Leur histoire commence au début des années 90, lorsqu’elles décident d’unir leurs forces pour transformer le manioc et vendre de l’attiéké, un des aliments les plus consommés dans le pays. « Chacune de nous travaillait dans son coin, avec un faible rendement pour un métier aux conditions très pénibles », se souvient Viviane.

Elles sont repérées en 2014, par une mission d’identification du Programme de Productivité Agricole en Afrique de l’Ouest (PPAAO), de la Banque mondiale qui comprend rapidement que ce groupe de femmes mérite davantage de soutien. À la suite de cette visite, la coopérative reçoit du matériel de transformation plus moderne, notamment un essoreur, un semouleur et un broyeur. « C’est comme si nous étions sorties de la préhistoire », raconte Viviane. « Pendant de longues années, la fabrication du manioc se faisait manuellement. Les femmes peinaient beaucoup pour éplucher les tubercules, les laver, râper, broyer, sécher, cuire et fermenter. Nous n’avions que nos bras et de gros cailloux comme outils de travail. »

Très vite, la production, passe d’à peine 500 kg à 2 tonnes par jour, assurant un revenu supplémentaire de 50 000 francs CFA par mois à chacune d’entre elles. Sur les marchés de Bouaké et d’Abidjan, ces femmes de la coopérative COFEMVIB écoulent essentiellement leurs productions auprès des vendeuses d’attiéké au poisson et de la mutuelle des vendeurs de « Garba », traditionnellement composée de Nigériens. Mais, les commandes viennent de partout, y compris de nombreux pays de la sous-région, en tête desquels le Burkina Faso et le Mali. Et comme « l’appétit vient en mangeant », la COFEMVIB compte à présent doubler ses carnets de commandes en investissant notamment dans de nouveaux équipements et dans un espace de production plus vaste. Elle entend aussi diversifier son activité et a décidé de se lancer dans la production de biogaz en recourant à la méthanisation pour traiter les résidus de manioc. Cette nouvelle source d’énergie pourrait se substituer au feu de bois et ainsi aider à préserver la forêt et l’environnement en milieu rural.

Depuis le début de sa mise en œuvre en 2011, le projet PPAAO/WAAPP a entre autres permis d’améliorer les conditions de vie de plusieurs milliers de femmes vivant en zone rurale. Au-delà de la fourniture d’équipements de transformation, le projet a vulgarisé l’utilisation des nouvelles technologies permettant d'accroître significativement les rendements agricoles de la banane plantain, du manioc et du maïs. Ces coûts de pouces ont permis à des communautés entières de produire plus et mieux et, ultimement, d’améliorer leurs revenus.

Bien que le projet PPAAO/WAAP soit parvenu à soutenir de nombreuses communautés rurales en Côte d’Ivoire, qui comptent parmi les plus pauvres du pays, certaines interrogations subsistent :

  • Dans la mesure où ces communautés n’ont souvent pas les moyens financiers d’acquérir des équipements modernes, ne serait-il pas plus judicieux de chercher à les rapprocher des établissements de microfinance comme cela a été fait, par exemple, avec succès en Inde au cours de la dernière décennie ?
  • Comme beaucoup de ces communautés sont isolées et manquent d’information, pensez-vous que le recours au téléphone portable peut apporter une solution durable tout en les aidant à se moderniser et à mieux s’adapter aux conditions du marché, y compris pour les transferts d’argent ?

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