Réseauter : la recette gagnante pour aider les femmes à développer leurs entreprises

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Photo : ReelFruit

« Il faut tout un village pour créer une entreprise ». Voilà ma version du célèbre proverbe « il faut tout un village pour élever un enfant ». En tant que femme qui développe une entreprise de transformation et de distribution de fruits secs au Nigeria depuis sept ans, je peux dire que rien n’a été aussi efficace que mon réseau pour accélérer la croissance de mon entreprise. Une augmentation du capital social peut permettre aux entrepreneures d’accroître à la fois leur collaboration et leur crédibilité, d’obtenir un financement et un soutien émotionnel en leur donnant accès à des réseaux qui soutiennent, connectent et encadrent les entrepreneurs.

On pense toujours que le réseautage est un talent inné, mais mon expérience m’a montré que c’est plutôt « en forgeant que l’on devient forgeron ». Quand j’ai créé mon entreprise, j’étais extrêmement timide et je n’osais pas dire aux gens ce que je faisais. Je n’avais pas l’assurance nécessaire pour raconter mon histoire et j’évitais souvent de parler de mon entreprise car j’avais peur qu’elle soit trop petite pour qu’il vaille la peine d’en parler. C’est cette peur du jugement, associée à une forte dose du syndrome de l’imposteur, qui m’a poussée à fuir la force positive qui aurait permis à mon entreprise de grandir. Lorsque j’ai commencé à surmonter cette peur, j’ai remarqué que les gens prenaient plaisir à écouter mes histoires. Les gens sont attirés par les histoires sincères qui leur font découvrir des expériences nouvelles qui leur sont inconnues. Le plus souvent, ils veulent aussi aider quand ils le peuvent.

Les réseaux sont extrêmement précieux lorsqu’il y a de la valeur partagée à échanger. Des travaux de recherche basés sur des données provenant du Ghana, du Malawi, du Togo et de l’Ouganda présentés dans le nouveau rapport de la Banque mondiale Profiting from Parity (comment profiter de la parité) sur l’entrepreneuriat féminin suggèrent que les femmes et les hommes utilisent leurs réseaux différemment. Les réseaux d’entreprises féminines sont essentiellement composés de femmes et sont plus petits que leurs homologues masculins. À mes débuts d’entrepreneure, je ne me sentais à l’aise qu’avec des personnes avec qui j’entretenais déjà des relations et j’étais réticente à l’idée de rencontrer et de nouer des liens avec des personnes que je ne connaissais pas bien. J’avais du mal à être « transactionnelle » et je pensais que je devais développer un rapport solide avec les personnes avant de leur demander de me consacrer du temps ou de me donner des conseils. J’ai au contraire appris que les gens sont accessibles et que les demandes directes ne les froissent pas.

Les femmes doivent optimiser leur mode d’utilisation des réseaux afin de satisfaire leurs besoins clés. Le réseautage prend du temps et peut finir par être une distraction si la personne n’est pas réfléchie. En premier lieu, les femmes doivent cibler les évènements de réseautage sectoriels sur la base de critères comme la phase de vie de l’entreprise, sa taille et son secteur d’activité. Je ne pense pas que les évènements de réseautage généralistes aient un grand impact. Le fait d’avoir fait partie de la Cohorte 2018 du programme pour les entrepreneurs des économies en voie de développement de l’université de Stanford en a été pour moi une bonne illustration. Le réseau est composé d’entrepreneurs qui se trouvent à un stade de maturité similaire en termes de taille, de chiffre d’affaires et de perspectives de croissance. La valeur que j’ai retirée jusqu’à présent de ce réseau est immense, car j’apprends de mes pairs et des entrepreneurs qui se trouvent à un stade légèrement plus avancé que le mien. Je pense que c’est en raison de sa nature ciblée que ce réseau a autant d’impact.

En deuxième lieu, je pense que les relations de mentorat traditionnelles sont relativement difficiles à développer et à maintenir. Toutefois, il est possible de créer des opportunités permettant aux entrepreneures d’avoir accès à des experts disposés à les soutenir de façon ponctuelle, en particulier au niveau des fonctions clés de l’entreprise. Dans ce genre de scénario, le « mentorat » est défini par les besoins de l’entrepreneur, ce qui le libère du « fardeau » d’un engagement général et soutenu. Par l’intermédiaire de l’un des réseaux dont je fais partie, j’ai été associée à un spécialiste du marketing pendant trois mois. Sa mission consistait à nous encadrer tout au long de la phase de définition de la stratégie marketing de notre entreprise. Cette méthode est semblable à un engagement de mentorat en termes de fréquence de prise de contact et d’occasions de discuter des enjeux spécifiques et d’adaptation. Cependant, elle est définie par la réalisation d’un objectif particulier durant une période définie. Avoir un « mentor » m’a été très utile pour aborder la  thématique spécifique à mon entreprise.

Si les femmes améliorent la qualité de leur réseau, elles auront accès à l’outil le plus puissant qu’il soit pour développer leur entreprise. Les femmes mentionnent souvent leurs difficultés à accéder aux financements nécessaires ou aux marchés, mais je suis convaincue que si elles se concentrent sur leur réseau, le reste suivra.

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