Entre 1990 et 2015, le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans a diminué de plus de moitié : l’OMD 4 n’est pas atteint

|

Cette page en:

Les dernières données [PDF, 4,2 Mo (a)] publiées aujourd’hui par le Groupe interorganisations de l’Organisation des Nations Unies pour l’estimation de la mortalité juvénile (IGME) font apparaître de nets progrès à l’échelle mondiale : entre 1990 et 2015, le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans a reculé de 53 %, passant de 91 à 41 décès pour 1 000 . Mais ce recul ne suffit pas pour atteindre l’objectif d’une baisse de deux tiers sur cette période, conformément à la cible du 4e des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). 

Au cours des 25 dernières années, le taux moyen de mortalité chez les moins de cinq ans a chuté de 53 %

Source : Groupe Inter-agence pour l’Estimation de la Mortalité Infantile de l’ONU - Télécharger les données

En cette dernière année des OMD, deux régions du monde sur six sont parvenues à l’OMD 4  : il s’agit des régions Asie de l’Est/Pacifique et Amérique latine/Caraïbes. L’Europe/Asie centrale, ainsi que le Moyen-Orient/Afrique du Nord ont manqué de peu l'objectif. En Afrique subsaharienne et en Asie du Sud, les progrès restent bien insuffisants pour atteindre la cible.

Environ un tiers des pays à revenu faible ou intermédiaire (46 au total) ont réduit la mortalité des moins de cinq ans de deux tiers, voire plus, et atteint ainsi la cible fixée par l’OMD 4. Il s’agit de 12 pays à faible revenu, de 12 pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure et de 22 pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure.

L’Afrique subsaharienne accuse le taux le plus élevé au monde : en 2015, un enfant sur douze y meurt avant son 5e anniversaire, soit plus de 12 fois plus que la moyenne enregistrée par les pays à revenu élevé (un enfant sur 147). Vient ensuite l’Asie du Sud, avec 1 enfant sur 19. Quelque 50 % des décès d’enfants de moins de cinq ans dans le monde ont lieu en Afrique subsaharienne  et 31 % en Asie du Sud (soit un total de 81 % pour ces deux régions). Le rapport recommande donc d’accorder la priorité à ces deux régions.

La mortalité des enfants de moins de cinq ans a reculé de 44 % sur les 15 dernières années , évitant le décès de quelque 48 millions d’enfants.

 

Non seulement le taux a reculé, mais le nombre de décès d’enfants de moins de cinq ans dans le monde est passé de 12,7 millions en 1990 (35 000 décès par jour) à 5,9 millions en 2015 (16 000 décès par jour). C’est la première année où ce chiffre passe en-dessous de la barre des 6 millions. Depuis 2000, la vie de 48 millions d’enfants a ainsi été sauvée. Ces enfants n’auraient en effet pas vécu jusqu’à leur 5e anniversaire si le taux de mortalité des moins de cinq ans était resté inchangé depuis 2000.

Les progrès se sont accélérés à l’échelle mondiale. De 1990 à 2000, le taux de mortalité des moins de cinq ans s’est réduit au rythme de 1,8 % par an, contre 3,9 % en moyenne entre 2000 et 2015. Cette accélération s’observe également en Afrique subsaharienne.

45 % des décès d’enfants de moins de cinq ans ont lieu dans les 28 premiers jours de vie 

 
Le taux de mortalité des moins de cinq ans et le taux de mortalité néonatale (dans les 28 premiers jours de vie) ont tous deux diminué, mais ce dernier reculant plus lentement, la proportion des décès néonatals dans le total des décès des moins de cinq ans s’est accrue, passant de 40 % en 1990 à 45 % en 2015.


Le taux de mortalité néonatale est passé de 36 décès pour 1 000 naissances vivantes en 1990 à 19 en 2015, et le nombre de décès néonatals a diminué, passant de 5,1 millions en 1990 à 2,7 millions en 2015. Le rapport observe que le moment le plus délicat reste la naissance et la période autour de la naissance.

La plupart des décès d’enfants sont évitables 

Le rapport fait état de progrès considérables, mais aussi de ce qu’il reste à faire dans le cadre des prochains Objectifs de développement durable (ODD). La plupart des décès d’enfants sont aisément évitables avec des interventions ayant fait leur preuves et facilement accessibles. On peut considérablement accélérer le rythme de réduction de la mortalité chez l’enfant en se concentrant sur les régions qui affichent les taux les plus élevés, à savoir l’Afrique subsaharienne et l’Asie du Sud, et en ciblant les nouveau-nés.

Selon le précédent rapport de l'IGME (a), les principales causes de décès des moins de cinq ans sont les suivantes : prématurité, pneumonie, complications au cours du travail et de l’accouchement, diarrhée et paludisme. À l’échelle mondiale, près de la moitié de ces décès sont liés à la sous-nutrition.

Les OMD ont permis à des statisticiens de collaborer pour produire des données de meilleure qualité 

À l’occasion de l'année butoir des OMD, je voudrais mentionner l’importance de l’incidence qu’ont eue les OMD sur les travaux de suivi. Après l’adoption de la Déclaration du millénaire par l’Assemblée générale des Nations Unies en 2000, diverses organisations internationales, dont la Banque mondiale, ont décidé d’investir dans l’utilisation de données harmonisées de qualité pour suivre les avancées vers les OMD.

Ces efforts ont notamment consisté à encourager la collaboration internationale via la création de groupes interorganisations et la participation à ces groupes pour suivre les progrès en direction des OMD. Les OMD ont permis à de nombreux statisticiens de travailler ensemble pour produire des données dont la qualité n’a cessé de croître. À cet égard, je pense que l’IGME constitue l’une de ces initiatives les plus fructueuses.

Poursuivre les efforts afin de produire des estimations fiables et transparentes de la mortalité chez l’enfant

Les nouvelles estimations dont nous parlons ici ont été publiées par l’IGME, qui rassemble l’UNICEF, l’Organisation mondiale de la santé, le Groupe de la Banque mondiale et la Division de la population des Nations Unies. L'IGME a été constitué en 2004 afin de partager les données sur la mortalité de l'enfant, d’harmoniser les estimations au sein du système des Nations Unies, d’améliorer les méthodes d'estimation de la mortalité de l'enfant et de suivre l'évolution vers les OMD.

L’ensemble des données, des estimations et des informations sur les méthodes de l’IGME sont disponibles sur le site web de cette institution (base de données CME Info). On trouve également les nouvelles estimations de l’IGME dans les bases de données du Groupe de la Banque mondiale relatives aux indicateurs du développement dans le monde (World Development Indicators) et à la santé (HealthStats).
Thèmes

Auteurs

Emi Suzuki

Demographer, Development Data Group, World Bank

Prenez part au débat