Quelles données utilisent vraiment les décideurs, et pourquoi ?

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La révolution des données a été moins sanglante que, par exemple, les révolutions des xviiie et xixe siècles. Mais a-t-elle entraîné des changements de même ampleur ? Les historiens en jugeront.

En 2017, AidData, un laboratoire de recherche et d’innovation du College of William & Mary, aux États-Unis, a entrepris de se pencher sur les données utilisées par les décideurs des pays à revenu faible ou intermédiaire : quelles sont ces données, quelle est leur provenance, pour quelles raisons sont-elles utilisées et lesquelles d’entre elles sont-elles considérées comme les plus utiles ?

Quant à nous, nous nous sommes demandés quels enseignements la Banque mondiale pourrait tirer de l’étude d’AidData, et si les constats de cette étude rejoignent ceux de notre propre programme de sondages d’opinion (a).

Une enquête auprès de 3 500 décideurs, dans 126 pays à revenu faible ou intermédiaire, pour comprendre comment les données sont utilisées

En 2017, quelque 3 500 décideurs ont répondu à l’enquête Listening To Leaders Survey (LTL) d’AidData qui visait à comprendre comment, quand, et pourquoi ils utilisent des informations issues de sources très diverses.
Ce vaste ensemble de données, présentées dans le rapport Decoding Data Use: How do Leaders Source data and Use It To Accelerate Development (a), peut servir aux différentes organisations à cibler des acteurs importants. Par exemple, quelles données sont le plus souvent utilisées par les organisations de la société civile (OSC) et les organisations non gouvernementales (ONG), et à quelles fins ? Par les responsables publics ? Par les partenaires de développement ? Par le secteur privé ? Existe-t-il des différences entre les régions ?
 
Voici quelques-uns des principaux constats : 

  • Les décideurs politiques utilisent davantage les informations de la Banque mondiale que celles d’autres organisations étrangères/internationales.
  • Pour que, dans les pays clients, les décideurs les plus influents aient connaissance des données et des connaissances produites par la Banque mondiale, il faut mettre en avant ces informations, car il est peu probable qu’ils tombent dessus au détour d’une recherche sur Internet.
  • Les décideurs les plus influents sont davantage susceptibles de juger utiles des informations qui les aident à mieux comprendre des questions complexes et, donc, à élaborer des stratégies pour y répondre.
  • Il faut veiller à ce que les informations produites tiennent compte du contexte local.
  • Il est essentiel de produire des informations axées sur des recommandations pour en garantir la valeur ajoutée.

Comparons maintenant les résultats d’AidData à ceux du programme de sondages d’opinion (a) de la Banque mondiale.

L’accès aux données, la première des priorités

Les résultats de l’enquête d’AidData montrent que, dans le monde entier, les décideurs consultent les données de la Banque mondiale.

L’enquête d’AidData et le programme de sondages de la Banque mondiale révèlent que, si l’on veut que les données et connaissances produites soient utilisées (ou au moins consultées), il importe de maintenir ou de créer des liens avec les décideurs, ce qui implique une démarche « active ».

Qu’est-ce qui amène les décideurs à chercher des informations ?

La recherche de solutions. Les décideurs déclarent chercher des données provenant de sources internationales en priorité pour régler un problème et, dans une moindre proportion, pour défendre une position ou suivre les avancées du développement, entre autres.

La question fondamentale : pourquoi une information est-elle considérée comme utile ?

Nous savons, grâce aux enquêtes auprès des pays, que peu de répondants mettent en doute la qualité technique des données de la Banque mondiale. Les résultats pour cet indicateur restent d’un niveau élevé d’une année sur l’autre.

D’après les résultats d’AidData, l’objectif principal est de trouver des solutions. Ces solutions ne doivent pas nécessairement être nouvelles ou innovantes. Elles doivent avant tout aider les décideurs à résoudre les problèmes auxquels ils sont confrontés, en tenant compte du contexte qui leur est propre.

Dans quelle mesure les données et informations que la Banque mondiale produit aident-elles à résoudre des problèmes ? D’après notre propre enquête auprès des pays, les personnes interrogées estiment que la pertinence globale des informations fournies par la Banque mondiale est plus élevée que l’utilité de ces informations pour « parvenir à des solutions concrètes ».

Compte tenu de l’étude d’AidData, nous devrions, au sein de la Banque mondiale, nous demander si nous faisons suffisamment participer les acteurs locaux, de sorte que les informations que nous produisons tiennent compte des spécificités de chaque contexte. Nous devons également nous demander si ces informations facilitent la recherche de solutions. Les retours que nous obtenons sont positifs, comme le montre le tableau ci-dessous, mais nous pouvons encore progresser.

En résumé, l’étude d’AidData montre que, par rapport aux ressources financières de la Banque mondiale, les informations produites par cette organisation sont comparativement plus utilisées que celles d’autres organismes, mais que la Banque mondiale peut nettement améliorer sa production d’informations pour qu’elles soient encore plus utiles. Le principal enseignement de cette étude est le suivant : il faut penser et agir à l’échelon local, interagir et se concentrer sur des solutions.Think and act locally. Engage. Solve problems.

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On peut consulter l’étude d’AidData à l’adresse suivante : http://aiddata.org/publications/decoding-data-use (a)

Les données et les conclusions du programme de sondages d’opinion de la Banque mondiale sont disponibles ici : https://countrysurveys.worldbank.org/ (a)

 

Auteurs

Sharon Felzer

Senior Communications Officer

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