Comment intensifier la coopération entre banque nationales de développement, secteur privé et banques multilatérales de développement

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Les Assemblées annuelles de la Banque mondiale et du FMI se sont conclues il y a peu. Le programme était riche et il a permis d’évoquer nombre de sujets fondamentaux pour l’action du Groupe de la Banque mondiale.

Et l’un de ces sujets me tient tout particulièrement à cœur : celui du rôle que les banques nationales de développement peuvent jouer pour combler le lourd déficit de financements indispensables pour atteindre les Objectifs de développement durable (ODD), ou comment passer « des milliards aux milliers de milliards de dollars » (a).

Depuis l’adoption des ODD, la communauté internationale du développement s’efforce de trouver de nouveaux modes de financement, d’attirer le secteur privé et de mettre en place des partenariats public-privé efficaces.

C’est là qu’interviennent les banques nationales de développement, car elles exercent une fonction capitale pour mobiliser des sources privées de financement. 

Nous pensons qu’elles doivent jouer un rôle parallèle à celui du Groupe de la Banque mondiale. En effet, elles peuvent contribuer à mobiliser des fonds du secteur privé pour financer des projets à fort impact sur le développement, par exemple dans les infrastructures, ou dans des programmes pouvant servir l’intérêt général, mais que le secteur privé peut se montrer réticent à financer directement.

À cet égard, il a été particulièrement intéressant d’écouter les dirigeants de ces institutions exposer les moyens de renforcer la coopération entre banques nationales de développement, secteur privé et banques multilatérales de développement. Ces témoignages ont aussi permis de réfléchir aux méthodes qui se sont révélées efficaces et aux aspects qui peuvent être améliorés.

Voici les sept grandes conclusions issues de ces échanges :

  1. Les banques nationales de développement doivent créer de nouveaux produits pour assumer les risques que le secteur privé hésite à prendre, ce qui exige de renforcer leurs dispositifs de gestion du risque. Une coopération avec le secteur privé pourra les aider à concevoir des systèmes plus efficaces de partage des risques, comme l’a souligné Shaharuddin Zainuddin, président de la Bank Pembangunan Malaysia Berhad. Toutefois, pour garantir que les banques nationales de développement restent centrées sur leur mandat d’aide au développement aux côtés du secteur privé, mais sans écarter celui-ci, il est essentiel d’assurer un suivi et de divulguer les impacts sur le développement ainsi que les informations financières correspondantes.
  2. Puisque les banques nationales de développement sont proches des décideurs et connaissent parfaitement le contexte politique de leurs pays respectifs, elles peuvent aider le secteur privé à apprécier les risques politiques et réglementaires. De ce fait, les entreprises seront mieux préparées et disposées à conclure des partenariats public-privé. Les projets les plus complexes pourront ainsi être lancés beaucoup plus rapidement, comme l’a expliqué Patrick Khulekani Dlamini, directeur général de la Development Bank of Southern Africa.
  3. Pour Rémy Rioux, directeur général de l’Agence française de développement, les banques nationales de développement contribuent à transposer les grands objectifs internationaux dans les priorités nationales de développement.
  4. Pour que les banques nationales de développement soient mieux en mesure de mobiliser des fonds du secteur privé, elles doivent être à l’abri de toute influence politique, avoir des objectifs explicites qui leur imposent de monter des projets avec le secteur privé, mais aussi pouvoir embaucher et fidéliser du personnel compétent. C’est tout le sens de l’action menée par la Colombie lors de la création de la Financiera de Desarrollo Nacional (FDN), institution chargée de combler l’énorme déficit d’infrastructures du pays, comme l’a exposé son président, Clemente del Valle.
  5. Les banques nationales de développement peuvent contribuer à mettre en perspective les besoins urgents de développement et les domaines dans lesquels le secteur privé est disposé à investir. Elles peuvent en effet aider le secteur privé à comprendre les dynamiques locales et créer un solide vivier de projets en s’attachant à élaborer des directives génériques claires et applicables pour la participation du secteur privé, a précisé Gerardo Rodriguez, directeur général de la société américaine BlackRock, premier gestionnaire d’actifs au monde.
  6. Les banques nationales de développement, au même titre que les banques multilatérales, ont un rôle déterminant à jouer pour créer des marchés du crédit solides dans les pays émergents, sachant que le manque d’accès au crédit et l’exclusion financière sont parmi les plus grandes difficultés à résoudre pour obtenir des résultats tangibles de développement, a souligné Joachim Nagel, directeur général et membre du comité exécutif de la banque allemande Kreditanstalt für Wiederaufbau (KfW).
  7. Ambroise Fayolle, vice-président de la Banque européenne d’investissement (BEI), a pour sa part expliqué que les banques nationales et multilatérales de développement doivent harmoniser leurs méthodologies et renforcer la confiance des investisseurs. Il leur faut pour cela accepter de déléguer des responsabilités d’approbation, de passation et de suivi des marchés à des institutions partenaires, mais aussi accepter de travailler ensemble pour attirer le secteur privé.

La convergence des points de vue, la réelle volonté de renforcer les collaborations techniques et financières, de même que la conscience de l’urgence à relever le défi du financement du développement auront incontestablement marqué cette table ronde.

Nous tous, au sein du Groupe de la Banque mondiale, regardons dans la même direction : nous nous employons à créer un environnement qui facilite la participation du secteur privé dans le financement des besoins du développement et, si nécessaire, à utiliser nos actifs propres afin d’attirer des capitaux privés.

Auteurs

Ceyla Pazarbasioglu

Vice-présidente pour le pôle Croissance équitable, Finance et Institutions (EFI), Groupe de la Banque mondiale

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