Fragilité, conflit et violence : début des consultations sur le nouveau projet de stratégie du Groupe de la Banque mondiale

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© Tobin Jones/United Nations
© Tobin Jones / Nations Unies


Le Groupe de la Banque mondiale vient de donner le coup d’envoi officiel d’une série de consultations mondiales destinées à étayer sa toute première stratégie en matière de fragilité, conflit et violence  (FCV). Au cours des deux prochains mois, la Banque va inviter un large éventail de parties prenantes (représentants de la société civile et des pouvoirs publics, organisations partenaires et secteur privé) à débattre des défis et des priorités spécifiques aux situations de FCV, en s’attachant à exploiter son avantage comparatif dans les environnements fragiles. L’enjeu principal de ce processus de consultation est de mieux comprendre comment nous pouvons consolider les progrès accomplis jusqu’ici et améliorer nos interventions pour une efficacité maximale sur le terrain, avec le souci, en particulier, de produire un impact positif durable pour les populations les plus vulnérables. En outre, conscient qu’aucune organisation ne peut agir seule dans les situations de FCV, le Groupe de la Banque mondiale entend, avec cette stratégie, positionner ses capacités opérationnelles, d'analyse et de mobilisation dans le cadre plus large des efforts internationaux en faveur de la paix et de la prospérité.
 
Le défi de la fragilité, des conflits et de la violence est désormais la nouvelle frontière du développement, et il est au cœur de la mission du Groupe de la Banque mondiale . En 2030, au moins la moitié du nombre de pauvres dans le monde vivra dans un contexte de fragilité et de conflit. Le paysage mondial de la fragilité s’est considérablement dégradé : les conflits violents sont plus nombreux qu’ils ne l’ont jamais été au cours des trente dernières années, on assiste à une crise des déplacements forcés sans précédent depuis la Deuxième Guerre mondiale, la violence interpersonnelle et celle des bandes armées atteignent des niveaux élevés, les conflits sont à l’origine de 80 % des besoins d’aide humanitaire, et l'insécurité est devenue la norme dans nombre de régions du monde. Au cours des deux dernières décennies, le tribut payé aux conflits et aux violences par les populations civiles n’a jamais été aussi lourd qu’aujourd'hui . Les situations de FCV ont une incidence manifeste sur la pauvreté : c’est essentiellement dans les pays fragiles que l’on observe une hausse des taux d’extrême pauvreté. L'atteinte des Objectifs de développement durable ainsi que la réalisation du double objectif du Groupe de la Banque mondiale visant à mettre fin à l’extrême pauvreté et à promouvoir une prospérité partagée ne seront possibles qu’en déployant des efforts concertés pour s’attaquer aux défis de la fragilité, des conflits et de la violence. En nous dotant d’une stratégie ciblée sur ces enjeux, nous nous emploierons à lutter constamment contre les facteurs à l’origine des fragilités, des conflits et des violences et à limiter leurs conséquences sur les populations vulnérables (notamment les jeunes et les femmes), avec pour finalité de favoriser la paix et la prospérité.
 
La stratégie du Groupe de la Banque mondiale viendra consolider et amplifier les progrès accomplis ces dernières années, principalement avec l’appui des 17e et 18e reconstitutions des ressources de l’Association internationale de développement (IDA) — le fonds de la Banque mondiale pour les pays à faible revenu —, mais aussi grâce à l’augmentation générale de capital approuvée en 2018, qui a mis davantage l’accent sur les situations de FCV dans les pays à revenu intermédiaire. Nous savons que pour intervenir dans ce type d’environnement il faut une approche fondamentalement différente de celle poursuivie dans d’autres contextes et que l’aide apportée aux pays en proie à la fragilité, au conflit ou à la violence doit être adaptée, innovante et axée sur les facteurs de fragilité et de résilience. Il est à présent indispensable de systématiser et renforcer le soutien apporté par l’ensemble des institutions du Groupe — à savoir la Banque mondiale, la Société financière internationale (IFC) et l’Agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA) — là où les besoins sont les plus importants. La nouvelle stratégie prend acte des souffrances que connaissent les populations touchées par des situations de FCV ainsi que du potentiel perdu au détriment souvent de plusieurs générations. Elle dressera le bilan des avancées accomplies et mettra en évidence les mesures à prendre et la manière dont l’institution peut évoluer pour accroître son impact dans les situations de fragilité, de conflit et de violence.
 
Afin de relever ces défis — dans les pays pauvres et, de plus en plus, dans les pays à revenu intermédiaire — celles et ceux d’entre nous qui œuvrent à la recherche de solutions au carrefour du développement, de l’humanitaire et de la sécurité s’attachent actuellement à élaborer de nouvelles approches qui privilégient davantage la prévention et promeuvent le maintien des activités même en situation de conflit ou de crise ; déployer de nouveaux instruments, par le biais notamment de financements concessionnels ou mixtes ou encore via le Mécanisme d’atténuation des risques de l’IDA, qui est doté d’une enveloppe de 1 milliard de dollars destinée à des programmes ciblant spécifiquement les facteurs susceptibles d’aggraver les risques de conflit ; et susciter de nouveaux partenariats en s’associant à des acteurs divers, dont notamment ceux qui sont au plus près du terrain, nos partenaires des Nations Unies, et des plateformes internationales, dans le but d’accroître notre efficacité dans les environnements en proie à l'insécurité et au conflit.
 
Pour passer de la fragilité à la prospérité, il faudra bien concevoir les actions à mener et bien penser leur mise en œuvre par ordre de priorité. C’est un processus qui exige une approche par étapes et tâtonnement, ainsi que la prise de risques en temps opportun et l’engagement de multiples acteurs. Si ce processus vient remettre en cause l'idée selon laquelle le développement socioéconomique permettra à lui seul d’endiguer la fragilité, il souligne aussi son rôle fondamental pour soutenir les efforts de promotion de la paix et de la prospérité. Et tout en reconnaissant qu’il faut traiter chaque situation de fragilité, de conflit ou de violence dans toute sa singularité, notre stratégie nous donnera la possibilité d’optimiser l’aide au développement afin de mieux faire face à ces défis au niveau mondial, régional, national et local. Elle mettra assurément l’accent sur l’importance d'atténuer les risques de crise, d’édifier des institutions et des systèmes légitimes et responsables, de promouvoir les solutions viables offertes par le secteur privé, de bâtir des sociétés et des communautés résilientes et de placer les populations au centre de nos activités.

Et parce que la réussite de notre initiative repose sur un effort collectif, le moment est venu de solliciter votre avis sur notre projet de stratégie. Ces prochains mois vont nous permettre de mettre à l'épreuve nos axes et principes d’intervention stratégiques. Nous ne doutons pas que cette grande conversation mondiale aboutira à de nouvelles réponses, de même qu’elle soulèvera de nouvelles questions. Comment faut-il selon vous investir dans la prévention ? De quelle manière pourrions-nous travailler mieux dans les environnements les moins sûrs ? Ou encore comment maximiser notre efficacité opérationnelle sur le terrain ? Votre opinion sur ces questions sera essentielle pour mettre au point une stratégie qui renforcera notre aide en faveur de ceux qui ont le plus besoin de notre soutien collectif.


Ce billet a d'abord été publié sur PeaceLab.
 

Auteurs

Franck Bousquet

Directeur principal, fragilité, conflits et violence (FCV)

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