Éruptions volcaniques : un danger à prendre au sérieux

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A house destroyed by a volcanic eruption. Yogyakarta, Indonesia. Project: JRF. © Nugroho Nurdikiawan Sunjoyo/World Bank

La puissance destructrice d’un volcan en éruption frappe intensément les esprits… en général. Pas ceux des responsables publics et des professionnels du développement dont la mission est, pourtant, de renforcer la résilience des populations vulnérables. Pourquoi ?

Au pied du Vésuve, les ruines de Pompéi. Le visiteur parcourt les restes d’une ville naguère florissante et détruite en quelques instants par une éruption volcanique majeure. Pourtant, ces scènes n’évoquent rien dans sa vie quotidienne. De la même façon, nous voyons dans les médias d’impressionnantes images d’éruptions volcaniques sans être conscients de la multiplicité des dangers qui guettent les populations installées à proximité.

Cependant, il n’en a pas toujours été ainsi. À partir de 1980 et pendant onze ans, les risques volcaniques ont en effet été au premier rang des soucis des spécialistes de la gestion du risque de catastrophe. Cette année-là, l’explosion du mont Saint Helens, au nord-ouest des États-Unis, avait provoqué la mort de 57 personnes et plus d’un milliard de dollars de dommages. Deux ans plus tard, El Chichon entrait à son tour en éruption au Mexique, faisant plus de 2 000 victimes. En 1985, 23 000 Colombiens perdaient la vie à Armero, ensevelis sous un lahar — gigantesque coulée de boue volcanique — déclenché par une éruption mineure du Nevado del Ruiz. Un an après, 1 700 personnes périssaient, endormies, dans un nuage de gaz carbonique dégagé par le volcan du lac Nyos, au Cameroun.

Dernier en date, le Pinatubo se réveillait en 1991 après 800 ans de sommeil, provoquant, à moins de cent kilomètres de Manille, aux Philippines, l’éruption volcanique la plus importante du siècle. Grâce à l’alerte lancée rapidement par l’Institut philippin de volcanologie et de sismologie et par des chercheurs de l’US Geological Survey, 200 000 personnes (dont 20 000 Aetas, une minorité ethnique des montagnes) purent être évacuées. On enregistra néanmoins350 disparus, 200 000 sans-abris ainsi qu’un refroidissement de la planète de 1,5 °C.

Depuis lors, la majorité des éruptions volcaniques s’est heureusement produite dans des zones relativement peu peuplées. Leurs répercussions sont donc restées minimes même si elles ont perturbé la vie des entreprises et alourdi leurs coûts(a), à l’instar de l’éruption d’un volcan islandais qui a paralysé le ciel européen en 2010.Dans l’imaginaire collectif, les volcans sont désormais réduits à un phénomène intéressant, voire fascinant, et au pire fâcheux pour les voyageurs aériens. En fin de compte, ils ne méritent pas de retenir l’attention alors que d’autres types de catastrophes surviennent avec une fréquence ainsi que des bilans humain et matériel supérieurs.
Certes je suis vulcanologue de formation— une espèce rare à la Banque mondiale —, mais je m’inscris en faux contre cette position et considère que nous sommes devenus dangereusement laxistes à l’égard du risque volcanique. Ne pas le signaler au même titre que les autres risques de catastrophe et de choc climatique revient à causer un tort à nos clients. Concrètement, un tiers des pays clients de la Banque mondiale compte des volcans susceptibles d’entrer en éruption et plus de 722 millions de leurs habitants vivent dans un périmètre les exposant à un risque volcanique destructif, voire mortel.

Je vous propose une illustration plus parlante. En 1815, dans l’est de l’Indonésie, le Tambora explose brutalement, causant la mort immédiate de 10 000 personnes. Dans les jours, les semaines et les mois qui suivent, des dizaines de milliers d’autres victimes succombent, de faim le plus souvent. En Europe, la quantité de cendre volcanique présente dans l’atmosphère est telle que « l’année sans été » se soldera par des milliers de victimes de la famine. Maintenant, imaginez que cette éruption se produise 200 ans plus tard, avec notre population actuelle. Il faudrait alors évacuer des millions de personnes et trouver les moyens de porter assistance aux plus de 100 millions d’Indonésiens plongés sous les cendres et frappés par la destruction des récoltes, la pollution des ressources en eau et le chaos des infrastructures essentielles. De la même manière, reproduite avec la population et les infrastructures d’aujourd’hui, l’éruption de1883 du Krakatoa (a) donne la chair de poule.

Sommes-nous parés à faire face à des catastrophes de cette ampleur ? Dans de nombreux domaines, nous pourrions sans aucun doute faire mieux. Ainsi, nous gagnerions à répondre à un certain nombre de questions :comment former des communautés et des décideurs qui n’ont jamais été confrontés à une manifestation volcanique ?Ou bien encore, quels moyens permettraient de s’assurer que les risques volcaniques sont systématiquement pris en compte au même titre que les autres risques pesant sur un pays ?

En partenariat avec l’université de Bristol, le réseau Global Volcano Model et l’Organisation mondiale des observatoires de volcans (WOVO), la GFDRR (Facilité mondiale pour la prévention des risques de catastrophes et le relèvement) et son Challenge Fund (a) viennent de produire plusieurs films de quelques minutes à vocation éducative sur les risques volcaniques et les moyens pour les populations de mieux s’y préparer. Par ailleurs, les professionnels du développement peuvent désormais s’en remettre à un nouvel outil pour tout savoir sur les risques volcaniques aux quatre coins du monde, de l’Ouganda aux Caraïbes en passant par l’Argentine : simple d’utilisation, Think Hazard! a été mis au point par la GDFRR pour aider à quantifier la réalité des risques volcaniques (cotés de très faible à élevé) et expliquer comment les intégrer dans la planification des projets.

La communication sur les effets potentiellement destructeurs des éruptions volcaniques n’est cependant que le premier volet d’une action à poursuivre par les États et leurs partenaires de développement pour mettre à l’abri les populations contre les catastrophes en tout genre, y compris celles venant des profondeurs de la terre.

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Auteurs

Alanna Simpson

Spécialiste de la gestion des risques de catastrophes, GFDRR

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