Évolution des structures démographiques et changement climatique : deux facteurs majeurs des futures tendances migratoires

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Selon les Perspectives de la population mondiale publiées par les Nations Unies, la planète devrait compter plus de 8,4 milliards d'êtres humains d'ici 2030 (UN, 2013). Parallèlement à cette croissance soutenue, les structures démographiques vont évoluer et les différentes composantes de ce changement vont-elles-mêmes connaître des mutations. Le changement climatique, notamment l'élévation du niveau de la mer et le bouleversement des températures et des régimes de précipitations, aura en outre des effets sur les futurs couloirs de migration et le nombre de migrants (Nicholls, 2011). Ces deux phénomènes vont devenir des facteurs majeurs des futures tendances migratoires.

Concernant l'évolution des structures démographiques, des études montrent d'ores et déjà que le vieillissement de la population est en train de devenir un problème socio-économique majeur, notamment dans les pays de l'Union européenne et en Asie de l'Est. Une étude récente réalisée par l'OCDE (2008) montre que la part des 65 ans ou plus devrait doubler d'ici 2050. L'allongement de l'espérance de vie, combiné à des taux de fertilité inférieurs au seuil de remplacement des générations, implique que, dans les deux décennies à venir, un certain nombre de pays ont de grandes chances d'être confrontés à de sérieuses pénuries de main d'œuvre. Par conséquent, certains pays qui étaient traditionnellement exportateurs de main d'œuvre, comme la Pologne, devraient connaître une augmentation du nombre d'immigrés, en provenance notamment de l'ancienne Union soviétique et d'Asie. Ces tendances futures ont été confirmées par une étude récente réalisée par EUROSTAT, qui indique que l'Europe va vieillir et devenir plus multiculturelle (Lanzieri, 2011).

Comme cela a été mentionné précédemment, le changement climatique va lui aussi exercer une influence croissante sur les tendances migratoires mondiales. Il a déjà été démontré que le changement climatique constitue un facteur d'attraction décisif pour les candidats à l'émigration. Par exemple, au Bangladesh, et en particulier dans la région du delta du Gange et du Brahmapoutre, les facteurs de migration économiques sont exacerbés par l'impact des catastrophes naturelles, de l'intrusion d'eau salée et de la contamination à l'arsenic. Dans ce pays, entre 1976 et 2001, 270 millions de personnes ont été touchées par des inondations, et 25 millions par des sécheresses (Reuveny, 2008). L'émigration vers l'Inde toute proche s'est intensifiée après la construction du barrage de Farakka, ce qui s'est traduit par des conflits ethniques, religieux et socio-économiques (Reuveny, 2008 ; Swain, 1996). De même, au Viet Nam, des études récentes montrent que les phénomènes migratoires sont plus importants dans la région du delta du Mékong, particulièrement vulnérable sur le plan environnemental (figure 1). De plus en plus de travaux s'intéressent aux questions liées aux « réfugiés environnementaux », bien que le HCR ne soit pas encore parvenu à inclure la notion de détresse environnementale dans la définition officielle du statut de réfugié (Pachauri, 2009). Selon certaines projections, le nombre de réfugiés environnementaux dans le monde devrait atteindre 250 millions d'ici 2050 (Scheffran, 2012).
 
Ces facteurs de migration globaux viendront s'ajouter aux incitations de départ traditionnelles que sont les disparités économiques et les conflits armés. La complexité croissante des dynamiques migratoires confrontent les décideurs à des défis majeurs aux niveaux régional, national et mondial. Dans les sociétés vieillissantes comme celles des pays de l'OCDE, les politiques migratoires devront davantage prendre en compte les conséquences du changement démographique à l'œuvre et mettre en place des systèmes transparents de gestion de ces flux visant à attirer la main d'œuvre nécessaire. Il faudra aussi mettre en place des mécanismes de gestion des envois de fonds qui permettent de faciliter les transferts d'argent et de faire ainsi en sorte que ceux-ci aboutissent au développement des pays d'origine.
 
Tendances des taux de migration nette au Viet Nam


En ce qui concerne la vulnérabilité environnementale et le changement climatique, les pays développés et les pays en développement devront adopter des approches politiques et réglementaires innovantes pour limiter les conséquences anticipées dans ces domaines. Aspect crucial, toutes les initiatives politiques à venir devront être axées sur des approches basées sur les droits humains et visant à assurer le bien-être des migrants.
 
Références :
Lanzieri, G. (2011). « Fewer, older and multicultural? Projections of the EU populations by foreign/national background ». Luxembourg : Commission européenne.
Nicholls, R. J. (2011). « Planning for the Impacts of Sea Level Rise ». Oceanography, 24(2), 144-157.
OCDE. (2008). « Ageing OECD Societies ». Paris : OCDE.
Pachauri, R. K. (2009). « Facing Global Environmental Change Environmental, Human, Energy, Food, Health and Water Security Concepts Foreword ». Facing Global Environmental Change: Environmental, Human, Energy, Food, Health and Water Security Concepts, Vol. 4. DOI : 10.1007/978-3-540-68488-6.
Reuveny, R. (2008). « Ecomigration and violent conflict: Case studies and public policy implications ». Human Ecology, 36(1), 1-13. DOI : 10.1007/s10745-007-9142-5
Scheffran, Jürgen. (2012). Climate change, human security and violent conflict: challenges for societal stability. Heidelberg ; New York : Springer Verlag.
Swain, A. (1996). « Displacing the conflict: Environmental destruction in Bangladesh and ethnic conflict in India ». Journal of Peace Research, 33(2), 189-204. DOI : 10.1177/0022343396033002005
Nations Unies (2013). World Population Prospects, the 2012 Revision. In U. N. (Ed.). 

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