En cette Journée internationale des femmes, je pense à trois femmes en particulier

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Aujourd’hui 8 mars, c’est la Journée internationale des femmes. Le thème de cette année : « La parité en 2030 : avancer plus vite vers l'égalité des sexes ! ». Les Nations Unies nous incitent à envisager un monde où les jeunes filles et les femmes pourraient jouer un rôle en politique, recevoir une éducation, percevoir des revenus et — un aspect qui me tient particulièrement à cœur — vivre dans une société sans violence ni discrimination.

Pour relayer cette vision, nous lançons un appel aux femmes du monde entier par le biais d’une mini-campagne Instagram intitulée #EllesNousInspirent.

La possibilité pour les femmes de vivre dans une société sans violence ni discrimination est un sujet qui me touche personnellement. Je suis originaire d’Ouganda. En 2009, dans le cadre de mes études universitaires, j’ai effectué des recherches sur la faible représentation des femmes soldats en Ouganda dans la littérature, par rapport à leurs homologues masculins.

Au cours de cette étude, qui a ensuite fait l’objet d’un documentaire, j’ai rencontré trois femmes : Beatrice, Esther et Alice. Ces femmes ont un point commun. Encore adolescentes, elles ont été kidnappées et contraintes de devenir les « épouses » de soldats de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), conduite par Joseph Kony.

Selon l’organisation The Resolve (a), 66 000 jeunes entre 14 et 30 ans ont été enlevés entre le milieu des années 1990 et 2006. En outre, 30 000 enfants de moins de 18 ans ont été kidnappés entre 1988 et 2004, période où la guerre entre la LRA et le gouvernement ougandais faisait rage. La plupart de ces jeunes étaient des filles, dont Beatrice, Esther et Alice.
 
Alice (à droite) avecEsther regardent des photos
Alice (à droite) et Esther regardent des photos.

En février, nous avons lancé un sondage sur le compte Twitter de la Banque mondiale. À la question « Quelles sont vos attentes pour la Journée internationale des femmes ? », 40 % d’entre vous ont répondu souhaiter l’égalité des chances, 35 % l’égalité des droits et 25 % l'égalité des salaires.
 


Je pense que ces trois aspects sont tout aussi importants, tout simplement parce qu’ils sont intimement liés. Une femme qui jouit de droits réels se sentira plus autonome pour progresser dans un monde égalitaire. C’est pourquoi le destin de Beatrice, d’Esther et d’Alice m’interpelle.

Beatrice se bat pour élever ses trois enfants, dont l’un est né d’un soldat rebelle. Elle ambitionne de devenir infirmière et, aujourd’hui, elle intervient bénévolement à l’hôpital de Gulu pour renforcer la prévention du VIH. Elle a aussi créé un groupe de jeunes séropositifs afin d’informer sa communauté sur cette maladie. Son histoire est un exemple de résilience, d’espoir et de tolérance. (a)
Zubedah (l’auteure) avec Beatrice à Gulu, en Ouganda.
Zubedah (l’auteure) avec Beatrice à Gulu, en Ouganda.

Comme Beatrice, Esther est porteuse du VIH et elle élève plusieurs enfants. Bien qu’elle bénéficie d’une aide des Missionnaires comboniens (organisation caritative de Gulu) et qu’une ONG ougandaise (The AIDS Support Organization) lui fournisse son traitement médical, Esther a toujours du mal à joindre les deux bouts. Je suis particulièrement impressionnée par toute l’énergie qu’elle déploie pour s’en sortir. Esther s’est lancée dans la culture du gingembre, qu’elle vend à l’usine Coca Cola locale. Avec cet argent, elle a ouvert une petite épicerie. Dans les bons jours, elle gagne 20 000 shillings ougandais (environ 6 dollars) mais, les mauvais jours, elle doit faire bouillir la marmite avec seulement 5 000 shillings, soit à peine 2 dollars.

Enfin, je pense à Alice et j’admire son esprit d’entreprise. Elle s’est évadée seule du camp rebelle et elle aussi ambitionne de devenir secrétaire médicale à l’hôpital Mulago, le plus grand établissement hospitalier public d’Ouganda. Actuellement, elle fabrique des bijoux à partir de papier recyclé, qu’elle vend sur les marchés de la région.

Le Projet de démobilisation et réinsertion en Ouganda (a) de la Banque mondiale avait pour but d’apporter l’aide financière et éducative nécessaire aux personnes enrôlées de force dans la LRA, à leur retour dans leur foyer. Le projet a permis d’aider plus de 6 000 personnes dans le pays.

À quelle femme pensez-vous en cette journée ? Rendez-lui hommage en postant sa photo sur Instagram ou sur Twitter, avec le hashtag #EllesNousInspirent. Et faites-nous part de vos commentaires ci-dessous.

 

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