L’avenir de l’alimentation : que peuvent concocter les chefs pour la planète ?

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Le chef David Chang, à gauche, avec le Président du Groupe de la Banque mondiale Jim Yong Kim lors de la discussion sur l’avenir de l’alimentation
​© Simone D. McCourtie/Banque mondiale

Comment garantir à chacun une alimentation nutritive partout dans le monde ? C’est autour de cette question qu’ont été réunis un chef cuisinier célèbre, le président du Groupe de la Banque mondiale, une productrice de champignons et un défenseur de la « gastronomie sociale », lors d’un événement organisé avant la tenue des Réunions de printemps du Groupe de la Banque mondiale et du FMI. La discussion, consacrée à l’avenir de l’alimentation, avait pour objectif d’explorer toutes les pistes qui pourraient permettre d’éradiquer la faim dans le monde et de répondre aux défis alimentaires de demain.

À l’heure actuelle, près de 800 millions de personnes se couchent chaque soir avec le ventre vide. Sachant qu’en 2050, il faudra nourrir 9 milliards d’êtres humains, il est indispensable d’accroître la productivité agricole, a souligné Jim Yong Kim, président du Groupe de la Banque mondiale.

Mais, d’emblée, une question saute aux yeux : comment quelqu’un comme David Chang (a), fondateur de la chaîne de restaurants Momofuku, peut-il contribuer au débat ?

Eh bien, pour commencer, on peut mobiliser les talents des chefs cuisiniers pour « qu’ils redéfinissent la comestibilité », a avancé David Chang. Près d’un tiers de la production alimentaire, soit 1,3 milliard de tonnes par an, est gaspillé. Une grande partie de cette nourriture aurait pu être consommée. Sans compter que d’autres sources d’alimentation restent à découvrir, a-t-il ajouté.

« La meilleure façon de réduire la faim dans le monde, c’est, probablement, de faire preuve de plus d’ingéniosité et d’être beaucoup plus frugal », a poursuivi David Chang. « D’après moi, c’est le défi qui nous attend. Moi qui suis chef, j’essaie de préparer des plats savoureux à partir d’ingrédients qui ne sont pas ordinairement considérés comme délicieux, en m’appuyant sur des techniques comme la fermentation. »

Les connaissances et la sensibilisation à cette question sont essentielles, a-t-il précisé. « Plus l’on respecte le cycle des cultures et le processus de préparation, moins l’on gaspille. En fin de compte, il faut avoir le souci de ce que l’on mange. Plus l’on s’en soucie, plus c’est délicieux. »

Agriculture Global Practice Senior Director Juergen Voegele at the Future of Food event with World Bank Group President Jim Yong Kim and chef David Chang. © Dominic Chavez/World Bank​Si des progrès ont été accomplis ces 15 dernières années, les pays à faible revenu pâtissent toujours d’une sous-alimentation et d’une pauvreté chroniques : en 2010, le taux d’extrême pauvreté dans ces pays atteignait 48 % et celui de la sous-nutrition de 28 %.

Une nouvelle publication intitulée Ending Poverty and Hunger by 2030: An Agenda for the Global Food System, appelle tous les partenaires clés à unir leurs forces pour « repenser l’évolution du système alimentaire mondial afin de mettre un terme définitif à la pauvreté et à la faim d’ici 2030 ».

À cette fin, le Groupe de la Banque mondiale étudie des solutions pour promouvoir un système alimentaire durable, celles-ci consistant notamment à promouvoir une agriculture climato-intelligente, à améliorer la teneur nutritive des aliments et à aider les agriculteurs à accéder aux marchés.

« Pour aller de l’avant, nous allons continuer de mobiliser la réflexion des grands chefs sur la manière de nourrir la planète », a annoncé Jim Yong Kim. « Nous sommes ravis de savoir que beaucoup de cuisiniers se consacrent déjà à cet objectif. »

De fait, d’autres intervenants ont exprimé leur soutien à la recherche de ces solutions qui conduiraient à une sécurité alimentaire plus durable. Mark Emil Hermansen (a) était par exemple présent au nom de MAD (a), une organisation à but non lucratif basée à Copenhague et dont la mission est de bâtir un monde meilleur sur la base d’une meilleure alimentation. David Hertz (a), chef et fondateur de Gastromotiva (a), a évoqué son action auprès des jeunes des favelas, auxquels il dispense des formations culinaires qui leur permettent de s’insérer dans le monde du travail, voire de créer leur propre entreprise dans leurs communautés.
 
Enfin, Chido Govera (a) a raconté le parcours qui l’a menée jusqu’à la création de la Future of Hope Foundation (a). Originaire du Zimbabwe, elle est devenue orpheline à l’âge de sept ans. Trois ans plus tard, elle aurait pu épouser un homme de 30 ans son aîné (a), avec la garantie de pouvoir manger à sa faim tous les jours. Mais elle a préféré apprendre la culture des champignons, et aujourd’hui elle enseigne à des centaines de personnes en Afrique, en Inde et en Colombie à cultiver cet aliment nutritif.
 
« J’ai l’intime conviction que la production alimentaire doit être confiée à tous », explique-t-elle.

Juergen Voegele (a), directeur principal du pôle Agriculture du Groupe de la Banque mondiale, a insisté sur la nécessité d’instaurer un système alimentaire capable de nourrir « chacun d’entre nous, partout, tous les jours » : « Dans chaque pays, il nous faut de meilleurs systèmes alimentaires, de meilleurs résultats nutritionnels et des systèmes alimentaires fondamentalement plus durables ».

Et d’ajouter : « Certains d’entre vous m’ont demandé ‘pourquoi convier un chef à nos discussions ?’ Parce que c’est l’affaire de tous. Celle des producteurs, des négociants, des industriels, des cuisiniers, des nutritionnistes, des experts du secteur alimentaire, et des consommateurs. Nous sommes tous parties prenantes. »
 

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