De la « lagune » au delta : l’exemple de Venise peut-il nous aider à gérer les risques d’inondations au Viet Nam ?

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 NASA (a)
En 2018, au terme du projet Mose (« Moïse » en italien), un système de digues mobiles installées entre la lagune de Venise et la mer Adriatique protégera la cité des marées hautes et des ondes de tempête. Crédit photographique : NASA (a)
Le choix de Venise peut paraître improbable pour la tenue d’une conférence internationale sur le développement. Cependant, même si la cité est plus connue pour son attrait touristique, elle offre un cadre idéal pour un rendez-vous tel que le forum Understanding Risk, au cours duquel les représentants de 125 pays ont échangé leurs connaissances sur la gestion des risques liés aux catastrophes naturelles et réfléchi à la manière d’appliquer des enseignements venus d’ailleurs à un contexte local.

Située à un mètre seulement au-dessus du niveau de la mer, Venise a eu son lot d’inondations. En 1966, les eaux avaient atteint 194 centimètres, causant des dommages estimés à 6 millions de dollars d’alors dans les quartiers historiques, gravement touchés par ce pic de marée record. En raison de son importance touristique et culturelle aux yeux de l’Italie et du monde, il est primordial d’éviter que la cité des Doges ne soit à nouveau frappée par de tels sinistres.

Voilà pourquoi les autorités italiennes ont investi plus de 5,5 milliards de dollars dans le projet Mose (« Moïse » en italien) qui prévoit la construction de quatre digues articulées au sortir de la lagune, afin de mieux contrôler les marées hautes et d’empêcher que le centre historique ne soit inondé. Chaque digue se compose de plusieurs vannes écoénergétiques qui se déploient rapidement en cas de marée haute, pour maintenir un niveau d’eau adéquat dans la lagune, tout en préservant l’écosystème naturel de la zone. Lorsque l’ouvrage sera achevé en 2018, il devrait protéger entièrement la cité et permettre aux générations futures de profiter encore longtemps des charmes de la ville.

Difficile, donc, d’imaginer meilleur cadre pour débattre de l’évaluation et de l’atténuation des risques de catastrophes, qu’elles soient naturelles ou causées par l’homme. Le forum a couvert de nombreux aspects liés à la gestion des risques, de la modélisation à la cartographie, en passant par l’établissement de profils des risques. Divers types de sinistres ont été passés en revue, comme les inondations, les séismes et les sécheresses, avec un partage d’expérience utile à tous les pays, quels que soient leur taille et leur niveau de revenu. Comment transformer la « science » du risque en stratégie « d’action » pour la réduction des risques ? Cette question a été au cœur des échanges, comme en témoignent notamment les applications en contexte réel de technologies innovantes que constituent les initiatives de type OpenStreetMap au Népal ou en Haïti, où les habitants participent au recensement des infrastructures et des informations sur les risques locaux. Ces projets ont démontré leur bien-fondé : une meilleure compréhension des risques peut sauver des vies lors des opérations de secours et améliorer la résilience des communautés.

Mais se former au risque peut être également ludique... L’organisation d’un jeu de simulation par l’UFCOP, un espace collaboratif de la Banque mondiale dédié à la lutte contre les inondations urbaines, a été un moment phare du forum : les participants ont dû endosser le rôle d’une collectivité locale chargée de la gestion des risques d’inondation. Ils se sont vite rendu compte qu’ils devaient travailler dans un contexte de grande incertitude ; mis sous pression, ils devaient faire leur choix parmi une multitude de dispositifs de protection dans un temps très court. Si le jeu simplifiait quelque peu les conditions sur le terrain, il reproduisait fidèlement l’urgence et la confusion auxquelles sont confrontées les autorités locales en cas de risque d’inondation. Cette simulation a fait évoluer ma perception sur la nature des recommandations à formuler aux pouvoirs publics, notamment lorsqu’il s’agit de décider s’il faut donner la priorité à la prévention, ou privilégier au contraire les mesures de réaction.

J’aurai sans aucun doute l’opportunité de mettre en pratique ces acquis à travers mes projets au Viet Nam. Je pense tout particulièrement aux villes du delta du Mékong. Les menaces d’inondation, d’affaissement des sols et d’intrusion d’eau salée sont de plus en plus fréquentes dans ces zones de faible élévation traversées par un réseau de canaux qui ne sont pas sans rappeler Venise. En cas de sinistre, les populations défavorisées, plus susceptibles de vivre sur des terrains inondables, sont souvent les premières victimes et risquent de basculer à nouveau dans l’extrême pauvreté. Nos projets de réhabilitation des zones urbaines dans la région du delta du Mékong (a) améliorent les conditions de vie des plus pauvres, qui disposent aujourd’hui d’un meilleur accès aux infrastructures de base. Cependant, il nous reste beaucoup à faire pour accroître la résilience de ces équipements qui nécessitent une conception et un code de la construction et de l’habitation plus aboutis. Les discussions avec les autorités pour sensibiliser le grand public et les professions techniques, afin qu’ils assimilent et appliquent ces règles, pourraient engager un processus d’amélioration des normes.

J’ai quitté Venise avec une compréhension plus fine de la gestion des risques de catastrophe, et suis convaincu que les instruments et les expériences présentés lors du forum Understanding Risk 2016 m’aideront à mieux servir mes clients dans la réalisation de ces objectifs.

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