Le développement passe-t-il par les chaînes de valeur mondiales ? Donnez votre avis sur la version provisoire du prochain Rapport sur le développement dans le monde

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WDR 2020 Framework

Après dix mois de travaux de recherche intensifs et d’écriture, j’ai le plaisir de vous annoncer la livraison d’une version provisoire (a) de la prochaine édition du Rapport sur le développement dans le monde consacrée aux chaînes de valeur mondiales et aux nouveaux enjeux du commerce pour le développement. Cette version est consultable en ligne et ouverte à vos commentaires.  

Pourquoi s’intéresser aux chaînes de valeur mondiales et pourquoi maintenant ?  

Le dernier rapport phare de la Banque mondiale traitant des échanges internationaux s’intitulait L’industrialisation et le commerce extérieur et il remonte à plus de trente ans. Or, entre 1987 et aujourd’hui : 

-   la part du commerce dans le PIB mondial a doublé ; 

-   le revenu moyen a progressé de 24 % ; 

-   le taux de pauvreté a reculé de 35 à 10 % ; 

-   le revenu des 40 % les plus pauvres a augmenté de près de 50 %. 

Et, au cours de ces trois décennies, les chaînes de valeur mondiales sont devenues le format dominant des échanges commerciaux internationaux.  

Plusieurs études leur ont déjà été consacrées, mais le Rapport sur développement dans le monde 2020 marque un nouveau jalon, et ce pour plusieurs raisons :  

-    il aborde ce sujet sous l’angle du développement, alors que la littérature s’est jusqu’à présent principalement intéressée aux économies avancées et à quelques grands pays en développement ;  

-    il met en lumière la nécessité de produire de nouveaux types de données et d'analyses sur les facteurs déterminants de la participation aux chaînes de valeur mondiales et sur les conséquences qui en découlent sur le plan de la croissance économique, des inégalités, de la pauvreté, de l’emploi et de l’environnement ; 

-    il se penche sur l’impact potentiel des nouvelles technologies et de l'évolution des politiques commerciales sur les possibilités de développement induites par les chaînes de valeur mondiales. 

Apporter des réponses à des questions difficiles 

Le développement passe-t-il par les chaînes de valeur mondiales ? Nous avons abordé cette question dans un état d’esprit ouvert et objectif, avec le souci d’étudier les avantages et les inconvénients d’une croissance économique et d’un développement tirés par les chaînes de valeur mondiales.  

J’ai été la première surprise par l’ampleur de leur contribution. Au cours des trente dernières années, les échanges commerciaux reposant sur des chaînes de valeur mondiales ont accéléré la croissance économique et réduit considérablement la pauvreté. Ce processus a rendu possible une convergence économique sans précédent, en permettant aux pays pauvres d'accélérer leur croissance et de commencer à rattraper leur retard par rapport aux pays plus riches. La productivité et les revenus ont progressé dans des pays qui font désormais partie intégrante des chaînes de valeur mondiales, à l’instar de la Chine, du Viet Nam et du Bangladesh. Et ce sont précisément ces pays qui ont enregistré les baisses de pauvreté les plus marquées. 

Qu’il s’agisse des résultats se rapportant aux pays, aux secteurs d'activité ou aux entreprises, toutes les données empiriques confirment ce diagnostic : les chaînes de valeur mondiales dopent fortement la productivité et les revenus. Contrairement aux échanges « traditionnels », qui s'effectuent sur des marchés anonymes, les chaînes de valeur mondiales reposent en règle générale sur des relations de long terme entre entreprises. Elles constituent, en raison même de cette dimension relationnelle qui favorise naturellement les transferts de technologie, un moteur de croissance particulièrement puissant. Les entreprises ont un intérêt commun à se spécialiser dans les tâches spécifiques, à échanger des procédés technologiques et à apprendre les unes des autres. Elles y parviennent plus facilement dans le cadre de relations de long terme.  

Le rapport met cependant en évidence des aspects moins positifs. Il apparaît en effet clairement que les gains obtenus grâce aux chaînes de valeur mondiales sont inégalement répartis à l’intérieur de chaque pays et entre les pays. Nous comprenons mieux désormais pourquoi certaines catégories de travailleurs, d’entreprises et de populations ont souffert de la mondialisation, de même que nous avons une connaissance plus fine des territoires confrontés à des risques environnementaux. Ces éléments nous permettent d’envisager des stratégies qui promeuvent la participation aux chaînes de valeur mondiales tout en prenant des mesures pour garantir une répartition sociale équitable de ses bienfaits et juguler son impact négatif sur l’environnement, sur fond de mutation technologique rapide et d’incertitude politique. 

Et de conclure que les chaînes de valeur mondiales pourront encore demain stimuler la croissance, créer des emplois de meilleure qualité et réduire la pauvreté, à condition que les pays en développement approfondissent leurs réformes et que les pays industrialisés mènent des politiques ouvertes, inclusives et prévisibles. Surtout, si les pays ne parviennent pas à investir dans leur capital humain, ils risquent de tomber dans le « piège du revenu intermédiaire » et de ne pas progresser davantage sur l'échelle du développement. Enfin, le rapport suggère également que le commerce international et les chaînes de valeur mondiales ont plutôt tout à gagner des mutations technologiques, et que leurs avantages peuvent être largement partagés et pérennisés si tous les pays améliorent leurs mesures de protection sociale et environnementale.  

Votre avis nous intéresse 

J’espère avoir éclairé les questions qui ne manquent pas de se poser sur ce sujet.  

Je vous encourage à consulter la version provisoire du rapport pour en savoir plus sur notre analyse et nos conclusions, et pour la commenter en fonction de l'expérience qui est la vôtre. Vous pouvez nous faire part de votre avis dans la rubrique Commentaires ci-dessous ou en nous adressant un courrier électronique (de préférence d’ici la fin du mois de juillet). L’équipe éditoriale continuera de peaufiner le rapport dans les semaines qui viennent, et votre avis nous sera précieux. Rendez-vous en octobre, pour la publication du rapport final !

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