Ne fermez pas votre porte aux réfugiés

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L’auteur le jour de la remise de son diplôme pour sa maîtrise à l'Université Saint-Joseph de Philadelphie en 2008.
Photo: Jenny Spinner

J’ai marché parmi des corps déchiquetés par les bombes. J’ai esquivé des grêles de balles. J’ai failli mourir entre les mains en colère de quelqu’un qui pleurait la disparition d’un proche. Comme des millions d’Iraquiens, j’ai tenté de survivre à une réalité dont la brutalité semblait sans fin.

Je ne parviens toujours pas à chasser ces images de mon esprit. Je sens encore l’odeur des cadavres. J’étais dans l’obligation d’aller là où la mort sévissait parce que j’étais reporter. Ce métier a emporté les vies de nombreux journalistes, dont mon ancien collègue au Washington Post.


Pour gratifiant qu’il fût, ce travail m’a coûté mon pays. J’ai dû trouver refuge ailleurs. Des groupes armés saisissaient la moindre occasion pour attaquer des journalistes et leur famille, tout particulièrement ceux qui travaillaient pour les médias américains. Ils les kidnappaient, les torturaient et exigeaient une rançon contre la vie sauve. Je ne voulais pas faire subir cela aux miens.

C’était en 2005. Je couvrais une attaque suicide à la bombe qui avait dévasté un restaurant populaire sur les berges du Tigre à Bagdad (a). Je suis arrivé sur les lieux deux heures plus tard. Les corps gisaient encore là, entassés. Un jeune garçon se tenait debout, en larmes, devant le corps d’un homme mort. Il criait : « Papa, réveille-toi, je t’en supplie ! ». Je suis resté figé. Et si c’était un proche ? Un frère ou un cousin ? Je suis reparti vers la voiture. J’ai jeté mon carnet et mon crayon, et j’ai pleuré. « C’est terminé, me suis-je dit. Il faut que je parte. » En 2006, j’ai postulé aux États-Unis afin d’y poursuivre mon master. J’espérais qu’en l’espace de deux ans la situation se calmerait et que je pourrais rentrer chez moi.

Mais les choses avaient en réalité empiré.

En Iraq, les groupes armés continuaient non seulement d’attaquer des journalistes mais en plus ils kidnappaient des étudiants à leur retour des États-Unis. Le bruit courait que ces diplômés comme moi étaient des agents formés au FBI et à la CIA, envoyés pour les traquer !

Tous me disaient qu’il était trop tôt pour rentrer, y compris ma famille. C’est à cette époque, en 2007, que mon ancien collègue du Washington Post, Salih Saif Aldin, a été tué à Bagdad (a). Craignant pour ma vie, un ami et ancien collègue au même journal m’a offert son aide ; afin que je puisse rester aux États-Unis, il m’a mis en rapport avec un avocat pour que je fasse une demande d’asile. C’est ainsi que mon parcours de réfugié a commencé.

Ce processus long et épuisant m’a souvent laissé en larmes. J’ai souffert de devoir tout abandonner. Refaire ma vie dans un pays où je n’avais aucun parent m’a durement éprouvé, mais le plus dur encore, c’était de me voir enfin en sécurité, alors que les miens ne l’étaient pas.

Les autorités américaines ont eu la générosité de valider ma réinstallation en 2008, mais ceux qui m’ont témoigné la plus grande générosité, ce sont les habitants des États-Unis : des chrétiens, des musulmans, des juifs et des athées m’ont accueilli dans leur pays, m’ont ouvert leur maison et m’ont traité comme l’un des leurs. Ils m’ont aidé à trouver un emploi après l’obtention de mon diplôme. Ils m’ont appris que chacun a sa place ici. Ils donnaient vie au rêve américain.

Si le gouvernement et le peuple américains ne m’avaient pas apporté leur secours, je serais probablement mort d’une balle dans la tête, victime anonyme de la guerre parmi des centaines de milliers d’autres.

Mais aujourd’hui, j’ai la nationalité américaine, et rien ne me rend plus fier. Grâce à l’aide de mes frères américains, j’ai pu repartir de zéro et obtenir un poste à la Banque mondiale. Fort de ce soutien, j’ai pu fonder une famille en toute sécurité. Ceux qui m’ont ouvert leur porte ont rendu service à l’humanité. Comme moi, de nombreux autres réfugiés ont été accueillis et aidés.

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