Un nouveau guide pratique pour aider les pays à développer l’identification numérique

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Au cours de la dernière décennie, un nombre croissant de pays ont introduit ou amélioré leurs systèmes d’identification numérique et modernisé leur état civil.

Par exemple, le Maroc met actuellement en place un nouveau registre national de la population et un mécanisme numérique d’identification civile et sociale pour réformer son système de protection sociale . Le Maroc sera ainsi le premier pays à participer au développement de la plateforme d’identification open source MOSIP (a) et à l’utiliser. Autre exemple : la Somalie, où la proportion d’habitants sans preuve d’identité est l’une des plus élevées au monde, a lancé un plan ambitieux pour créer un système d’identification numérique afin d’élargir l’accès aux services financiers , en particulier aux transferts d’argent internationaux. De son côté, la Thaïlande a lancé une plateforme nationale d’identification numérique (a) unifiée afin d’ouvrir des perspectives dans l’économie numérique et faciliter l’activité des entreprises.

Le degré d’avancement vers la numérisation des preuves d’identité est différent selon ces pays, mais tous partagent le même but : que personne ne soit laissé pour compte.

Les systèmes d’identification numérique sont importants, car ils contribueront à lever un obstacle auquel se heurtent environ un milliard de personnes dans le monde : prouver leur identité légale (a). S’ils sont mis en œuvre d’une manière inclusive, fiable et durable — pour garantir de « bonnes » pièces d’identité (a) — ils pourront révolutionner l’accès et les modes de fourniture des services, favoriser l’inclusion et renforcer la confiance dans l’économie numérique.

Outre l’atteinte de la cible 9 du 16e Objectif de développement durable (ODD), qui prévoit de « garantir à tous une identité juridique, notamment grâce à l’enregistrement des naissances », les systèmes d’identification numérique peuvent accélérer les progrès vers la réalisation de nombreuses autres cibles des ODD (a), comme l’inclusion financière (a), l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes et des filles (a), la couverture sanitaire universelle (a) et l’agriculture (a). Le potentiel de développement est immense.

Toutefois, l’introduction de tels systèmes peut poser différents problèmes. Au niveau individuel, d’une part, avec les dangers liés à la protection des données et au respect de la vie privée, mais aussi un risque d’exclusion des groupes ne pouvant pas obtenir ou utiliser les titres numériques. Et au niveau des pouvoirs publics, d’autre part, confrontés à la difficulté d’échapper au « verrouillage » technologique imposé par des fournisseurs et à la mise en place de systèmes non viables et inadaptés à leurs besoins.

Un nouveau guide pratique pour allier identification numérique et développement

Comment les pays peuvent-ils tirer parti des avantages de l’identification numérique tout en limitant les risques ? 

L’initiative Identification pour le développement (ID4D) (a) du Groupe de la Banque mondiale vient d’élaborer un guide pratique destiné à aider les gouvernements, les équipes de la Banque, le secteur privé et les autres partenaires du développement à définir et mettre en place des systèmes conformes aux dix Principes généraux sur l’identification pour un développement durable, aujourd’hui approuvés par 25 organisations. La version provisoire de ce guide (a) conçu pour offrir une ressource complète et conviviale a été récemment rendue publique pour une consultation ouverte à tous (jusqu’à la fin du mois de juin).

Plutôt que de préconiser un modèle spécifique de système d’identification numérique, le guide explique d’abord au lecteur les décisions clés à prendre et les options techniques de bonnes pratiques, pour concevoir un système entièrement nouveau ou pour améliorer un système existant. Il propose ensuite une analyse et des liens vers des outils plus poussés pour évaluer l’adéquation de différents choix de conception selon le contexte et les objectifs.

Structure du Guide du praticien de l’ID4D

Structure du Guide du praticien de l’ID4D


Cette publication est le fruit d’un important travail d’analyse réalisé par l’initiative ID4D au cours des cinq dernières années. Elle repose aussi sur les vastes connaissances pratiques acquises par la Banque mondiale grâce à son expérience de mise en œuvre et de conseil dans plus de 40 pays (voir le Rapport annuel 2018 ID4D [a] pour plus d’information). Ces ressources englobent plus de 30 diagnostics-pays (a) et des études de cas, notamment sur le Botswana, l’Estonie, la Corée, la Moldova, l’Inde et l’Afrique du Sud (a). Elles comprennent également de nombreuses publications de recherche : panorama technologique (a), état des lieux de l’identification en Afrique (a), rôle de l’identification dans le contexte de déplacements forcés (a), options de reconnaissance mutuelle de systèmes d’identification nationaux au sein de la Communauté de l’Afrique de l’Est (a), etc. En outre, d’éminents spécialistes (y compris le groupe d’experts techniques ID4D [a]) ont enrichi ce guide de leurs précieuses contributions dans de multiples domaines, depuis les supports d’identification biométriques, physiques et mobiles, jusqu’à la cybersécurité, au respect de la vie privée dès la conception et aux solutions de stockage des données.

Le guide s’inspire et complète également d’autres outils pratiques conçus par les équipes ID4D : sa note d’orientation sur l’évaluation des environnements favorables à l’identification (a) pour déterminer si les lois et règlements existants sont propices à l’introduction de systèmes numériques d’identification, son modèle de coût (a) qui fournit des références et des comparaisons, ou encore son catalogue de normes techniques internationales pour favoriser l’interopérabilité et la neutralité technologique des fournisseurs. D’autres outils seront bientôt mis à disposition, pour permettre de mener des études approfondies sur les différents groupes d’utilisateurs, notamment les femmes, afin de cerner précisément les attentes comme les préoccupations des populations vulnérables à propos des systèmes d’identification et d’authentification.

Bientôt un site web

Les systèmes d’identité numérique n’en sont qu’à leurs débuts et évoluent rapidement. C’est pourquoi un site web sera bientôt consacré au nouveau guide, qui sera régulièrement actualisé pour refléter les nouvelles connaissances disponibles. Dans un premier temps, l’initiative ID4D prévoit de poursuivre son action avec la communauté internationale pour renforcer la protection des données et la dimension humaine des systèmes d’identification. Elle s’appuiera pour cela sur la dynamique créée par le concours Mission Billion Innovation Challenge et conduira des recherches en liaison avec ses partenaires pour relever de nouveaux défis et exploiter de nouvelles opportunités. Ces études porteront entre autres sur les aspects suivants : le recensement de bonnes pratiques pour que les partenariats public-privé soient efficaces et durables ; la formulation d’arguments concrets pour inciter les pays en développement à adopter des modèles fédérés ou décentralisés ; la détermination de solutions de remplacement à la biométrie pour garantir le caractère unique de l’identité ; la mise au point de méthodes d’authentification sans connectivité fiables et rentables ; l’utilisation appropriée des systèmes d’identification numérique dans les contextes humanitaires. Par ailleurs, nous intensifions aussi nos travaux sur les évaluations d’impact, la recherche sur les utilisateurs finaux et l’implication de la société civile. Tous ces aspects seront régulièrement intégrés aux futures mises à jour du guide.

Le développement des systèmes d’identité numérique est en plein essor et nous espérons que ce guide sera un outil utile et formateur pour tous les lecteurs.

Cette publication n’aurait pas vu le jour sans la collaboration et le soutien généreux de la Fondation Bill & Melinda Gates, du Réseau Omidyar et du gouvernement australien. Nous attendons avec impatience vos contributions, n’hésitez pas à nous faire part de vos commentaires tout au long du mois de juin, par courriel à l’adresse suivante : [email protected]

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