Préparer les jeunes du Lesotho à la quatrième révolution industrielle grâce au développement de compétences stimulé par le soutien parental

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Que faudra-t-il pour que les jeunes du Lesotho acquièrent des aptitudes numériques ? Avant tout, il faut qu’ils changent leur comportement vis-à-vis des smartphones et d’Internet.

Il y a quelques mois, alors que j’assistais au Forum Selibeng, j’ai entendu parler d’un enseignant de lycée qui avait du mal à aider ses élèves via WhatsApp car les parents d’élèves ne leur en autorisait pas l’accès. Cela n’a rien d’inhabituel : de nombreux parents en Afrique voient encore la technologie d’un mauvais œil. Nombreux sont ceux qui achètent de grandes marques de smartphones comme indicateurs de leur statut social, mais qui ne participent pas réellement à l’économie numérique, et encore moins à la création d’emplois. Un moyen de modifier cette perception négative chez les générations les plus âgées serait que les États et les autres autorités concernées lancent des campagnes de relations publiques massives. Si nous avons besoin de telles mesures à grande échelle de la part des autorités, c’est parce que les parents écoutent ce qu’elles ont à dire, plutôt que leurs enfants – quelle que soit la justesse de leurs arguments. Tant que les parents n’ont pas une compréhension suffisante de l’importance de l’économie numérique et de ce que sera l’avenir du monde du travail pour soutenir leurs enfants dans ce processus, ce sera presque impossible pour les jeunes de développer les compétences exigées. Nous faisons déjà partie des consommateurs majeurs de smartphones, nous devons seulement commencer à les utiliser pour en tirer encore plus profit.

Pour ce qui est des compétences exigées, avant de parler de l’avenir du travail, il nous faut parler de l’avenir de l’éducation. Les jeunes doivent commencer à envisager leurs smartphones comme des outils de participation à l’économie numérique et de création d’emploi, et pas seulement comme des objets de divertissement. Ils doivent être désireux d’en savoir plus sur les capacités qu’ils tiennent entre leurs mains.

Dans mon pays, de nombreux jeunes gens mettent leur vie créative en sommeil au profit de leur scolarité. Parents comme élèves pensent qu’aller en classe est ce qu’il y a de plus important. Ils en oublient de cultiver leurs autres talents créatifs et de se préparer aux opportunités des emplois de demain. Aussi comptons-nous une multitude de diplômés chômeurs. L’avantage est qu’ils ont énormément de temps libre pour apprendre et créer de bons produits. Le facteur limitant, c’est la pénurie de ressources de base telles que l’accès Internet.

Pour traiter avec la jeunesse, nous devons entreprendre de redéfinir ce qui est « cool » au-delà de la salle de classe. Ce qui est cool, ce n’est pas seulement posséder le dernier smartphone. Le « nouveau cool », c’est un entrepreneuriat qui apporte une idée totalement nouvelle et qui crée un écosystème durable pour cette idée. Nous devons commencer à encourager les jeunes à se servir des technologies de façon créative pour générer des emplois et résoudre des problèmes liés à l’économie numérique. C’est là qu’entrent en jeu une couverture réseau à 100 % et des coûts Internet subventionnés. C’est en cela que South Africa Connect est une initiative brillante. Nous ne pouvons passer sous silence l’Afrique du Sud, non seulement parce que le Lesotho y est enclavé, mais parce qu’il copie souvent les politiques sud-africaines. Tout bonnement, une idée répandue veut que ce que fait l’Afrique du Sud est tout aussi bien pour le Lesotho.

Mais l’accès Internet ne suffit pas pour renforcer ses compétences : il faut aussi un peu de contact humain. En fait, pour les gens qui doivent acquérir de nouvelles aptitudes, il faut beaucoup de contact humain. Pour faire la transition de simples connaissances à une économie basée sur les compétences, il faudra des ateliers où il existe un contact direct avec les formateurs ainsi qu’une collaboration créative sous forme de pépinières, à la fois pour les entrepreneurs et les sociétés. Par exemple, j’applaudis les entreprises telles que Technify et Hyperion Development pour leurs efforts visant à préparer les gens à l’avenir du travail. Technify organise des ateliers mensuels gratuits de conception de sites web, des tutoriels et d’autres événements, tandis que Hyperion Development est un site éducatif qui propose de développer des compétences dans des domaines (comme le codage) qui seront utiles à l’avenir. L’astuce, c’est d’identifier des sociétés qui accomplissent déjà des choses, pour ensuite amplifier leur impact.

Au final, il faudra une attitude positive de la part des parents, une utilisation raisonnée de la technologie par les jeunes, une meilleure couverture réseau, un accès Internet abordable et un financement bien ciblé, en lien avec des pépinières, pour préparer la jeunesse du Lesotho à un avenir qui sera numérique.

Auteurs

Khothatso Everestus Kolobe

Lauréat du concours Blog4Dev 2019 au Lesotho, organisé par la Banque mondiale en Afrique.

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