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Ce qui Compte, ce n’est pas le Comment mais le Pourquoi

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Il ne se passe guère de semaine sans que j’entende quelqu’un affirmer que ce qui importe, ce n’est pas ce qu’on fait mais la manière dont on le fait. Prenez la réforme des subventions énergétiques au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Le débat porte non pas sur le principe de la réforme (chacun convenant qu’elle est utile) mais sur ses modalités. On entend d’ailleurs les mêmes arguments quand il s’agit de la réglementation des activités commerciales, de l’éducation, de l’agriculture ou de la santé. Et, je l’admets, j’ai alimenté moi aussi cette tendance, comme d’autres d’ailleurs sur ce blog
 
Les réformes s’imposent dès lors que les dispositions politiques ou institutionnelles en place deviennent contreproductives. Mais avant de s’intéresser à la manière de procéder, nous devrions nous demander pourquoi une politique a vu le jour, pourquoi elle a perduré si longtemps et pourquoi elle n’a jamais été réformée auparavant. Car une politique ne tombe pas du ciel. Sa longévité ne s’explique pas par un simple oubli. Et ce n’est pas non plus parce qu’il lit un jour un livre, un article ou un billet consacré à l’art de réformer qu’un décideur choisira de tout remettre à plat.

Lorsque les chiffres parlent

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Les mythes du commerce informel dans les pays en développement

Commuters at the Wynberg Taxi rank in Cape Town on their way home. Par définition, le commerce informel est difficile à mesurer car même si tout le monde l’a vu, il n’apparaît pas dans les statistiques officielles.  Ainsi,  les estimations sont souvent difficiles à mener et souvent assez coûteuses car demandent de recouper de nombreuses informations (données douanières, données d’enquêtes aux frontières, statistiques économiques et sociales locales, interviews des acteurs et parties prenantes dans les secteurs concernés).

Mais ceci semble porter ses fruits : à mesure que la production d’informations et de données avancent, certaines affirmations fondées sur des rumeurs voire des croyances sont contredites par la réalité des chiffres. C’est d’autant plus intéressant que les mêmes phénomènes et caractéristiques du commerce informel se retrouvent, que ce soit en Asie centrale, Afrique sub-saharienne et Afrique du nord.

Quelles sont les Sources de la Corruption ?

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Dans un précédent blog j’ai évoqué les facteurs qui concourent à faire de la corruption un sujet désormais central dans les débats autour de ce qui constitue une gestion économique saine. L’origine de la corruption est un aspect connexe : d’où vient-elle, de quoi se nourrit-elle et comment est-elle devenue cet obstacle à un développement économique durable ?

Les économistes semblent d’accord sur un point : l’apparition de pratiques corrompues est liée aux attributs d’un État en matière de répartition des richesses. Pour le meilleur ou pour le pire, l’État a pris une place grandissante dans l’économie au cours des 100 dernières années : en 1913, les 13 plus puissantes économies du monde (qui assuraient l’essentiel de la production mondiale) affichaient un rapport dépenses publiques/PIB d’environ 12 %. En 1990, ce rapport était passé à 43 % et, dans bien des cas, il dépassait les 50 %. Cette montée en puissance est associée aux multiples avantages découlant du contrôle de l’État mais aussi aux différentes solutions dont dispose un État pour imposer des coûts sociaux. Même si omniprésence étatique ne rime pas toujours avec corruption généralisée — les pays nordiques le montrent bien — il faut reconnaître que plus les interactions entre fonctionnaires et citoyens sont nombreuses, plus les occasions pour les seconds de vouloir graisser la patte aux premiers (pour bénéficier d’avantages indus ou pour s’affranchir de responsabilités ou de coûts qui leur incombent) augmentent.

La Corruption est un Sujet moins Tabou Aujourd’hui qu’il y a Vingt-cinq ans. Pourquoi ?

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Pour ceux d’entre nous qui nous sommes intéressés à la corruption pendant l’essentiel de notre carrière, le constat est évident : quelque chose s’est passé au tournant des années 1990 dans la manière dont la communauté du développement envisageait la corruption et son impact sur le processus de développement. L’évolution a d’abord été timide : la réticence à aborder une question dont on pensait qu’elle débordait largement dans la sphère politique a persisté tandis qu’il était toujours plus question de l’importance de la « bonne gouvernance » pour un développement réussi. Comment expliquer un tel changement ? La première raison qui vient à l’esprit, c’est la chute du mur de Berlin et l’effondrement consécutif de l’économie planifiée, longtemps considérée comme une alternative viable à l’économie de marché. Personne n’en doutait : la faillite de la planification ne devait rien à des politiques monétaires inadaptées mais tout aux manquements généralisés des institutions, parmi lesquels un cocktail délétère fait d’autoritarisme (et donc d’impunité) et de corruption.

Des subsides en liquide !

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Un excellent article (a) est paru cette semaine dans le journal The Economist sur la pertinence, pour la lutte contre la pauvreté, des transferts en espèces (conditionnels ou non) versés aux plus démunis. Disant de cet article qu'il s'agissait sans doute du « meilleur traitement journalistique de ce sujet », Chris Blattman (a), l'un des chercheurs dont les travaux ont apporté de l'eau à ce moulin, souligne avec regret le fait que ce genre de papier ne suscite généralement aucun intérêt de la part du comité Pulitzer. Quoi qu’il en soit, l’idée en question présente un immense potentiel pour changer les choses.

Transferts de fonds - réduire la pauvrete actuelle et futureIl est établi (a) depuis un certain temps que les allocations versées aux parents à la condition qu’ils envoient leurs enfants à l'école ou chez le médecin améliorent concrètement les résultats en matière de santé et d'éducation. Plus récemment, des études (a) ont montré que les transferts en espèces non conditionnels pouvaient avoir les mêmes effets. Les travaux (a) de Chris Blattman démontrent qu'il est financièrement plus fructueux de donner de l'argent aux jeunes inactifs pour qu’ils développent un projet plutôt que d'utiliser ces fonds pour leur proposer des cours de formation professionnelle.

La confiance est-elle un facteur crucial de réussite pour les entreprises ? (2e partie)

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Diriger une petite entreprise dans un pays en développement n’est pas chose facile. De nombreux chefs d’entreprise n’ont pas fait assez d’études pour gérer leur affaire avec efficience. Ils se heurtent de plus à un environnement difficile, où les prédateurs abondent, qu’il s’agisse de clients qui refusent de payer leurs achats, de salariés qui partent en volant du matériel ou de créanciers qui exigent des taux d’intérêt exorbitants. Nombre de ces problèmes s’expliquent par le manque de confiance (voir la 1re partie). Malheureusement, dans la plupart des pays en développement, les canaux traditionnels de la régulation et de la confiance entre la population et les entreprises n’ont pas encore été remplacés par de nouveaux mécanismes. Il faut que cela change.

Maasai women make, sell and display their bead workDe nombreux détails qui font la différence
Dans le monde industrialisé, les propriétaires de petites entreprises sont généralement plus instruits et plus aisés que le citoyen moyen. Ainsi, aux États-Unis, ils sont environ trois fois plus riches. L’entrepreneuriat est un choix, surtout pour ceux qui disposent du capital de départ, et grâce à ce mécanisme d’auto-sélection, les petites entreprises se développent car leurs propriétaires sont aussi les plus capables d’en assurer le succès.
 
Dans les pays en développement, en revanche, l’entrepreneuriat n’est pas un choix pour l’immense majorité des créateurs d’entreprise. Bien souvent, il s’agit de leur seule option de survie économique. C’est la raison pour laquelle le taux d’entrepreneuriat est quatre fois plus élevé en Ouganda et en Tanzanie qu’aux États-Unis, et 10 fois plus élevé que celui mesuré en France. Cependant, ces entrepreneurs n’ont guère fait d’études et pâtissent de moyens financiers très réduits et d’un accès limité au crédit. Ces facteurs expliquent pourquoi on s’attache autant à améliorer leurs actifs et leurs capacités, essentiellement via le développement des qualifications et par un accès plus facile au crédit. Il apparaît que la plupart des programmes qui portent leurs fruits sont ceux qui ciblent les jeunes entrepreneurs en combinant formation et dispositifs de financement.
 

L'émergence d'une classe moyenne en Afrique

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Ces 15 dernières années, la forte croissance économique a produit des changements visibles dans toute l'Afrique. Toute personne qui se rend dans des villes africaines ne peut que remarquer qu'une classe moyenne est en train d'émerger sur le continent. Cette classe moyenne (définie comme la part de la population gagnant entre 2 et 20 dollars par jour en 2010) devrait passer de 355 millions d'individus (34 % de la population) à 1,1 milliard (42 % de la population) d'ici 2060. Néanmoins, environ 60 % d'entre eux (autour de 180 millions de personnes) ne sont pas très loin du seuil de la pauvreté : ils forment la « catégorie flottante », composée d'individus gagnant entre 2 et 4 dollars par jour. Ces derniers se trouvent dans une position vulnérable et risquent à tout moment de retomber dans la pauvreté si un choc imprévu survient, par exemple en cas de perte de sources de revenus ou de décès du chef de famille.

La classe moyenne africaine est essentielle à la croissance économique et primordiale pour le développement de la démocratie. Elle va être amenée à jouer un rôle clé dans le rééquilibrage de l'économie africaine. Les dépenses de consommation de la classe moyenne ont atteint un montant estimé à 680 milliards de dollars en 2008, c'est-à-dire quasiment le quart du PIB de l'Afrique. D'ici 2030, ce chiffre devrait atteindre 2 200 milliards de dollars, l'Afrique représentant alors environ 3 % de la consommation mondiale.
Pointing out business processess at ITU-Inveneo ICT Entrepreneurship TrainingSi les ménages de la classe moyenne ont la réputation de beaucoup épargner, ils consacrent tout de même une part de leur budget aux loisirs. Notre analyse (a) montre que les ménages de la classe moyenne sont enclins à dépenser davantage dans les services privés d'enseignement et de santé, ainsi que dans les équipements domestiques comme les téléviseurs et les réfrigérateurs. En plus de bénéficier d'un confort matériel supérieur, les ménages de la classe moyenne sont en général plus heureux et plus optimistes concernant l'avenir que leurs compatriotes plus pauvres.
 

La Confiance est-elle un facteur crucial de réussite pour les entreprises ?

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Voilà environ cinq ans que Victoria dirige une petite entreprise qui vend des ordinateurs et du matériel médical à Dar-es-Salaam. Elle gagne certes de l’argent, mais son entreprise n’est pas suffisamment prospère pour lui permettre d’embaucher un salarié supplémentaire.
 
Par comparaison avec les tendances observées dans les économies industrialisées et émergentes, les petites entreprises telles que celle de Victoria, qui opèrent dans les pays en développement, ne parviennent en général pas à devenir d’importants vecteurs de croissance, de création d’emplois et d’innovation. On attribue le plus souvent cette incapacité à l’insuffisance des qualifications et des moyens financiers des entrepreneurs locaux, qui se conjugue à des coûts administratifs et de transport prohibitifs.
 
Maasai women make, sell and display their bead workAussi pertinents que ces arguments puissent être, ils passent toutefois à côté d’un facteur crucial : la confiance ou, en l’occurrence, le manque de confiance des petites entreprises dans l’environnement dans lequel elles opèrent.
 
La défiance, ou le manque de confiance, entrave à bien des égards le succès des petites entreprises. Elle transparaît notamment dans le fait que celles-ci exigent le paiement d’avance de 100 % du montant dû, pour éviter le risque que le client ne règle pas sa facture une fois la marchandise livrée. Cette politique leur porte préjudice dans la mesure où elles perdent les clients ne disposant pas toujours immédiatement des ressources requises en raison d’une trésorerie serrée. D’ailleurs, aux États-Unis, où moins de 20 % des transactions sont réglées au comptant, une entreprise risquerait de faire fuir de nombreux clients si elle adoptait une telle politique.
 
Une petite structure comme celle de Victoria souffre également de son propre personnel. Du fait de la défiance, lorsqu’elles parviennent à embaucher, ces petites entités recrutent exclusivement des travailleurs en qui elles ont « confiance », à savoir le plus souvent des membres de leur famille ou de leur groupe ethnique. De fait, en Tanzanie, seules 10 % des entreprises ont embauché des travailleurs n’appartenant pas à la famille du dirigeant.(Tanzania National Panel Survey 2010/11) Or, les membres de la famille ou de la tribu ne sont pas forcément les plus compétents pour l’emploi concerné, ce qui peut nuire à l’innovation, et donc à la croissance de l’entreprise.

Pourquoi je blogue

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IN049S07 World Bank
 

Je blogue pour une raison simple : les pauvres sont pauvres parce que les marchés sont défaillants, et parce que les pouvoirs publics le sont aussi. Lorsque les marchés n’assurent pas une offre suffisante de biens publics (cela peut concerner par exemple l’assainissement de zones marécageuses ou la pulvérisation aérienne de produits de lutte contre les criquets), les pouvoirs publics sont censés prendre le relais, fournir les services publics en question et s'en attribuer le mérite. Mais lorsque les pouvoirs publics sont également défaillants — par exemple lorsque les enseignants des écoles publiques multiplient les absences (a), que les médecins du public ne font plus de consultations dans les hôpitaux publics pour contraindre les patients à se tourner vers les cliniques privées payantes (a) ou que les coûts de transport deviennent prohibitifs parce qu'un transporteur routier lié au parti au pouvoir est en situation de monopole — il devient difficile de déterminer qui sera en mesure de résoudre le problème. En effet, ces défaillances des pouvoirs publics sont le résultat d'intérêts politiques puissants qui profitent du système au détriment des plus pauvres, et ceux qui tentent de s'attaquer à ces problèmes courent le risque de perdre les élections suivantes.