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septembre 2013

La Confiance est-elle un facteur crucial de réussite pour les entreprises ?

Jacques Morisset's picture
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Voilà environ cinq ans que Victoria dirige une petite entreprise qui vend des ordinateurs et du matériel médical à Dar-es-Salaam. Elle gagne certes de l’argent, mais son entreprise n’est pas suffisamment prospère pour lui permettre d’embaucher un salarié supplémentaire.
 
Par comparaison avec les tendances observées dans les économies industrialisées et émergentes, les petites entreprises telles que celle de Victoria, qui opèrent dans les pays en développement, ne parviennent en général pas à devenir d’importants vecteurs de croissance, de création d’emplois et d’innovation. On attribue le plus souvent cette incapacité à l’insuffisance des qualifications et des moyens financiers des entrepreneurs locaux, qui se conjugue à des coûts administratifs et de transport prohibitifs.
 
Maasai women make, sell and display their bead workAussi pertinents que ces arguments puissent être, ils passent toutefois à côté d’un facteur crucial : la confiance ou, en l’occurrence, le manque de confiance des petites entreprises dans l’environnement dans lequel elles opèrent.
 
La défiance, ou le manque de confiance, entrave à bien des égards le succès des petites entreprises. Elle transparaît notamment dans le fait que celles-ci exigent le paiement d’avance de 100 % du montant dû, pour éviter le risque que le client ne règle pas sa facture une fois la marchandise livrée. Cette politique leur porte préjudice dans la mesure où elles perdent les clients ne disposant pas toujours immédiatement des ressources requises en raison d’une trésorerie serrée. D’ailleurs, aux États-Unis, où moins de 20 % des transactions sont réglées au comptant, une entreprise risquerait de faire fuir de nombreux clients si elle adoptait une telle politique.
 
Une petite structure comme celle de Victoria souffre également de son propre personnel. Du fait de la défiance, lorsqu’elles parviennent à embaucher, ces petites entités recrutent exclusivement des travailleurs en qui elles ont « confiance », à savoir le plus souvent des membres de leur famille ou de leur groupe ethnique. De fait, en Tanzanie, seules 10 % des entreprises ont embauché des travailleurs n’appartenant pas à la famille du dirigeant.(Tanzania National Panel Survey 2010/11) Or, les membres de la famille ou de la tribu ne sont pas forcément les plus compétents pour l’emploi concerné, ce qui peut nuire à l’innovation, et donc à la croissance de l’entreprise.

Pourquoi je blogue

Shanta Devarajan's picture
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Je blogue pour une raison simple : les pauvres sont pauvres parce que les marchés sont défaillants, et parce que les pouvoirs publics le sont aussi. Lorsque les marchés n’assurent pas une offre suffisante de biens publics (cela peut concerner par exemple l’assainissement de zones marécageuses ou la pulvérisation aérienne de produits de lutte contre les criquets), les pouvoirs publics sont censés prendre le relais, fournir les services publics en question et s'en attribuer le mérite. Mais lorsque les pouvoirs publics sont également défaillants — par exemple lorsque les enseignants des écoles publiques multiplient les absences (a), que les médecins du public ne font plus de consultations dans les hôpitaux publics pour contraindre les patients à se tourner vers les cliniques privées payantes (a) ou que les coûts de transport deviennent prohibitifs parce qu'un transporteur routier lié au parti au pouvoir est en situation de monopole — il devient difficile de déterminer qui sera en mesure de résoudre le problème. En effet, ces défaillances des pouvoirs publics sont le résultat d'intérêts politiques puissants qui profitent du système au détriment des plus pauvres, et ceux qui tentent de s'attaquer à ces problèmes courent le risque de perdre les élections suivantes.