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La Confiance est-elle un facteur crucial de réussite pour les entreprises ?

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Voilà environ cinq ans que Victoria dirige une petite entreprise qui vend des ordinateurs et du matériel médical à Dar-es-Salaam. Elle gagne certes de l’argent, mais son entreprise n’est pas suffisamment prospère pour lui permettre d’embaucher un salarié supplémentaire.
 
Par comparaison avec les tendances observées dans les économies industrialisées et émergentes, les petites entreprises telles que celle de Victoria, qui opèrent dans les pays en développement, ne parviennent en général pas à devenir d’importants vecteurs de croissance, de création d’emplois et d’innovation. On attribue le plus souvent cette incapacité à l’insuffisance des qualifications et des moyens financiers des entrepreneurs locaux, qui se conjugue à des coûts administratifs et de transport prohibitifs.
 
Maasai women make, sell and display their bead workAussi pertinents que ces arguments puissent être, ils passent toutefois à côté d’un facteur crucial : la confiance ou, en l’occurrence, le manque de confiance des petites entreprises dans l’environnement dans lequel elles opèrent.
 
La défiance, ou le manque de confiance, entrave à bien des égards le succès des petites entreprises. Elle transparaît notamment dans le fait que celles-ci exigent le paiement d’avance de 100 % du montant dû, pour éviter le risque que le client ne règle pas sa facture une fois la marchandise livrée. Cette politique leur porte préjudice dans la mesure où elles perdent les clients ne disposant pas toujours immédiatement des ressources requises en raison d’une trésorerie serrée. D’ailleurs, aux États-Unis, où moins de 20 % des transactions sont réglées au comptant, une entreprise risquerait de faire fuir de nombreux clients si elle adoptait une telle politique.
 
Une petite structure comme celle de Victoria souffre également de son propre personnel. Du fait de la défiance, lorsqu’elles parviennent à embaucher, ces petites entités recrutent exclusivement des travailleurs en qui elles ont « confiance », à savoir le plus souvent des membres de leur famille ou de leur groupe ethnique. De fait, en Tanzanie, seules 10 % des entreprises ont embauché des travailleurs n’appartenant pas à la famille du dirigeant.(Tanzania National Panel Survey 2010/11) Or, les membres de la famille ou de la tribu ne sont pas forcément les plus compétents pour l’emploi concerné, ce qui peut nuire à l’innovation, et donc à la croissance de l’entreprise.

La défiance est également présente dans les efforts déployés par les entreprises pour accéder au crédit, vital pour leur expansion. Privées d’accès au crédit, elles sont contraintes de retarder des investissements cruciaux, ainsi que d’autres décisions. Et ceux qui sont en mesure de leur prêter de l’argent (les « requins » du secteur informel), finissent souvent par imposer des exigences démesurées en termes de taux d’intérêt et de conditions générales, car ils craignent que l’emprunteur ne rembourse pas. D’un autre côté, les patrons des petites entreprises, comme Victoria, sont souvent réticents à emprunter, parce qu’ils ont l’impression que les modalités et conditions sont conçues pour aboutir à une saisie, quels que soient les actifs donnés en garantie.
 
La défiance dans l’environnement général est exacerbée par la fréquence des vols à main armée et autres agressions, y compris l’introduction de drogues dans la nourriture et les boissons, ce qui peut compromettre le fonctionnement normal d’une entreprise si vous n’êtes pas en mesure de rassurer votre clientèle (par exemple en investissant dans des dispositifs de sécurité autour de vos locaux si vous dirigez un restaurant). Certes, à Dar-es-Salaam, le niveau d’insécurité n’atteint pas encore celui déploré à Nairobi ou à Lagos, mais il a néanmoins fortement augmenté ces dernières années. Cette insécurité n’est pas exclusivement un phénomène urbain en Tanzanie : elle constitue aujourd’hui aussi un sujet de préoccupation de premier plan dans les zones rurales. En 2010/11, plus de 80 000 têtes de bétail et un demi-million de porcelets ont été volés.(Tanzania National Panel Survey 2010/11)
Les risques abondent pour une entreprise, en particulier pour une petite entreprise. Et si les entités plus grandes seront à même de se protéger contre certains de ces risques, comme le vol, via une assurance ou d’autres mesures telles que l’installation de systèmes de sécurité ou de logiciels sophistiqués, par nature, les petites entreprises du monde en développement en sont simplement incapables, faute de temps et d’argent.
 
Pour transformer les petites entreprises en vecteurs de croissance et de création d’emplois, il faudra adopter une série de mesures destinées à restaurer la confiance dans leur environnement. Je décrirai ces mesures dans mon prochain billet. À suivre...