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La confiance est-elle un facteur crucial de réussite pour les entreprises ? (2e partie)

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Diriger une petite entreprise dans un pays en développement n’est pas chose facile. De nombreux chefs d’entreprise n’ont pas fait assez d’études pour gérer leur affaire avec efficience. Ils se heurtent de plus à un environnement difficile, où les prédateurs abondent, qu’il s’agisse de clients qui refusent de payer leurs achats, de salariés qui partent en volant du matériel ou de créanciers qui exigent des taux d’intérêt exorbitants. Nombre de ces problèmes s’expliquent par le manque de confiance (voir la 1re partie). Malheureusement, dans la plupart des pays en développement, les canaux traditionnels de la régulation et de la confiance entre la population et les entreprises n’ont pas encore été remplacés par de nouveaux mécanismes. Il faut que cela change.

Maasai women make, sell and display their bead workDe nombreux détails qui font la différence
Dans le monde industrialisé, les propriétaires de petites entreprises sont généralement plus instruits et plus aisés que le citoyen moyen. Ainsi, aux États-Unis, ils sont environ trois fois plus riches. L’entrepreneuriat est un choix, surtout pour ceux qui disposent du capital de départ, et grâce à ce mécanisme d’auto-sélection, les petites entreprises se développent car leurs propriétaires sont aussi les plus capables d’en assurer le succès.
 
Dans les pays en développement, en revanche, l’entrepreneuriat n’est pas un choix pour l’immense majorité des créateurs d’entreprise. Bien souvent, il s’agit de leur seule option de survie économique. C’est la raison pour laquelle le taux d’entrepreneuriat est quatre fois plus élevé en Ouganda et en Tanzanie qu’aux États-Unis, et 10 fois plus élevé que celui mesuré en France. Cependant, ces entrepreneurs n’ont guère fait d’études et pâtissent de moyens financiers très réduits et d’un accès limité au crédit. Ces facteurs expliquent pourquoi on s’attache autant à améliorer leurs actifs et leurs capacités, essentiellement via le développement des qualifications et par un accès plus facile au crédit. Il apparaît que la plupart des programmes qui portent leurs fruits sont ceux qui ciblent les jeunes entrepreneurs en combinant formation et dispositifs de financement.
 


De plus, il a été largement rapporté que la plupart des pays en développement, dont la Tanzanie, se situent au bas des classements Doing Business sur la facilité de faire des affaires établis par la Banque mondiale Et contrairement à ce que l’on croit souvent, les entreprises informelles se trouvent aussi sur l’écran radar des pouvoirs publics, surtout au niveau local. Si elle n’est pas enregistrée officiellement, une dirigeante d’entreprise comme Victoria est néanmoins tenue de payer des droits et taxes multiples, légitimes ou non, à diverses agences qui vont des autorités fiscales tanzaniennes à la municipalité, en passant par les autorités locales.
 
Les petites entreprises ploient aussi sous des coûts opérationnels élevés, surtout des coûts de transport, ce qui les empêche d’optimiser leur combinaison de compétences et de ressources et d’atteindre leur clientèle potentielle. On estime que chaque mois, les embouteillages à Dar-es-Salam coûtent l’équivalent de 20 dollars par personne (environ 30 % du salaire mensuel moyen perçu par un travailleur dans cette ville).  (Center for Economic Prosperity)
 
Conscients de l’importance des petites entreprises pour l’économie, de nombreux gouvernements, y compris celui de la Tanzanie, tentent de remédier à ces problèmes et prennent différentes mesures pour ce faire. Ces efforts tirent parti d’autres évolutions, comme le boom récent de la téléphonie mobile en Tanzanie, qui contribue considérablement à réduire les distances, ce qui facilite le fonctionnement des petites entreprises.
 
La défiance ou le défi de la confiance…

Mais les problèmes posés par la défiance, inhérente à cet environnement et omniprésente, sont tout à fait singuliers, et probablement difficiles à atténuer. Lorsque l’on admet leur existence, c’est simplement pour les attribuer à des freins culturels, ce qui constitue une autre manière de dire que l’on ne peut rien y faire. Pourtant, la défiance constitue une problématique cruciale pour la Tanzanie, ainsi que pour la plupart des autres pays en développement, en raison de deux tendances corrélées : l’urbanisation, qui tend à éliminer les canaux traditionnels de la régulation et de la confiance entre les individus ou à les rendre moins efficaces, et la quasi-absence de l’état de droit.
 
Restaurer la confiance dans l’environnement d’affaires représente un effort à long terme et il n’existe pas de chemin tout tracé pour y parvenir. Dans toute société, des mécanismes veillent à l’application des règles collectives et sanctionnent ceux qui les enfreignent. Aux États-Unis, c’est un système judiciaire solide, relayé par des institutions, qui joue ce rôle, avec une certaine efficacité. En France, ce sont les instances collectives, comme la fonction publique, les syndicats et les fédérations d’employeurs. En Chine, le pouvoir central et l’héritage culturel founissent conjointement ces garde-fous.
 
Dans un pays comme la Tanzanie, si des mécanismes traditionnels sont encore à l’œuvre dans les zones rurales, ils sont en train de disparaître dans les centres urbains en raison des conditions de vie difficiles (par exemple, les inégalités sont plus perceptibles et l’espace beaucoup plus restreint), qui se conjuguent aux influences extérieures. Malheureusement, d’autres options ne sont pas venues remplacer ces mécanismes, car la majorité des Tanzaniens ne font pas confiance aux institutions censées les protéger. En 2009, près de 90 % des Tanzaniens estimaient que les forces de police et les juges étaient corrompus. Qu’elle soit fondée ou non, ce type de perception ne fait que dissuader encore plus la population de respecter la loi. Elle révèle également qu’il est urgent de restaurer la confiance dans la police et la justice. En effet, si les règles existent en général sur le papier, elles ne sont pas mises en œuvre de manière systématique à ce jour. Et il est urgent que cela change si l’on veut que les petites entreprises deviennent les moteurs de la croissance et de l’emploi qu’elles devraient être dans les pays en développement.

 
 
 

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