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En Afrique australe, la tuberculose migre avec les mineurs

Patrick Osewe's picture

Il y a quelque temps, je suis parti en mission visiter un nouvel hôpital au Lesotho. Je savais que cet établissement était destiné à accueillir des patients atteints de tuberculose multi-résistante et je sais aussi le lourd tribut que la co-infection VIH-tuberculose fait payer au pays. Je m’attendais donc à ce que les caractéristiques démographiques des patients correspondent à celle du VIH : essentiellement des patients jeunes, et de plus en plus de femmes.

Mais je n’étais pas préparé à voir deux familles entières, jeunes et vieux, hommes, femmes et enfants, confinées ensemble pour un certain temps, sous la surveillance de professionnels de santé veillant à ce que tous prennent bien leurs doses quotidiennes de médicaments.

C’étaient des familles de mineurs, à savoir une catégorie de population à laquelle le pays s’efforce d’apporter de meilleurs soins contre la tuberculose. Pendant longtemps, le Lesotho a été tributaire du secteur minier sud-africain, lequel employait jusqu’à 70 % des hommes en âge de travailler, mais a aussi laissé un terrible héritage, sous la forme d’une maladie cachée.

Cette maladie est restée cachée pour de multiples raisons. Cela fait un siècle que l’on sait que la tuberculose frappe de manière disproportionnée les mineurs — exposés à plus d’un titre en raison des risques professionnels, de leurs mauvaises conditions de logement et des conséquences de comportements sexuels dangereux — et que l’on condamne cette situation. Pourtant, aucune campagne coordonnée n’a jamais été déployée pour soigner les mineurs qui tombent malade ou pour les suivre et empêcher qu’ils ne contaminent femme et famille à leur retour. Le fait que de nombreux travailleurs migrants franchissent la frontière régulièrement rend le traitement clinique encore plus difficile. Et si l’on ajoute à cela les problèmes liés aux mutations que connaissent les systèmes de santé dans les pays d’origine des migrants, on comprend aisément pourquoi cette maladie se propage si facilement.

Le secteur minier revêt une importance économique cruciale dans la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC). S’attaquer à un problème sanitaire qui a de fortes répercussions sur la productivité des travailleurs, et donc en fin de compte sur les revenus, est devenu une priorité pour l’économie de la région. Pour répondre aux préoccupations de ses États membres, et en particulier de l’Afrique du Sud, du Lesotho et du Swaziland, la SADC a organisé une consultation à Johannesburg il y a quelques semaines. Réunissant des représentants des administrations, des compagnies minières et des organisations de travailleurs, ainsi que des universitaires, des membres de la société civile et des partenaires au développement, cette manifestation remarquable a marqué le début d’une coopération destinée à trouver un terrain d’entente dans l’optique de faire adopter une déclaration sur la tuberculose dans le secteur minier par un large éventail de groupes d’intérêt, avec l’adhésion de nombreux secteurs.

Des récits poignants relatant l’expérience d’anciens mineurs infectés par la tuberculose, et le simple fait que ces malades sont encore privés des soins adéquats, ont convaincu tout le groupe qu’il était temps d’engager une action efficace.

Cette réunion constitue une première étape importante dans le processus de règlement de l’héritage historique de cette maladie et dans l’atténuation du risque que fait peser la tuberculose des mineurs sur la santé publique. La SADC va maintenant présenter un projet de déclaration révisé aux hauts fonctionnaires et aux ministres de la Santé lors d’une réunion ministérielle en avril, qui sera suivie d’un sommet des chefs d’État et de gouvernement en août.

Grâce à cet engagement politique de haut niveau à l’échelle régionale, cette question reçoit enfin toute l’attention qu’elle mérite. Sachant que les mineurs franchissent régulièrement les frontières, seule une action régionale coordonnée, qui associe les ministres de la Santé, du Travail et des Finances des pays d’origine et d’accueil de ces travailleurs, ainsi que le secteur minier, les organisations de travailleurs et la société civile, permettra de produire les résultats spectaculaires que nous appelons tous de nos vœux. Et il ne sera alors plus nécessaire de confiner des familles entières de mineurs dans des hôpitaux.