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Accroître la contribution des universités africaines au développement

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Makhtar Diop, vice-président de la Banque mondiale pour la région Afrique, a effectué un discours lors de la conférence de l’Association des universités africaines (AUA).

L’Association des universités africaines (AUA) a tenu sa 13e conférence générale la semaine dernière à Libreville, au Gabon. En tant que représentante de la Banque mondiale à cette manifestation, j’ai eu l’immense privilège d’aller à la rencontre de cette communauté dynamique que constitue le monde universitaire africain. Une communauté en plein essor, alors que le continent connaît un envol de la demande dans l’enseignement supérieur sous l’effet de la poussée démographique des jeunes dans de nombreux pays. Partout, on voit fleurir des universités privées.

Toutefois, même si les inscriptions auprès des universités augmentent de manière fulgurante en Afrique, un certain retard reste à rattraper. En effet, à l’heure actuelle, seuls 7 % des jeunes appartenant à la tranche d’âge concernée fréquentent une université alors que la moyenne mondiale est de 30 %. Si l’on ne prend pas en compte les financements sous forme de bourses d’études, la Banque mondiale est le plus gros bailleur de fonds extérieur pour l’enseignement supérieur en Afrique. Cette situation nous rapproche très fortement de la cause portée par l’AUA, s’agissant notamment des efforts à entreprendre pour accroître la contribution des universités au développement, à la création d’emplois et à la réduction de la pauvreté.

L’AUA a été fondée il y a près de 50 ans afin de chapeauter les institutions d’enseignement supérieur en Afrique et de les doter d’un forum de consultation, de partage de connaissances et de coopération. Elle représente l’enseignement supérieur en Afrique auprès d’organismes régionaux et internationaux, et contribue à la création de réseaux en matière d’enseignement, de recherche et de partage et diffusion de connaissances. Sa conférence générale, qui a lieu tous les quatre ans, a attiré des centaines de personnes — présidents d’université, recteurs, professeurs… — venus d’une centaine d’universités des secteurs public et privé. Son siège se trouve à Accra, au Ghana. Le ministre ghanéen de l’Éducation nationale a d’ailleurs participé activement à la manifestation, en présidant notamment l’assemblée plénière où Makhtar Diop, vice-président de la Banque mondiale pour la Région Afrique, est intervenu en vidéo (a) et à laquelle j’ai pu assister en personne.

Makhtar s’est exprimé avec passion sur la nécessité de mettre l’accent sur les sciences et la technologie. De nos jours, seuls 10 à 20 % des étudiants universitaires étudient les sciences naturelles et l’ingénierie. J’ai pour ma part souligné le vif intérêt et l’appui que nous accordons aux efforts que doivent mener les universités africaines pour améliorer l’adaptation des cursus à l’économie et à l’emploi, mettre la barre un peu plus haut, redynamiser la gouvernance des institutions, permettre aux institutions privées de se développer davantage ou encore augmenter les investissements dans le domaine de l’enseignement supérieur, y compris de la part des familles qui ont les moyens de payer des frais de scolarité. J’ai également fait observer que les financements publics concernant l’enseignement supérieur doivent être recentrés là où un pays peut obtenir les résultats les plus visibles en matière de développement.

Il convient également de noter que les participants à la conférence ont manifesté un engouement certain à l’égard de notre proposition de création de centres d’excellence en Afrique. Ce projet, s’il est approuvé, permettra d’allouer des subventions à quelque 15 centres d’excellence régionaux. Un appel à propositions sera publié dans les mois à venir. Bon nombre de participants ont félicité la Banque mondiale pour son « changement de paradigme » en matière d’appui à l’enseignement supérieur. Cela me fait extrêmement plaisir. Effectivement, nous sommes de la partie !

À l’issue de la conférence, et bien que ce fût un grand événement régional, j’ai pris un instant pour réfléchir plus précisément à la situation du pays que je venais de visiter. Le Gabon, pays au pétrole abondant et au revenu intermédiaire, peut se flatter d’avoir un revenu par habitant approchant les 10 000 dollars. Cependant, de nombreux indicateurs de développement humain, tels que les résultats d’apprentissage ou la mortalité maternelle, restent inférieurs par rapport à la plupart des pays ayant un revenu similaire. Le champ des possibles est immense et varié pour tous ces jeunes diplômés en mesure de contribuer au développement.

Mais pour concrétiser ces possibles, le Gabon, à l’image de nombreux pays d’Afrique, devra non seulement investir dans l’enseignement supérieur, mais également focaliser son attention sur tous les domaines relatifs au développement humain et qui jouent un rôle dans la capacité d’un pays à produire de nouveaux diplômés. Cela commence par l’accès à une bonne alimentation et à des programmes de préscolarisation pour les enfants, ainsi qu’à des bases éducatives de bonne qualité, permettant aux étudiants d’acquérir de solides compétences linguistiques et mathématiques. Les familles doivent également être à l’abri des crises financières et d’autre nature, qui mettent subitement en péril leurs revenus et compromettent ainsi leur capacité à garder leurs enfants scolarisés.


 

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