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L’emploi des jeunes – Un défi fondamental pour les économies africaines

Deon Filmer's picture
À Addis-Abeba, la capitale tentaculaire de l’Éthiopie, Mulu Wasa a trouvé un emploi d’ouvrier dans une usine du secteur formel grâce au fait qu’il avait terminé ses études secondaires. À Niamey, la capitale du Niger, ville localisée au cœur du Sahel, Mohamed Boubacar, un jeune apprenti, suit une formation pour devenir charpentier. Et à Sagrosa, un village du district reculé de Tana Delta au Kenya, Felix Roa, qui travaille dans la ferme familiale tout en gérant un petit commerce, rêve de la vie qu’il pourrait avoir s’il avait suffisamment d’argent pour développer son commerce et s’installer dans une zone plus urbanisée. Sa famille est trop pauvre pour l’aider à poursuivre ses études.
 
Mulu, Mohamed et Félix appartiennent à la nouvelle génération de jeunes gens dynamiques qui constituent la majeure partie de la population dans la plupart des pays localisés au sud du Sahara. Alors que la population vieillit presque partout ailleurs, l’Afrique est de loin aujourd’hui le continent le plus « jeune » de la planète. Si certains voient dans cette impressionnante explosion démographique de la jeunesse africaine une opportunité, d’autres considèrent ceci comme un défi. En réalité, il s’agit des deux choses à la fois. Le fait que les jeunes constituent désormais une large proportion de la population africaine a des implications profondes à la fois pour les populations (au niveau individuel et familial)  et pour les économies nationales.
 
Accroître les opportunités d'emploi pour les jeunes en Afrique

 
Aux quatre coins de ce vaste continent, le long d’un chemin parsemé d’embûches — mais aussi d’opportunités —, les jeunes Africains luttent pour aller de l’avant. De plus en plus connectés les uns aux autres, surtout en milieu urbain, ces jeunes hommes et femmes ont des attentes élevées. Si les pouvoirs publics leur accordent l’attention voulue, ils pourraient tous ensemble constituer une ressource extraordinaire pour la région, alors que les pays d’Afrique tentent de réduire leur dépendance à l’égard des industries extractives et diversifier leur économie en développant les secteurs manufacturiers, agricoles et des services.
 
Partout, l’emploi est en tête de liste des priorités. Tandis que dans les villes, les jeunes à la recherche d’un emploi, en particulier dans le secteur salarié formel encore peu développé mais en rapide croissance, tentent de se faire entendre et d’être plus visible ; dans les zones rurales et semi-urbaines des millions de jeunes s’efforcent également de trouver un travail mieux rémunéré pour améliorer leurs conditions de vie. Les pouvoirs publics peuvent faire beaucoup de choses pour procurer à ces jeunes un avenir meilleur, que ce soit en encourageant la croissance du secteur formel et en facilitant la conduite des affaires pour les entreprises, ou en reconnaissant et soutenant le vaste secteur informel qui, à court terme, continuera d’employer la majorité des jeunes.
 
Au-delà de la lutte contre le chômage, une question déjà largement débattue, l’Afrique doit s’attaquer au vaste défi du sous-emploi.
 
Aux côtés d’une équipe de la Banque mondiale, j’ai coécrit un rapport qui vient d’être publié sur «L’emploi des jeunes en Afrique subsaharienne», qui s’attache à relever ce défi. Ce rapport souligne  le fait que l’emploi des jeunes est loin d’être un problème simple ou unidimensionnel, susceptible d’être résolu en augmentant l’accès des jeunes a des formations professionnelles. Si l’accès à la formation  reste un élément important (comme l’illustre l’histoire de Mohammed à Niamey), les pouvoirs publics doivent toutefois s’attaquer de toute urgence à la qualité de l’enseignement, de la nutrition et des soins de santé de base, tout en éliminant toute une série d’obstacles qui freinent la croissance de l’agriculture, des entreprises  familiales et du secteur manufacturier. Ce qui a fait la différence pour Mulu à Addis-Abeba, c’est son niveau d’études, mais aussi l’existence d’un employeur formel. L’inclusion financière reste, en revanche, un défi insurmontable pour Felix à Sagrosa.
 
Nous, les décideurs politiques, partenaires au développement, visionnaires du secteur privé ou simples citoyens, devons collectivement pousser au changement et redoubler d’efforts pour répondre aux attentes de la jeunesse actuelle, de sorte que les jeunes puissent tirer parti des opportunités qui s’offriront à eux, en parallèle avec la croissance économique. Ils ne pourront y arriver sans un accès à un enseignement de haute qualité, au financement, à la terre et aux technologies, et sans des infrastructures d’appui et des opportunités régionales de commerce, susceptibles de bénéficier au secteur privé et générer des emplois productifs.
 
En résumé, de l’adoption de réformes abordant un large éventail de questions interconnectées dépend l’avenir des jeunes Africains et du continent, au cours des décennies à venir. 

Commentaires

Soumis par Docteur OUSSOU Kouamé Rémi le

Je crois que toutes ces initiatives sont les bienvenues, mais il ne faut jamais perdre de vue le facteur employabilité, entendue comme la capacité à dénicher un emploi et à la maintenir. Dans un monde en pleine mutation et de plus en plus compétitive, il va sans dire que ne peut être employable que celui qui a acquis de solides compétences par le biais d'une solide formation ou de la pratique. C'est pour mener une réflexion approfondie sur cette problématique que International Consulting organiser le Forum de l'employabilité des étudiants à l'Université Alassane Ouattara de Bouaké les 09 et 10 mai 2014. Pour plus d'amples informations,veuillez prendre contact le Docteur OUSSOU Kouamé Rémi, au 57360767/ 03299061

Soumis par Albert DJIDOHOKPIN le

Moi je dirais même que chaque jeune doit définir son employabilité. C'est à dire à dire se donner des aptitudes professionnelles post universitaires susceptibles de l'amener à trouver un emploi. Cela passe par des stages et autres formations de courte durée pouvant lui donner des outils professionnels pouvant lui permettre de trouver un emploi et de le garder.

Soumis par OUSSOU Kouame Remi le

M. DJIDOHOKPIN, ce que vous dites est fondé en ce sens que face aux difficultés chaque jeune doit pouvoir définir son employabilité.
Cependant, vu l'état de nos économies, ne serait-il pas pertinent que ces jeunes bénéficient de programmes d'accompagnement sous la forme de partenariats et de collaboration que l'Etat, d'une part et les structures académiques d'autre part peuvent mettre en place à cet effet.

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