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Destination Dakar : donner un nouvel élan à la gestion des ressources en eau partagées en Afrique

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L’Afrique possède un patrimoine unique au monde : elle abrite 9 % des ressources en eau de la planète (et seulement 11 % de la population mondiale). Sans oublier les grands fleuves mythiques qui traversent son territoire : le Nil, le Congo, le Niger…Cette apparente abondance cache pourtant une répartition très inégale des ressources : de nombreux pays et bassins fluviaux ou lacs transfrontaliers sont en effet soumis à un stress hydrique croissant, lié à une pression démographique en hausse et au développement économique. Cette situation est en outre exacerbée par le changement climatique, qui aggrave l’insécurité hydrique et, partant, la vulnérabilité des populations les plus démunies.
 



Cette semaine, le Conseil des ministres africains chargés de l’eau accueille à Dakar la Semaine africaine de l’eau, le rendez-vous de référence du continent pour les experts de l’eau, les décideurs et la société civile. Cette cinquième édition aura pour thème « Mettre l’eau au cœur de l’agenda de développement post-2015 ».
 
Nulle autre enceinte ne me paraît mieux adaptée pour discuter librement et fructueusement de la gestion et de la mise en valeur durables des eaux internationales de l’Afrique — et pour décider de nouveaux projets et partenariats afin de donner un retentissement plus important à ces questions. Le Programme pour la coopération dans les eaux internationales en Afrique (CIWA) et ses partenaires d’exécution auront beaucoup à apprendre et à gagner de cette rencontre, organisée sur les terres de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS). Cette structure est en effet parvenue à appliquer les principes du partage des avantages et à introduire des accords institutionnels et financiers équitables qui ont permis de tirer le meilleur parti d’une coopération à l’échelle du bassin hydrographique.
 
Plus de 500 000 personnes vivent dans les 63 bassins fluviaux transfrontières de l’Afrique, qui couvrent au bas mot 60 % de la surface du continent. L’eau et les secteurs qui en dépendent (l’agriculture, l’énergie et les transports par exemple) prennent toujours plus d’importance dans l’ordre du jour du développement. Et cette évolution s’accompagne d’une reconnaissance croissante de la nécessité d’intégrer la gestion durable des ressources en eau partagées dans les solutions visant à mettre fin à la pauvreté et promouvoir une prospérité partagée.
 
Aujourd’hui, l’Afrique a toutes les cartes en main : au cours des dix dernières années, les pays subsahariens ont connu une croissance solide (4,7 % en moyenne) ; les investissements étrangers y affichent un taux de rentabilité plus élevé que dans n’importe quelle autre région en développement ; et la demande grandissante pour ses produits de base est une chance incroyable pour assurer sa transformation et installer une croissance durable.
Malgré la modestie de notre programme, mes collègues du CIWA et moi-même pensons pouvoir exercer un levier puissant : en renforçant la coopération dans la gestion et la mise en valeur des eaux internationales de l’Afrique subsaharienne, nous favoriserons une croissance durable et à l’épreuve du changement climatique. Le principe est d’aider les gouvernements des pays riverains à renforcer les institutions en charge des eaux transnationales, la qualité et l’accessibilité des systèmes d’information et l’élaboration des investissements régionaux — ce que nous appelons les 3 « i » — dans le but, ultime, d’aider les populations.
 
Nous nous sommes fixé un ordre du jour ambitieux pour Dakar, forts des succès obtenus dans les bassins du Nil et du Zambèze. Nous présenterons des expériences réussies récentes, comme le Projet régional hydroélectrique des chutes de Rusumo, au Burundi, approuvé par le Conseil des administrateurs de la Banque mondiale en août 2013, et qui fournira une énergie renouvelable bon marché à des millions d’habitants du Burundi, de Rwanda et de Tanzanie.
 
Ce projet emblématique est une inspiration pour les équipes du CIWA puisqu’il prouve qu’un travail analytique peut déboucher sur un investissement majeur dans la mise en valeur des ressources en eau transfrontières, fondée sur une coopération bien comprise.
 
Lorsque la centrale de Rusumo entrera en service, elle viendra renforcer l’offre d’électricité au Burundi (où seulement 4 % de la population sont desservis), au Rwanda (13 %) et en Tanzanie (15 %). Ces trois pays sortiront gagnants du projet, grâce aux emplois créés pour construire les infrastructures et déployer les équipements nécessaires.
 
En se rendant à cette 5e Semaine africaine de l’eau, le CIWA espère pouvoir convaincre les participants de lever 10 milliards de dollars à l’échelle de la région en faveur de projets de gestion et de mise en valeur des ressources en eau pendant toute la durée de son programme décennal en Afrique de l’Ouest et au Sahel.
 
Dakar est un jalon important pour le CIWA, qui n’aurait rien pu faire sans le soutien de ses partenaires au développement. Notre programme est né de la conviction que la « collaboration » est indispensable si l’on veut pousser la cause des ressources en eau partagées. Grâce à cet appui, le CIWA s’investit à présent pour déployer son programme dans plusieurs régions prioritaires du continent.
                  
Je me réjouis de cette occasion de vous faire part de nos idées et de pouvoir échanger avec vous.
 

Commentaires

Soumis par Albert DJIDOHOKPIN le

L'Afrique possède 9% des ressources en eau de la planète et 11% de la population mondiale. Le moins que l'on puisse dire est que si cette ressource était relativement bien repartie, on parlerait pas de manque d'eau dans certaines zones du continent. Il est facile de remarquer que le nord des pays africains est souvent aride, la nappe phréatique est très profonde alors qu'au même moment les villes côtières de l'Afrique et même celles des pays n'ayant pas accès à la mer sont souvent le théâtre d'inondation. Le réchauffement climatique est en parti à l'origine de ces problèmes. Il faudrait que les dirigeants africains investissent davantage dans des recherches sur les phénomènes d'avancée de la mer et qu'un vaste programme de protection de l'environnement soit mis en place en Afrique. Il est temps que les questions liées à l'environnement soient des questions de développement et non des questions suscitées par les organismes internationaux et la coopération internationale.

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