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Une nouvelle donne pour la Somalie

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Le redressement de la Somalie a d'immenses implications régionales et mondiales. Lors d'une réunion des partenaires de développement tenue récemment à Bruxelles, 2,4 milliards de dollars ont été dégagés afin de concrétiser cet objectif. 

Le soutien aux pays fragilisés par un conflit, pour les remettre sur le chemin d'un développement prometteur et stable, est une de mes toutes premières priorités, en tant que vice-président de la Banque mondiale pour la Région Afrique. Le soutien aux Etats fragiles est particulièrement au cœur de  mes préoccupations après ma visite à Bruxelles il y a quelques jours à l’occasion de la conférence sur la Somalie, organisée par l'Union européenne suivie par ma visite à Bamako (la capitale du Mali) pour renouveler le soutien de la Banque mondiale au nouveau gouvernement malien. Comme l'a relevé la communauté internationale, et de nombreux observateurs, l'élection récente du Président Ibrahim Boubacar Keita ouvre une nouvelle ère de paix et de reconstruction pour le Mali. Nous serons un partenaire actif de cette immense tâche.

La conférence de Bruxelles marque l'anniversaire de la transition politique entamée l'an dernier ; elle a culminé avec l'approbation d'un « pacte », dans le cadre duquel la communauté internationale a promis 2,4 milliards d'ici à 2016. Organisée par l'Union européenne et l'État somalien, dirigé par le Président Hassan Sheikh Mohamud, elle a non seulement aidé à consolider le soutien politique international à la Somalie, mais elle a aussi donné un élan nouveau aux plans de développement du pays tout en ouvrant la voie vers un allègement de la dette internationale.

La Somalie a été l'objet de nombreuses conférences similaires depuis vingt-trois ans. En quoi cette conférence était-elle différente? Et pourquoi les commentateurs ont-il évoqué un « moment historique » ?
Depuis vingt-trois ans, la Somalie a connu un effondrement de l'État, une guerre civile et une crise humanitaire, qui l'ont tirée vers le bas de l'échelle du développement mondial,  le pays voyant défiler à sa tête des gouvernements de transition. En août 2012, le Président Mohamud a été élu premier président fédéral depuis 1991. Son élection a coïncidé avec des progrès sur le front de la sécurité : AMISOM, la force de maintien de la paix de l'Union africaine, qui compte 17 000 hommes, préserve la paix dans le sud de la Somalie et a ramené la stabilité à Mogadiscio.

Cette progression de la paix et du développement a incité des dizaines de milliers de Somaliens à revenir dans leur pays. Aujourd'hui, l’heure est à la reprise économique à Mogadiscio, stimulée par un boum de la construction, l'ouverture de nouvelles lignes aériennes internationales, un commerce maritime em hausse. Pour le peuple somalien,  il s’agit d’une ère nouvelle, plus prometteuse.  Des transitions comme celles-ci sont d'importants moments politiques. Pourtant, elles peuvent être fragiles ; pour protéger ces acquis, nous devons intervenir rapidement, en apportant un soutien politique, des ressources et des solutions de développement qui ont fait leur preuve. La Somalie s'efforce de dépasser le stade de la  transition pour revenir à la normale, mais nous devons la soutenir pour qu'elle avance davantage.

Par exemple, après des décennies de conflit et de négligence, le nouveau gouvernement a hérité d'un État qui est à peine en situation de fonctionner, et qui n'a qu'une capacité limitée à mobiliser des revenus publics pour financer des besoins de développement formidablement divers. C'est un peu comme si l’on demandait à la Somalie de construire un avion, et en même temps, de le faire voler. Le système fédéral est encore en discussion, car la constitution provisoire est en passe d'être révisée, pour être soumise à référendum en 2016.

C'est pourquoi le Pacte pour la Somalie est si essentiel. Il expose les obligations bilatérales et multilatérales engendrées par la feuille de route nationale convenue pour la Somalie, qui vont permettre de libérer des ressources internationales pour assurer les dépenses vitales du gouvernement, notamment le paiement des forces de sécurité, pendant la période durant laquelle il n’aura pas les moyens de le faire. La feuille de route pose aussi les jalons essentiels pour l’établissement d’un dialogue et l’organisation de consultations politiques, la réintégration des milices et le retour des anciens soldats à la vie ordinaire, la délivrance de services de base et la création d'emplois dont la population a tant besoin.  

Depuis le début de la transition, les équipes de la Banque mondiale en Somalie collaborent étroitement avec les fonctionnaires gouvernementaux des finances et de la planification pour réfléchir à des moyens de stimuler les investissements économiques. Une action est en cours pour réintégrer la Banque centrale dans le système financier international et gérer les dépenses publiques de façon transparente, notamment dans le domaine du paiement des fonctionnaires. Un budget fédéral a été présenté et discuté pour la première fois au Parlement ; il est accessible en ligne sur le site du ministère. Le budget alloué pour les six premiers mois est actuellement en cours d'audit.
Ceci illustre donc la volonté du nouveau gouvernement à aller de l’avant. À notre tour de prouver notre engagement aux côtés de la Somalie. Le Président Mohamud a plaidé pour l'adoption d'un « nouveau paradigme » en matière d’aide internationale. En 2014, la Banque lancera un fonds d'affectation multipartenaires dans le cadre d'un « mécanisme de financement » plus large, qui resserra le partenariat entre la Banque d'une part, les Nations Unies et la Banque africaine de développement d'autre part, en vue d'une meilleure coordination. Ce fonds servira de base au redressement et développement à long terme de la Somalie.

Le redressement de la Somalie n'est pas seulement une priorité pour ce pays et ses partenaires : il a également d'importantes implications pour la région. Les difficultés du développement dans la Corne de l'Afrique - comme celles du Sahel ou de la région des Grands lacs - doivent être envisagées dans une perspective régionale. La stabilité de la Somalie entraîne une réduction des coûts associés à la lutte contre la piraterie et le blanchiment de l'argent, et au déplacement des populations ; de même, elle dégage des ressources pour des investissements cruciaux dans le développement humain et celui des infrastructures, la dynamisation du commerce du bétail, l'exploitation des ressources naturelles et l'intégration régionale.

Dans la foulée de cette prometteuse série de discussions sur la Somalie, je me suis rendu au Mali pour assister à la  prise de fonctions du Président nouvellement élu, Ibrahim Boubacar Keita qui est porteuse d’espoir. Nous avons signé un accord de financement d'une valeur de 50 millions de dollars, pour aider le Mali à se relever de la crise. Les événements de Bamako m'ont rappelé la détermination des communautés africaines à vivre des vies meilleures, même lorsqu'elles sont confrontées à l’adversité. Cela a renforcé ma conviction que l'Afrique est en train de se transformer sous nos yeux.