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L’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal montre l’exemple d’une gestion concertée d’un bassin de fleuve transfrontalier

Kabine Komara's picture

Le fleuve Sénégal est le troisième fleuve le plus long d’Afrique. Il prend sa naissance en Guinée et se jette dans l’océan Atlantique à Saint-Louis au Sénégal, après un parcours de près de 1 800 kilomètres à travers la Guinée, le Mali, la Mauritanie et le Sénégal.
 
Dans une région comme le Sahel, touchée par la sècheresse, la pauvreté et le sous-développement, l’accès à une ressource en eau telle que le fleuve Sénégal est critique. Les projections de précipitation dans la zone sahélienne anticipent des années de plus en plus sèches, créant une pression encore plus forte sur les eaux de ce bassin versant. L’eau est un bien précieux pour la population locale, notamment pour la production d’énergie, l’irrigation des terres ou l’approvisionnement en eau potable, avec la préoccupation de préserver l’écosystème.
 
L’Organisation pour la Mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) qui regroupe actuellement la Guinée, le Mali, la Mauritanie et le Sénégal, est un organisme de gestion concertée du fleuve Sénégal créé en 1972 suite à plusieurs années d’extrême sècheresse dans la région. L’OMVS est la seule entité africaine de gestion fluviale ayant mis en œuvre de façon systématique le principe d’un partage équitable entre Etats-membres de la propriété des ouvrages bâtis ainsi que des bénéfices qui en découlent.

A titre d’exemple, 60% de l’eau potable dakaroise provient d’aménagements de l’OMVS et ce ratio s’élève à 100% concernant les villes de Nouakchott (Mauritanie) et Saint Louis (Sénégal). Les aménagements de l’OMVS permettent la production de 800 GWh par an d’énergie propre et bon marché, et le potentiel de terres irrigables s’élève à 375 000 ha.
 
Aujourd’hui l’OMVS est une structure considérablement renforcée, et sa stabilité financière lui a permis de se concentrer  sur des projets techniquement réalisables et soutenus politiquement par les Etats membres. Les objectifs régionaux de l’OMVS sont cohérents avec les objectifs nationaux des Etats membres en termes de développement durable et d’amélioration des conditions de vie des communautés. Ces objectifs incluent notamment la sécurité alimentaire, la réduction de la dépendance énergétique, la lutte contre la pauvreté, la libre circulation des biens et services et la protection de l’environnement. Il faut par ailleurs souligner que l’Organisation a toujours joué son rôle en dépit des différents troubles géopolitiques qu’a connu la sous-région. 

Depuis les années quatre-vingt, un partenariat dynamique s’est établi entre l’OMVS et la Banque mondiale. Cette dernière a notamment contribué au renforcement de l’intégration sous régionale en soutenant l’adhésion de la Guinée. La Banque a également appuyé la modernisation et l’adaptation des structures de l’OMVS et incité à une gestion durable de la ressource en eau dans une perspective de réduction de la pauvreté endémique dans le bassin.

Par le biais des programmes tels que le Projet de Gestion Intégrée des Ressources en Eau et de Développement des usages multiples du bassin du fleuve Sénégal (PGIRE), la Banque mondiale a permis à l’OMVS d’améliorer la mise en valeur des eaux transfrontalières, la prévention transfrontalière du paludisme et le développement de la production hydroélectrique.

Les activités de la première phase ont essentiellement permis de renforcer les moyens de subsistance des communautés à travers l’irrigation, le développement de la pêche et l’agroforesterie. Plus de 18 000 nouveaux emplois ont été créés dans les sous-secteurs de la pêche et l’agriculture. Le revenu des acteurs de ces filières a augmenté de manière considérable.

Nous accueillons avec grand plaisir le programme de Coopération dans les Eaux Internationales de l’Afrique (CIWA), qui débutera ses opérations dans le Sahel et l’Afrique de l’Ouest. Doté d’une riche expérience, le CIWA soutiendra les efforts des agences de bassin dans l’amélioration de la qualité et de l’accessibilité des systèmes d’informations, le renforcement des capacités des institutions de gestion et les échanges de bonnes pratiques.

Le CIWA jouera le rôle de catalyseur pour la promotion de la gestion commune des eaux transfrontalières et bénéficiera aux populations des pays ayant le partage de ces eaux. Nous attendons avec impatience le retour d’expérience du CIWA afin d’alimenter le partage de connaissances à destination notamment des autres bassins fluviaux d’Afrique.